Menteur : un mémoire de Rob Roberge

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Nous sommes tous des menteurs.
On enjolive nos souvenirs, on se les crée, on feint d’en oublier, pour qu’ils collent mieux à l’image qu’on se fait (ou qu’on veut donner) de nous-mêmes. On les emprunte à d’autres, on les déforme, intentionnellement ou non. Nos souvenirs sont nous-mêmes, une parcelle héritée de notre histoire familiale, des morceaux de nous que d’autres ont vécus et qu’ils nous ont racontés. Notre mémoire serait-elle fiable s’il s’agissait de raconter qui on est ? Les épisodes choisis, ceux que l’on pense constitutifs de notre personnalité, auraient-ils seulement existé ?
Rob Roberge tranche d’entrée. Apprenant qu’il risque de perdre progressivement la mémoire suite à diverses commotions cérébrales et abus en tout genre, il décide de faire le tri dans ces bouts de lui qui ont fait l’homme qu’il est devenu, tant qu’il est temps. Et il annonce la couleur : les faits relatés seront ceux d’un Menteur.
Roberge n’est pas n’importe qui. Dépressif, suicidaire, bipolaire, alcoolique, accro à toutes les substances qui croisent sa route, ses souvenirs sont, plus que chez quiconque, fragmentaires, évasifs, indignes de sa propre confiance. Il l’avoue avec sincérité : « Quand sait-on qu’un junkie ment ? Quand il ouvre la bouche. »
Roberge est surtout un écrivain extraordinaire. On le savait depuis Panne sèche, entre autre, roman paru à la Série noire. Les mots sont beaux quand il les met ensemble, et la construction de son récit est ici tout sauf insipide. Il raconte au présent, en se mettant en scène par un « tu » qui t’aspire ; il mêle, dans le désordre, anecdotes de l’enfance, détails d’hier, ou ces histoires avec les femmes qui ont compté un peu, beaucoup, passionnément. Il enchevêtre les périodes, revient sur certains événements, s’en éloigne, y revient encore. Tour à tour attachant, agaçant, drôle ou désespérant, il donne à lire son âme. Une âme bleue. Quelqu’un à ce point-là sensible, qui se juge si durement sans jauger ses semblables, se sentant si coupable de faire souffrir les gens qu’il aime mais ne pouvant s’en empêcher, n’est pas, malgré le titre, un menteur. Il n’affabule pas, ne s’apitoie pas, ne cherche pas à attendrir. Ou si peu. Ou pour une simple raison, désarmante : « Dans l’ensemble, tu t’inquiètes à l’idée que le monde te déteste autant que tu te détestes toi-même, et tu préfères inventer un personnage qui est plus intéressant que toi. (…) Tu ne mens pas, comme d’autres, pour gagner de l’argent ou dans l’idée de tirer quelque profit matériel – tu mens, comme d’autres, car tu redoutes énormément d’être seul. Que quelqu’un apprenne la vérité. Si personne ne sait réellement qui tu es, alors celui que tu es vraiment ne pourra jamais être rejeté. »
Autoportrait sans concession, sa bio ressemble plus à un exercice d’autopunition, pendant des mutilations qu’il s’inflige, un mea culpa irrésistible, une quête de rédemption, qu’à une volonté de dissimuler ou de taire. Il ne s’épargne pas. Au travers de scènes d’une sincérité Bukowskienne, il parvient comme personne à dire la peur de la décrépitude, la difficulté à s’aimer, à trouver sa place. Ce qui fait la grandeur de l’être humain n’est pas la perfection mais la pleine conscience de ses tares et Roberge nous console, un peu, de nos propres bassesses.

Menteur : un mémoire / Rob Roberge. trad. de Nicolas Richard. Gallimard, 2017

Ecopunk : les punks, de la cause animale à l’écologie radicale de Fabien Hein et Dom Blake

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« Le punk est mort » affirmait, dès 1978, le collectif Crass, qui ne faisait pas dans la dentelle pour s’insurger contre un mouvement originel n’étant plus que le reflet de lui-même à force de compromission. Vendus, récupérés, les Clash ou autres Siouxsie dont les albums caracolaient en tête des charts. Morts pour autant, les punks ? Non ! Revenant aux sources, des groupes fortement politisés font rapidement leur apparition. Refus de toute forme de domination, radicalité, DIY sont les mots d’ordre de la deuxième génération punk qui n’aura de cesse, jusqu’à nos jours, de se réinventer. Le courant anarcho-punk se développe dans les 80’s, en Angleterre d’abord avec Conflict en figure de proue, descendants légitimes de Crass, les premiers à avoir associé autosuffisance, écologie et insurrection.

