Dictionnaire essentiel du documentaire rock : 100 « rockumentaires » indispensables de Christophe Geudin

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Des « rockumentaires », on en a tous vu des tas. Des mythiques, des drôles, des qui n’apportent rien avec des images pourries, des qui au contraire finiraient presque par nous faire aimer un groupe qu’on trouvait minable… Je nous imagine, vautrés sur nos canapés mous, captivés par l’écran, le cerveau engourdi rétif au moindre effort pour essayer de mettre un semblant d’ordre dans cette abondance de pellicules. Mais bon, faudrait voir à pas se laisser aller à la facilité, un peu de culture que diable, un peu de vernis pour briller en société ! C’est justement ce que Christophe Geudin tente de nous apporter en entreprenant la tâche pharaonique de répertorier et classer cette profusion de films. Et puis, c’est gratifiant, la culture, parce que finalement, on n’est pas si paumés.

Leçon n°1 : les grands noms et dates :

– Donn Allan Pennebaker, inspiré par la nouvelle vague, privilégie une approche cinéma-vérité, un rendu sans artifice quand il tourne Don’t Look Back, la tournée de Dylan en 1965 ou Ziggy Stardust en 1972.

– Peter Lorrimer Whitehead propose une démarche plus sociologique et cherche à filmer l’impact du rock sur la jeunesse, comme dans Tonight Let’s All Make Love in London, consacré aux  Pink Floyd en 66-67.

– Murray Lerner s’intéresse à l’envers du décor et capte par exemple les spectateurs violents dans Message to love : the Isle of Wight Festival en 70.

– L’œuvre de Julien Temple, surtout connu pour avoir suivi explosion du punk anglais en 76, est un mix de longs métrages de fiction  (The Great Rock’n’Roll Swindle en 1980) ou de portraits (Joe Strummer : the Future is Unwritten en  2007).

– Des réalisateurs “conventionnels” célèbres s’emparent du sujet, comme Jonathan Demme (Stop Making Sense en 84 sur les Talking Heads), Jim Jarmusch (Year of the Horse en 97 sur Neil Young) ou Scorsese (Shine a Light en 2008 sur les Stones).

Leçon n°2 : l’évolution du fond et de la forme. Dans les 60’s, les rockumentaires biographiques sont souvent de simples reportages tournés caméra à l’épaule. Absence de mise en scène et plans à l’arraché symbolisent le tumulte de la vie des stars ou l’immersion dans le milieu, faisant du spectateur un témoin privilégié. Les concerts filmés se contentent, avec deux ou trois caméras statiques, de restituer au mieux la performance scénique et musicale, avec coupures aux changements de bobines. Les 70’s voient, à partir de Woodstock notamment, l’application des techniques cinématographiques à ce qui était jusque là considéré comme du reportage d’actualité. Les effets de saturation, fondus enchaînés ou split screens remplissent les écrans et l’on passe d’un statut descriptif à une volonté de magnifier l’artiste dans de véritables films de promotion. L’apparition de la vidéo domestique dans les 80’s, puis du DVD, ont multiplié les rockumentaires, souvent non autorisés et de piètre qualité, pour aboutir de nos jours à une baisse de la production de films aboutis et documentés, les artistes désirant retrouver le contrôle de leur image.

Pour parfaire notre éducation se succèdent une centaine de fiches détaillées par rockumentaire, classées par thématiques puis par ordre alphabétique, dictionnaire oblige. Dans la sélection prescrite par l’auteur, beaucoup d’incontournables, tel American Hardcore de Peter Rachman sur la scène US de 1980 à 1986, Dig !, Anvil, ou encore Punk : Attitude de Don Letts… Beaucoup aussi qui ont pu nous échapper comme la trilogie de Penelope Spheeris (81-88-98) the Decline of Western Civilization sur le hardcore de L.A, ou Heavy Metal Parking Lot de John Heyn et Jeff Krulyk montrant des fans de Judas Priest tellement tarés que Nirvana adorait se le passer en boucle… Anecdotes et critiques étoffent la simple description et donnent souvent envie de (re)voir les films cités.

Deux petites critiques dans cette masse d’info : les rockumentaires présentés concernent si souvent des groupes « classiques » (les Stones, Dylan, Bowie, Neil Young, Hendrix) qu’on croirait que le rock est mort depuis les années 90. Et pourquoi l’auteur, parmi son choix de  « 100 rockumentaires indispensables », a-t-il décidé de commenter aussi des films ou collections qu’il trouve nuls ?

Dictionnaire essentiel du documentaire rock : 100 « rockumentaires » indispensables / Christophe Geudin, Autour du Livre (Les cahiers du rock), 2010

Chronique publiée dans New Noise n°3 – mars-avril 2011

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