Bauhaus, dark entries de Ian Shirley

bauhaus

Originaire de Northampton, ville anglaise des Midlands plus célèbre pour son fort taux de criminalité que pour sa scène underground, Bauhaus est un groupe singulier. Les quatre fortes personnalités qui le composent parviennent à imprégner l’histoire du rock en seulement quatre ans d’existence et quatre albums.

Ian Shirley a suivi de près leur carrière et raconte, grâce à une multitude d’anecdotes et d’interviews, leur destin digne d’un roman à suspense.

L’histoire commence en 1979 avec l’inattendu succès fulgurant de « Bela Lugosi’s dead », single de 9 min., envoutant, dérangeant, qui s’installe dès sa sortie dans l’indie charts britannique. Mais le groupe vise plus haut. Imposant un mix étrange de glam rock et de son garage, les performances scéniques de Bauhaus conquièrent un public fasciné par les gesticulations démentielles et exaltées du chanteur Peter Murphy, les impro. sonores proches de l’expérimental, les décors morbides, les lights stroboscopiques, l’utilisation avant-gardiste de la vidéo. Les fans sont ravis, plébiscitent leur premier album In the flat field ; les journalistes de la presse musicale détestent. Le suicide de Ian Curtis fait passer leur côté sombre pour du cynisme. Leur désacralisation de Bowie ou de Bolan agace. Leur recherche du succès, dans cette période post-punk s’apparente à un manque d’intégrité. Cette haine ne s’éteindra pas. Leur deuxième album Mask, puis leur troisième The sky’s gone out se font assassiner par les spécialistes tandis que leur reprise de « Ziggy Stardust » (quitte à passer pour des sous-Bowie, autant assumer !) cartonne, sans pour autant accéder à l’immense notoriété convoitée par le groupe.

Pour accroître leur popularité, Murphy accepte de jouer dans une campagne de pub pour Maxell tapes. Sa belle gueule, inquiétante et émaciée, perce l’écran. Désormais, il incarnera le groupe à lui seul. Lui, le timide, perpétuel angoissé, septième enfant d’une famille catholique rurale, légèrement bègue. Lui, le vicieux, l’autoritaire, capable d’agresser physiquement les premier rangs lors de concerts, lui qui devient un autre sur scène, un double en transe. Les trois autres membres se sentent écartés, des faire-valoir, sentiment renforcé par la sortie du film Les prédateurs, où leur performance sur « Bela Lugosi » s’avère coupée au montage face à un Murphy gigantesque, écrasant, crevant la pellicule.

A la veille de l’enregistrement du quatrième album, Peter Murphy est hospitalisé pour une grave pneumonie virale. Les trois autres se pressent pour faire les prises sans lui.

Quand sort Burning from the inside, Bauhaus est déjà mort. Enfin presque, car tels les vampires renaissant sans cesse, et après des carrières séparées mais réussies aux USA (les uns avec leur groupe Love and Rockets, Murphy en solo), ils se reformeront en 98. Alors, undead ?

Furieusement gothiques, leurs clips, notamment Telegram Sam, ou Mask restent indémodables.

Bauhaus, dark entries /Ian Shirley. trad. de Carol Vittecoq. Camion Blanc, 2008

 Chronique publiée dans Noise n°10 – mai-juin 2009

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s