Les assoiffées de Bernard Quiriny

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De nos jours, Pierre-Jean Gould, intellectuel germanopratin, organise un voyage officiel en Belgique, le premier voyage où des étrangers pourront pénétrer dans le plat pays depuis la révolution réussie de 1970. Quelle révolution ? Mais enfin, la révolution féministe, celle qui a permis de mettre au pouvoir les « Bergères », avec les grandes figures d’Ingrid, puis de sa fille Judith. Parmi les élus qui méritent de faire ce périple historique, des journalistes, des scientifiques, des universitaires, tous acquis à la Cause et ne demandant qu’à trouver sur place des preuves du bien fondé de l’éradication des mâles.

Le lecteur suit donc ce groupe de « touristes » au fil de leurs pérégrinations. On leur montre des écoles modèles, des fermes modèles, des hôpitaux modèles, et si certains ne cachent pas leur enthousiasme, d’autres commencent à douter…

Parallèlement, le récit entremêle les réflexions d’Astrid, jeune femme belge, sujette anonyme, qui raconte sa vie sous le joug terrifiant de la dictature imposée par ses «sœurs».

Mélange de 1984, d’un reportage en Corée du Nord, et d’un pastiche d’anticipation, ce roman est un ovni. Les règles et devoirs des féministes érigés en religion, les progrès de la génétique qui permettent de ne plus avoir à subir de porter un garçon, la délation, le culte de la personnalité, la faim… ce monde fait froid dans le dos. Et en même temps, comment ne pas voir la parodie, l’ironie dans ce texte parfaitement construit ? La juxtaposition des deux mondes, – d’un côté, les intellos français superbement ridicules, sûrs de leur conviction, mais aussi peureux et mesquins, – et de l’autre, des femmes enfermées dans un univers totalitaire, grotesques d’obéissance, comment ne pas comprendre que l’auteur s’amuse à brouiller les pistes ? Qui a raison ? Cette société féministe qui, après les avoir émasculés, se sert des hommes comme esclaves ? Non, bien sûr ! Alors, cette troupe de petits bourgeois bien pensants campés sur leur position ? Non plus évidemment ! Alors, pourquoi ce livre si la critique n’épargne personne ? A vous de voir ! Pourquoi pas pour rire?

Les assoiffées / Bernard Quiriny. Seuil, 2010

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