Les Américains leur emboitent le pas ; les Dead Kennedys ou MDC s’en prennent au système néolibéral qui broie le vivant, écrase l’homme et exploite la nature. La cause animale sera l’emblème universel de la résistance à l’oppression. Associations de défense des animaux (Animal Liberation Front, ou People for the Ethical Treatment of Animals), groupes hardcore (Black Flag, Suicidal Tendencies, DOA) ou membres de la scène punk antispéciste (NOFX) ne cesseront de tisser des liens. Le végétarisme allait de soi en GB dans les 80’s, le véganisme prend de l’ampleur aux USA dès les 90’s, éthiques couplées à une critique du capitalisme et de l’industrie agro-alimentaire. Industrie qui ne tarde pas à récupérer les fruits de ce mode de vie et à se faire du blé en proposant des produits véganes à grande échelle. Véganarchistes et freeganistes, (récup., exploration des poubelles) s’en offusquent, préconisant de se soustraire aux impératifs de la société marchande en consommant le moins possible.

Autre menace, dont les punks se font également l’écho dès les années 80 : celle de l’aliénation par la technologie. Discharge en 82, et plus tard le courant crust punk US (Amebix, Antisect) dénonceront l’avènement de l’homme machine et ses conséquences sur la nature. De même, la société automobile avec sa pollution, sa dangerosité, les aménagements urbains qu’elle impose, froissaient déjà Buzzcocks en 78 (« Fast Cars »). En 1999, les Ecossais Oi Polloi (« No More Roads ») appellent à une action directe, au sabotage des infrastructures, comme le prônait l’organisation Earth First! Dans cette logique, le skate, le vélo ou les pieds deviennent furieusement punks…

Ses différentes problématiques se synthétisent, entre le début des 80’s et les années 2000, dans un mouvement : les écopunks, dont beaucoup, conscients de la récupération dont leurs idées font l’objet, cherchent à réinscrire « les pratiques et attributs de la scène punk dans une réflexion et une action politiques plus globales ». Pour faire avancer la cause écologiste, la démarche individuelle de « renoncement à » ne suffit plus, il faut un nouveau projet politique, collectif, autour de trois idées fortes, consensuelles : la critique du néolibéralisme, l’action directe, l’autosuffisance. Encore faut-il s’entendre sur les modalités de l’action. Méthodes pacifistes s’opposent aux appels à la révolte généralisée, aux sabotages soutenus par un collectif tel Class War. Répression, arrestations, condamnations lourdes de nombreux « écoterroristes » seront dénoncées par divers groupes, dont Rise Against en 2014 par exemple. Détruire ou construire ne sont d’ailleurs pas antinomiques. Depuis les 90’s, des communautés se constituent, loin des villes et partout dans le monde, qui expérimentent vie collective et autosuffisance, avec pour bande son, du punk !

Fabien Hein, sociologue, continue avec Ecopunk son exploration des diverses facettes d’un mouvement qui l’inspire pour ses recherches. Après Do it yourself ! : autodétermination et culture punk (2012) ou Ma petite entreprise punk : sociologie du système D (2011), il donne ici une lecture innovante d’une contre-culture toujours en quête de renouvellement. Clair, extrêmement documenté, soucieux de resituer les idées dans leur contexte historique, pointu mais abordable, Ecopunk est une somme, un pavé, une masse dans la gueule de ceux qui prétendent que le punk n’a plus rien à dire.

Ecopunk : les punks, de la cause animale à l’écologie radicale / Fabien Hein et Dom Blake. Le passager clandestin, 2016

Chronique publiée dans New Noise n°38 – avril-mai 2017

Au paradis des manuscrits refusés de Irving Finkel

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Vous êtes bibliothécaire, écrivain raté ? Les deux ? Ce livre est fait pour vous.

