Les malchanceux de Bryan Stanley Johnson / 44 jours : the damned united de David Peace / Football factory de John King

malchanceux 44 jours  Football_Factory livre

Tant qu’il y aura du foot… il y aura de bons romans sur le foot.

Dans Football Factory, les héros sont les supporters des diverses équipes londoniennes, des méchants hooligans tels qu’on les voit au journal de 20h. Ca fait mal, très mal un coup de boule de hooligan ! L’écriture est agressive et le propos violent. Enfants dégénérés d’une société britannique sur le point d’imploser, les personnages de John King dérangent parce qu’ils nous renvoient une image qu’on préfèrerait cacher sous le tapis. On ne les aime pas ? Et alors ! Ils sont là quand même. Et si leur seul plaisir c’est d’aller se démonter la tête entre camps adverses, en quoi ça nous gêne ? C’est pas bien ? C’est sûr. En attendant, c’est en gagnant ces combats dérisoires qu’ils se trouvent une place dans une famille, un clan solidaire, avec ses codes, une mini-société qui les acceptent enfin pour ce qu’ils sont.

The damned United, dont Tom Hooper a d’ailleurs tiré un fabuleux film sorti en 2009, raconte le destin de Brian Clough, ancien brillant footballeur, puis brillant entraîneur de Derby, au moment où il prend les commandes de Leeds et a 44 jours pour faire ses preuves. Ou l’Ascension et La chute d’un homme. Les joueurs de Leeds sont habitués aux tricheries, aux pots-de-vin, sont prêts à tous les coups bas pour rester en haut du classement. Brian Clough se heurte, au propre comme au figuré, à l’équipe, résolue à conserver ses privilèges de gagneuse même s’il faut pour cela perdre son âme.

Les malchanceux est un roman extraordinaire. Paru en 1969, écrit pas B.S. Johnson, écrivain surdoué et touche-à-tout qui se suicidera en 1972 à 40 ans, ce court récit est constitué de 27 chapitres qui peuvent être lus (hormis le premier et le dernier) dans n’importe quel ordre. Quidam éditeur a parfaitement respecté ce choix et nous propose un coffret rempli de feuillets non reliés. L’effet est saisissant. On découvre, au fil de notre désir, les pensées intimes du narrateur. L’occasion d’un match de foot pour lequel il doit écrire un papier comme reporter sportif, le ramène dans une ville où il rencontra son meilleur ami, décédé d’un cancer depuis. Ses souvenirs et réflexions sur l’amitié ou l’humanité défilent, dans un désordre qui finit curieusement par trouver une vraie cohérence.

Les malchanceux / Bryan Stanley Johnson. trad. par Françoise Marel. Quidam éditeur, 2009. 44 jours : The damned United / David Peace. trad. de Daniel Lemoine. Rivages, 2008. Football Factory / John King. trad. de l’anglais Alain Defossé. Alpha Bleue. 1998

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