Big fan : Radiohead, la fin du monde et moi de Fabrice Colin

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Aimer un groupe absolument. Etre persuadé que c’est pour vous qu’il compose, que vous êtes plus bouleversé que quiconque par tel passage de guitare, telle envolée du chant, que vous comprenez mieux que tout le monde les paroles. Aller jusqu’à choisir ses amis parmi ceux qui apprécient ce groupe, même s’ils n’atteindront jamais votre degré d’adoration. Exclure tous les autres, juger les incultes, mépriser ceux qui n’ont pas été touchés par la grâce. On a tous connu ce sentiment (j’espère, sinon je commence à douter de ma santé mentale). Enfin, à quinze ans. Après, on modère nos emportements.

Big fan, lui, admirateur total de Radiohead, ne réprime pas son exaltation. Jamais. Jusqu’à la folie. Ado obèse complexé, William Madlock perçoit dans la musique un refuge à sa solitude. Dés les 80’s, le grassouillet solitaire d’Oxford entreprend de tout écouter, de prendre des notes, de comparer les styles pour être sûr de ne rien louper, sûr de devenir enfin expert en quelque chose : 11 pages du roman sont ainsi consacrées à la retranscription alphabétique de ses découvertes. Un peu psychorigide, comme garçon. Quand il entend Radiohead pour la première fois, sa fougue mélomane tourne immédiatement à la monomanie. Il respire, mange, vit Radiohead. Et puis, il se met à décrypter les messages cachés dans les mots de Thom Yorke. Et puis, il devine que le groupe est attaqué par un mystérieux Kid A. Et puis, il se met en tête de défendre ses héros face au complot invisible mené par la police du Karma. Et puis, c’est de sa prison qu’il perpétue son délire, après avoir commis un geste définitif. Si vous voulez d’ailleurs prendre de ses nouvelles depuis sa cellule, rendez-vous sur le site fondation-scatterbrain.com.

Avec beaucoup de détachement et d’humour, Fabrice Colin nous plonge dans le cerveau névrosé d’un ado en quête de popularité, d’un excessif comme on en voit dans les pages des faits divers. Belle réflexion sur la notoriété, agrémentée d’une biographie documentée sur Radiohead, Big fan nous rappelle aussi qu’on conserve tous en nous une part de gros garçon inadapté.

Vous avez dans votre entourage un big fan ? Faites gaffe.

Big fan : Radiohead, la fin du monde et moi / Fabrice Colin. Ed. Inculte (collection afterpop), 2010

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