Mémoires, rêves et réflexions de Marianne Faithfull

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De Marianne Faithfull, je connaissais peu de choses. Qu’elle avait été la muse des Stones dans les 60’s, que Broken English avait fait un gros carton dans les 80’s (d’où mon surnom au lycée Marianne faitlafolle, merci beaucoup), qu’elle faisait l’actrice plutôt avec succès depuis peu…

A la lire, j’ai compris que de survoler ainsi sa carrière risquait de me faire passer à côté d’une figure mythique. Sa vie est tout simplement extraordinaire. Sa famille, déjà, n’avait rien de banal. Des parents rencontrés à Vienne, en pleine guerre mondiale : un père, officier dans les services de renseignements britanniques en mission, plus tard chargé d’interroger Himmler pour le procès de Nuremberg ; une mère, juive d’origine hongroise, nièce de Léopold Sacher-Masoch (découvreur du SM), un peu folle (sa mère), un peu artiste, un peu bi.

Marianne ne pouvait que suivre une route singulière. Elle a eu droit à plusieurs existences. Elle connaît le succès quand les Stones lui écrivent As tears go by. Elle choisit de vivre dans la rue pendant deux ans, accro à l’héroïne, suite à sa rupture avec Mick Jagger. Elle écrit, compose, chante, joue au théâtre. Elle devient prof. de poétique dans le Colorado à la Jack Kerouac School of Disembodied Poetics. Elle fréquente Ginsberg, Burroughs, Dylan, John Boorman…Elle semble avoir tout (sur)vécu : les drogues, les bides, les scandales orchestrés par la presse, les morts des proches, les overdoses, le cancer…

N’attendez pas de cette introspection des détails croustillants façon Voici. C’est une balade sans mélancolie sur plus de quarante ans ; notamment une description lucide et sincère des swinging sixties, avec ses dopes hallucinatoires, ses personnages loufoques, où tout semblait possible.

Dans ses réflexions, pas de rancune, pas de pitié non plus : « Je ne suis ni païenne, ni sorcière, je suis simplement humaniste. Mais on en trouve partout maintenant. La religion, Dieu, le Christ en croix. Regardez Bono, avec sa grande croix et tout le reste. Les chrétiens ont toujours fait ça. Si vous n’êtes pas avec eux, vous êtes contre eux, et je ne suis pas contre eux, je ne veux simplement pas être eux ».

Marianne est tendre, et pas tendre. Et souvent drôle : « Fini la cocaïne, l’alcool et autres saletés du même genre. Pour moi. Ce n’est pas que j’aie renoncé, mais dans mon groupe, personne ne boit, personne ne fume ; ce sont des putain de végétariens ».

Quand j’ai découvert son parcours, son intelligence acérée, cultivée, ses convictions profondes mais non prosélytes, j’ai pensé à une autre grande dame, Juliette Gréco, dont elle dit elle-même : « sur le plan politique, elle a été provocatrice et intrépide. Elle a mené une vie insolite, étrange, insaisissable. Si je voulais être quelqu’un d’autre, je voudrais être Juliette Gréco. Avoir une histoire d’amour avec Miles Davis et chanter une poésie existentialiste sublime pendant le reste de ma vie ».

Mémoires, rêves et réflexions / Marianne Faithfull, David Dalton. trad. de Jean Guiloineau. Bourgois, 2008

Chronique publiée dans Noise n°8 janvier-février 2009

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