Manchester Music City : 1976-1996 de John Robb

Manchester-cover

«  Manchester a toujours été une ville où on se faisait chier », disait Mark E. Smith dans le dernier Noise, et s’il le dit, on veut bien le croire, même si on se demande bien où est-ce que le leader de The Fall ne se serait pas fait chier. Avis tranché que tout le monde, d’ailleurs, ne partage pas. Oui, c’est vrai, Manchester est à la mode. Et oui, c’est vrai, ça semble en gaver certains ; au point que c’est se poser en dégouté de l’histoire de la ville qui va finir par devenir à la mode. Mais bon, il y en a, dont moi, que ça intéresse, dont acte. Et s’il faut lire un seul document qui raconte l’essor puis le déclin de la scène mancunienne, c’est bien celui de John Robb. Chanteur dans le groupe 80’s post punk The Membranes, Robb a écumé ses souvenirs et les bars de sa cité afin de nous en dresser la chronologie musicale. Il restitue l’arbre généalogique de la famille, avec dans le rôle des aïeux les Buzzcocks qui ont engendré toute une flopée de marmots plus ou moins respectueux de leur héritage, pour aboutir aux morveux insolents d’Oasis. Comme dans toutes les dynasties, on découvre les tensions, les instants magiques de communion, et toujours la solidarité indéfectible des membres les uns envers les autres. Ce que Robb a parfaitement réussi à faire, c’est retranscrire cette idée de communauté. Il a laissé traîner son micro, et au travers d’interviews uniquement, il a reconstruit le fil de l’histoire. Manchester est une ville fière et ouvrière ; musicalement parlant, c’est un petit monde, un petit monde qui se bouleverse au gré des transformations urbaines. Tout est lié, limpidement. Le rock est violence, une réponse à la colère sociale, l’expression des prolos, et Manchester, ce décor en friche, ce cauchemar post-industriel colle parfaitement à l’ambiance. Quoi de plus naturel pour le punk de s’épanouir dans cet environnement  interlope ? (Si vous voulez savoir, pour l’anecdote, d’où vient le nom des Buzzcocks, vous n’avez qu’à lire). Chaque époque voit émerger de nouveaux groupes qui se confondent avec les évolutions économiques et politiques. Joy Division/New Order, les Happy Mondays, autant de groupes estampillés Factory, qui n’auraient pas vu le jour sans l’influence du Breakdance dont la popularité témoigne du caractère multiracial de la ville. La Dance, la House, et l’Hacienda, symboles du phénomène Madchester, n’auraient pu exister sans l’émergence de l’ectasy dans une cité habituée à se défoncer aux dernières drogues. La Hacienda, ce club démentiel, issu de la folie de Tony Wilson, découle de l’attitude DIY de Spiral Scratch et de l’abandon par les autorités de quartiers entiers, laissant des squats immenses, et donc des possibilités immenses… Jusqu’au déclin de la Brit Pop, à la fin des 90’s, Manchester a enfanté une liste considérable de groupes majeurs en Grande-Bretagne : A Certain Ratio, Les Chameleons, Les Stone Roses, les Smiths, The Fall, les Chemical Brothers, the Verve…John Robb a poursuivi son enquête jusqu’en 2008 ; il va falloir attendre pour connaître la suite… dommage !

Manchester Music City : 1976-1996 / John Robb. trad. de Jean-François Caro. Rivages, 2010

 Chronique publiée dans Noise N°17 – Août-septembre 2010

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