Dans un coin reculé de la campagne anglaise, bien planquée à l’abri des regards, se cache une bibliothèque d’un genre singulier, la bibliothèque des manuscrits refusés. Là, conservateurs, bibliothécaires, secrétaires, registaire et concierge s’attachent, avec un zèle tout professionnel, à collecter, enregistrer, cataloguer les manuscrits dont personne n’a voulu. Ces œuvres peuvent toucher à tous les domaines (science, fiction, poésie, journaux intimes…). Seul impératif pour qu’un auteur ait la chance d’intégrer les étagères de l’établissement : n’avoir jamais été publié (de crainte qu’un succès tardif pousse un éditeur à vouloir se pencher sur les fonds de tiroir ou romans de jeunesse dudit auteur), et mieux encore, en fournir la preuve en faisant don des lettres de refus qui lui furent adressées.

Il fallait être anglais pour avoir une idée pareille, et bibliothécaire. Irving Finkel, conservateur au British Museum, cumule ces deux vertus, et cultive cet humour absurde so british. Les employés sont entièrement dédiés à leur tâche et affrontent des périls insoupçonnés : des visiteurs américains qui perturbent le bon ordre de leur travail quotidien, des cambrioleurs qui pensent naïvement trouver des trésors dans les rayonnages, des importuns qui prétendent bouleverser leur mission. Que de tracas ! Alors qu’il y a tant à faire ! Etudier les propositions d’écrivains qui aimeraient au moins, pour une fois, voir leurs écrits acceptés quelque part, décider dans quelle section ranger leur production, solliciter de nouveaux dons (mais pas trop, on ne peut pas pousser les murs et les manuscrits refusés sont si nombreux). Il faut savoir dénicher les génies exceptionnels, tel celui-ci : « le cas est rare d’une telle personne prétendant au statut d’auteur littéraire et conservant chacune de ses lettres de refus, dès le début (2073 lettres qui couvrent l’ensemble d’une non-carrière débordant d’activités stériles), comme si elle avait pressenti la création d’une telle institution. »

Mais ne croyez pas que Finkel, même s’il y parvient délicieusement, ne cherche qu’à se moquer des prétentions artistiques déçues. Il pose aussi la question de savoir ce qui différencie la littérature éditée et non-éditée. Le Dr Dr Clarence (le conservateur a deux doctorats) y répond en ces termes : « La littérature non éditée est souvent mal dégrossie, mal orthographiée, incorrecte, répétitive, pleine de clichés, peu originale, imitative, prévisible, avec un début faible, un milieu sans consistance et une fin inepte – mais comme la plupart des publications récentes et actuelles (…) Ce qui la distingue de la littérature éditée, c’est l’intervention divine du commerce. Les projecteurs du marketing peuvent transformer en succès de librairie n’importe quel roman choisi au hasard de sa collection (…) A renfort de chirurgie esthétique, de génie génétique et de campagne publicitaire, tout manuscrit peut se métamorphoser en best-seller. » Ça vous rappelle quelque chose ?

Finkel est surtout un amoureux des livres qui porte un regard tendre sur les affres de la création, une attention bienveillante à ceux qui s’y risquent. Et tout ça n’empêche pas de se moquer.

N’empêche, ça donnerait presque envie de s’y mettre, si l’on était sûr de recevoir en retour de belles lettres de refus comme celles-là : « Notre décision spontanée de ne même pas oser toucher votre manuscrit s’apparente à un instinct de survie, tel celui qui pousse un cheval sous œillères à reculer d’une falaise surplombant un volcan en pleine éruption, ou celui qui commande à un homme étrennant de nouveaux souliers, en route pour un dîner en tête à tête, à contourner automatiquement et délicatement une pile de déjections canines fumant encore sur le trottoir. » Ou encore, plus laconique : « N’espérez plus, renoncez. »

Des refus bien envoyés sont toujours mieux que des réponses type, ou de l’indifférence, n’est-il pas ?

