Skinhead : instantanés d’une subculture britannique de Nick Knight

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« Le spectacle des skins en train de se battre contre les mods sur les plages de Brighton et de Southend implique que la nouvelle génération a totalement oublié ses origines. Le terme Revival se trouve même être inapproprié pour qualifier la réintroduction du style skin, puisque la nouvelle génération a endossé un rôle politique totalement absent du mouvement des origines ». Nous sommes en 1981. Nick Knight vient de réaliser un reportage photo sur les représentants du revival skinhead, qu’il a dénichés dans l’East End londonien, du côté de Petticoat Lane. Dans cette constatation se trouve résumé tout l’intérêt du bouquin. Car qui dit revival dit mouvement originel, et c’est justement au travers de ses clichés de gamins qui arborent « Made in England » tatoués sur le front que Knight remonte à la source et en explique la genèse, les filiations, et les dérives sectaires ô combien médiatiquement spectaculaires de ce début des années 80.

Car les skins se sont pas, à l’origine, ces pantins qui décochent le salut nazi devant chaque cameraman en mal de sensations fortes. Bien au contraire. Voilà donc un livre salutaire, au même titre que Skinheads le roman de John King, qui rend à ce courant décrié ses lettres de noblesse.

En 1968 et jusqu’en 1972, les skins, issus de la Working Class et dérivés des Mods, sont avant tout des passionnés de musique et de fringues. A ce sujet, un chapitre entier, Jim Ferguson’s Fashion Notebook, détaille avec force croquis et un humour so British, ce qu’il convient de porter, et de ne pas porter. La musique qu’ils écoutent ? Du Ska, du Blue Beat, du Rocksteady, plus généralement du Reggae en provenance de la Jamaïque, bref de la musique de Noirs : Desmond Dekker, Laurel Aitken, Bob Marley, Harry J and the All-Stars, Prince Buster, The Maytals, The Skatalites et The Ethiopians… Une discographie des années 1968-1971, compilée par Harry Hawke est d’ailleurs présente dans l’ouvrage. Bon, ces « gentils » skins ne crachent pas non plus sur une bonne vieille castagne à la sortie des stades, contre les flics ou les supporters d’autres clubs, histoire de prouver leur fidélité au groupe, d’exister un peu plus, violence qui précipitera d’ailleurs le déclin du mouvement.

En 1981 donc, émergent de nouveaux skinheads. La musique a changé. Passé l’engouement pour les groupes 2-Tone,  Madness, puis Sham 69, ils se tournent vers la Oi ! avec Skrewdriver, Cockney Rejects, Angelic Upstarts, Cocksparrer et Bad Manners. Le look a changé, plus agressif. Le monde a changé, les skins font peur. Dans un court mais brillant exposé, « This is England ! And they don’t live here », Dick Hebdige, spécialiste de l’étude des sub-cultures, porte un regard sociologique sur les gamins qu’il interviewe. Il montre que, même si une frange fanatique se tourne effectivement vers l’extrémisme, la majorité des skins qu’il rencontre, dont le crâne pelé rappelle furieusement les gosses des maisons de correction de l’époque victorienne, à qui on rasait la boule pour éviter les vermines, est bien trop sauvage pour se laisser embrigader bien longtemps dans un quelconque groupuscule politique. Exclus du système, ne possédant pas les clés pour comprendre les changements de leur environnement, ils se tournent vers des valeurs refuges, simplistes, idéalisant un passé où ils auraient eu une place. Leur credo ? Etre authentique et être Anglais. A la manière de Mickey : « Il suffit de porter le drapeau et tout le monde te traite de nazi. Mais tout ça n’a rien à voir avec le fait d’être un nazi… Nous, les Londoniens, avons combattu les Allemands… Eux (les skinheads) arborent le drapeau, car ce sont des patriotes. Qu’y a-t-il de mal à être patriote ?… Ici, c’est l’Angleterre. Et ils n’y vivent pas. Il n’y connaissent rien (rires)… Ils vivent dans leurs maisons individuelles, conduisent des Rolls. Putain, qu’est-ce qu’ils croient savoir de nous… ?» Plus prolos que politisés. Une verrue sur la face de l’Angleterre bien pensante. Et c’est bien ça que racontent les photos de Nick Knight.

En noir et blanc, sans artifice, le regard face à l’objectif, les skins de ses clichés sont finalement plus des gamins un peu paumés, voire pathétiques, que des brutes sanguinaires capables de renverser une démocratie. A l’image de ce gosse de 14 ans, ayant le mot SKIN tatoué sur le front, qui, quand on lui demande ce qu’il ferait si jamais il perdait la foi, répond : « Je me couperai la tête, ou alors je me ferai pousser la frange ».

Skinhead : instantanés d’une subculture britannique / Nick Knight. Camion blanc, 2012

Chronique publiée dans New Noise n°13 – novembre-décembre 2012

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