Post-punk, no wave, indus & noise : chronologie et chassés-croisés de Philippe Robert

post-punk

Le punk est mort, dès 77, condamné à un anéantissement rapide car portant en lui les germes de la destruction, forcé de disparaître car incapable de résoudre l’équation mêlant dans un même mouvement révolution underground et popularité lucrative. Et quel punk ? Celui de Londres ou de New York ? Quel rapport entre les 1ers albums des Clash ou des Jam ? Malgré l’unité apparente ressentie lors du concert scandaleux des Pistols pour le jubilé d’Elizabeth en juin, le passé est déjà là. Si certains, américains surtout, à l’image des Dead Kennedys, édifient un courant hardcore parce qu’ils refusent de laisser s’éteindre l’incendie et s’orientent vers une radicalisation politique et musicale, d’autres s’en détachent, naviguent vers le désengagement, s’éloignant du réalisme social. Ou S’en remettre à l’art pour approfondir ses propres perceptions. De cette nouvelle approche, basée sur l’expérimentation et le non-conformisme, naîtront 4 courants : le post punk, la no wave, l’indus et le noise.

Le post punk, mouvement principalement  anglais, apparaît fin 77. Le magazine Sounds sort à cette période un numéro intitulé « New Musick » qui rassemble des groupes disparates. Leurs points communs ? Distanciation plutôt qu’engagement, divorce entre le politique et l’art,  rejet des ancêtres rock des 50’s, indépendance vis-à-vis de l’industrie du disque. Cet after punk, renommé rapidement post-punk, envisage le rock comme un laboratoire de recherche, prône une déconstruction qui n’exclut pas l’idée de mélodie.

La no wave s’installe surtout à New York. Au tournant des 80’s, dans les clubs du Lower East Side à New York, une tendance regroupe des milieux aussi divers que la scène branchée par le free jazz ou les amateurs de musique contemporaine. La compil « No New York », produite par Brian Eno, réunit des artistes ayant un seul mot d’ordre : faire table rase du passé en exploitant des sons plutôt que des mots ou des accords. Les racines de ce « No » sont décelables dans Metal Machine Music de Lou Reed,  sorti en 75.  Sur la pochette, il précisait : « No synthesisers, No Arp, No instruments ». Cet album proposait d’explorer la matière sonore en tant que telle, tuait le trio sacré guitare, basse, batterie, ainsi que le chant, et a eu  une influence durable sur le rock bruitiste, ouvrant la voie industrielle. Sans porte étendard, ce mouvement hétérogène sera aussi primordial qu’éphémère.

Pour Throbbing Gristle, les trois accords du punk étaient trois accords de trop. Adeptes de Luigi Russolo, ils s’efforcèrent d’appliquer à la lettre ses préceptes décrits dans l’art des bruits en 1913, notamment donner au bruit une acceptation positive et cesser de l’opposer au son. Un courant pouvait naître, consistant à faire de la musique sans instruments, en captant des bruits familiers, sans hiérarchie, et en les reproduisant. L’indus, ou « Faire de la musique pour les usines en utilisant le vrai son de celles-ci, mais en le rendant rythmique et acceptable en lui-même », soit une Industrial music for Industrial People », était née.

Avec le noise, enfin, toute concession au rock est abandonnée. « Pas de tonalité. Ni voix, ni rythme préétabli. Juste du feedback, en continu. Un acte de son », écrivait Lou Reed pour la réédition de Metal Machine Music. Si la génération des années 2000 s’accorde parfois des embryons de mélodies, voire des développements planants, les puristes de cette orientation, certes marginale mais qui perdure, parlent et sont donc en quête du pouvoir extatique du noise.

Ces quatre courants, si proches et pourtant si hétéroclites, Philippe Robert les imbrique et les décortique en une description de plus de 130 albums sortis entre 1978 et 2010, classés chronologiquement. Dans ce mélange composite se juxtaposent des groupes aussi dissemblables que PIL, Devo, Sonic Youth, Certain General ou Liars. N’espérez pas vous enfiler ce bouquin d’une traite. Enorme travail de documentation et d’analyse, considérez-le plutôt comme une encyclopédie, un ouvrage de référence qu’on conserve et consulte au besoin. A lire par petits bouts, avec une bonne radio streaming en illustration sonore.

Post-punk, no wave, indus & noise : chronologie et chassés-croisés / Philippe Robert. Le mot et le reste (Formes), 2011

Chronique publiée dans New Noise n°4 – mai-juin 2011

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