Au paradis des manuscrits refusés / Irving Finkel. trad. de Olivier Lebleu. JC Lattès, 2017

Prendre les loups pour des chiens de Hervé Le Corre

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D’abord, il y a l’aîné, Fabien, le grand frère, le complice des jeux d’enfants, des braquages qui finissent mal aussi ; Fabien, pour lequel Franck, le cadet, a purgé plusieurs années de taule pour avoir refusé de le balancer. On ne donne pas celui qui vous a protégé des fureurs alcooliques paternelles. Entre les deux fils, c’était à la vie à la mort. Alors, où est-il Fabien ? Pourquoi ne l’attend-il pas à sa sortie de prison, avec le fric ?

Ensuite, il y a les deux vieux chez lesquels Franck est supposé attendre des nouvelles de l’absent, parti régler des affaires en Espagne, lui dit-on. La vieille est une teigne de la pire espèce, méchante et laide. Son mari ne vaut pas mieux. L’accueil est glacial malgré l’atmosphère étouffante du Sud-ouest estival.

Et puis, il y a Jessica, la compagne de Fabien, qu’est belle comme un soleil, chaude comme la braise, aussi mouvante que les flammes. Changeante, lunatique, toxique. Un jour, elle donne, de la tendresse, du plaisir. Le lendemain, des coups.

Dans cette ferme isolée écrasée sous une chaleur de plomb, Franck sent bien qu’il devrait se faire la malle, qu’il devrait s’éloigner du huis clos familial, de ses petits trafics louches, de ce chien qui grogne sur son passage.

Est-ce pour Jessica qu’il reste ? Est-il en manque d’amour au point de tout subir ? Est-ce pour ce frère, ce double idéalisé, qu’il s’inquiète de laisser en arrière, qui l’empêche d’avancer ? Ou alors pour la petite Rachel, la fille de Jessica, frêle et silencieuse, qu’il aimerait pouvoir emmener loin d’ici, loin des mauvais traitements d’une mère à la limite de la folie ?

La fournaise semble liquéfier les corps, figer toute velléité d’action. Le temps s’égrène pesamment. Le soleil, écrasant, immuable devient symbole d’un destin auquel on ne se soustrait pas. Franck, héros de ce roman noir à la Jim Thompson, s’enlise et le sait. Franck est incapable d’initiative, subissant, comme il l’a toujours fait, les événements provoqués par d’autres que lui, des plus grands, des plus fourbes. La catastrophe est annoncée, la fin tragique, l’intrigue soutenue par une langue puissante de sobriété. Restent dans la bouche un goût de cendre et des scènes que l’enfermement moite rend éprouvantes, qui ne sont pas sans rappeler Canicule de Jean Vautrin. Et surtout restent des images bouleversantes : celle de la rédemption d’un père autrefois malade d’alcool, ou d’une petite fille mal aimée.

Prendre les loups pour des chiens / Hervé Le Corre. Rivages, 2017

La maison des Epreuves de Jason Hrivnak

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Ils avaient neuf ans. Ils étaient liés d’une amitié si exclusive, si intense qu’ils étaient seuls au monde. Ils s’inventaient des univers dont ils dressaient les plans dans des carnets. Ils avaient inventé une langue, des signes compris uniquement d’eux. Le monde réel était trop fade, il leur fallait du sang, de la douleur et des larmes pour exister. Ils avaient créé le Terrain d’essai, un endroit où tous ceux qu’ils détestaient souffraient, subissaient des Epreuves sur mesure, tordues, cruelles, une prison où il serait possible de conserver le bonheur en échange d’actes ou de souffrances horribles, infligés à ceux qu’on aime le plus.

Fiona était fragile, mentalement. Quand elle avait déménagé, deux ans après leur rencontre, le narrateur, migraineux, taciturne, s’était enfoncé dans la solitude, sans vraiment s’en rendre compte. A la veille de leur séparation, il avait imaginé le test ultime, celui des Rouges, où deux amoureux devaient trancher la gorge de l’autre et ne cesser de se quitter des yeux, sous peine de mourir. Ils n’avaient pas accompli l’Epreuve et ne s’étaient plus revus.

Le narrateur vient d’apprendre la mort de Fiona. Il a trente ans passés. Dans leur école, elle s’est ouvert les veines, une page de leur cahier dans la main. Pour tenter de comprendre son geste, il rédige La maison des Epreuves, il couche sur le papier le test qui aurait pu la sauver.

Si le début du roman de Jason Hrivnak plonge d’entrée le narrateur dans un désespoir lumineux, il conserve un semblant de normalité dans la forme. Normalité fantastico-gothique, certes.

Il en va tout autrement dès que s’ouvre le cahier constituant La maison des Epreuves. L’expérience qui s’en suit, déroutante au départ, perturbante, finit par toucher au cœur. Il s’agit de différents tests.

Le premier test est un questionnaire à choix multiples, avec plusieurs réponses, guidées. Il s’agit de mises en situation, de 40 brefs récits auxquels le lecteur doit réagir. « Vous trouvez un bébé endormi dans un berceau (…) Votre tâche consiste à laisser tomber le bébé par une trappe circulaire qui donne dans l’obscurité de la salle en dessous. (…) Il se réveille, son regard n’a rien d’implorant. Il semble étrangement indifférent à votre présence et votre contact. Quels attributs parmi les suivants cette salle est-elle censée éprouver ? A – Votre compassion. B – Votre cruauté. C – Votre capacité à obéir aux ordres. D – Votre capacité à défier les ordres. »

40 questions absurdes sans solution, 40 contes cruels, 40 cauchemars qui parlent de perte, de vide. Peuplées d’enfants abandonnés, de personnages de cirques étranges, en sang, en guerre, les images créées par ces embryons d’histoires dérangent. Elles sont changeantes selon notre humeur et notre choix (mais a-t-on vraiment le choix ?) et semblent issues de l’imagination d’Edward Gorey.

Le second test est fragmenté en 25 questions, ouvertes cette fois, dont il faut inventer la suite. Là encore, pas de correction proposée. C’est comme s’il s’agissait d’un livre dont vous êtes le héros, sauf qu’il n’y a pas de héros et que l’histoire se perd, stagne, comme dans un labyrinthe. Souterrains, mondes perdus, grimoires maléfiques ne sont pas sans rappeler l’horreur lovecraftienne, où l’isolement domine, où la folie prend toute sa démesure. Imaginer un développement à ces accroches pourraient bien rendre fou, à qui veut s’en donner la peine.

Le troisième et dernier test propose 10 différentes histoires, auxquelles sont assorties jusqu’à sept réponses, qui font, cette fois, progresser la narration. Un exemple, au hasard : « (…) Ce sentiment d’isolement s’aggrave, et vous commencez à oublier les visages des membres de votre famille et de vos amis. De quelle façon leurs traits se délitent-ils ? Qui oubliez-vous en premier et en dernier ? » Ou préférez-vous cette autre épreuve : « (…) Ils me trouveront au fond du lac pieds et poings liés à mon fidèle étalon. Et cette vision les hantera toute leur vie. De propos délibérés, j’ai mis fin à mes jours. Ai-je commis une chose horrible ? Prescrivez-moi une autre solution. Imaginez-moi un avenir dans lequel je retrouverai l’éloquence qui est la mienne ce soir en tant qu’enfant choisissant de se suicider. »

Pas envie de répondre à ce genre de questionnaire ? Mais il le faut, pour sauver un ami. C’est pourquoi ce roman, si singulier, superbement traduit par Claro, touche autant. Parce qu’il ne donne pas les réponses, parce qu’il n’y a pas de réponses. Que des interrogations douloureuses. Est-on maître de sa vie ? Faut-il affronter la laideur pour sublimer la beauté ? En quoi les rencontres font de nous ce que nous sommes ? Pourquoi laisse-t-on nos amis nous quitter ? A moins que la seule réponse qui vaille soit celle-ci : l’existence n’est qu’un Terrain d’essai, une aventure sadique où, pour être heureux, il nous faut souffrir, souffrir de plus en plus, ou faire souffrir nos âmes sœurs.

Oserez-vous affronter La maison des Epreuves ?

La maison des Epreuves / Jason Hrivnak. trad. de Claro. Editions de l’Ogre, 2017