Délivrance de James Dickey

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Que celui qui n’a jamais songé, en croisant un groupe d’autochtones peu amènes, au détour d’un chemin creux, dans un coin de ruralité angoissante paumé au sein d’une nature hostile, « on se croirait dans Délivrance », me jette la première pierre. Cette sentence pleine de menace faisait surgir des images directement issues du film de John Boorman, film sorti en 72, avec son cortège de cris de cochons et de mélodie exécutée au banjo par un gosse albinos dégénéré. Faisait, car ces images pourraient bien être supplantées par celles nées de la lecture du roman du même nom, que les éditions Gallmeister ont eu l’excellente idée de rééditer dans une nouvelle traduction. Car Délivrance, avant d’être un film était un roman, paru en 70. Ok, que celui qui le savait me jette la deuxième pierre.

Il n’y a pas de différences fondamentales entre le film et le roman, dans le récit et le déroulement de l’histoire. Quatre copains décident de descendre en canoë une rivière sauvage, en Géorgie. Ce qui devait être une occasion de profiter de la nature, de boire quelques bières et de braconner le cerf, se transforme vite en épopée cauchemardesque et ils devront puiser en eux des ressources insoupçonnées pour survivre face aux indigènes et aux éléments déchaînés. Deux mondes s’affrontent, celui des habitants, que l’on pourrait qualifier de rustiques, rustiques ne signifiant pas ici gentiment passéistes et bucoliques, mais bien complètement tarés. Et celui des citadins arrogants qui débarquent, au volant de leurs pick-up monstrueux, avec plus de matos et d’armes qu’il n’en faut pour tenir un siège, en terrain conquis partout, certains de leur supériorité d’hommes civilisés, qui s’ennuient dans leur quotidien banlieusard et se rêvent en Rambo. L’intérêt de lire Délivrance, même si on connaît le film par cœur, se trouve dans la voix, les questionnements du personnage de Ed, qui relate avec beaucoup plus de précisions les faits qui se déroulent devant ses yeux.

Le film avait parfaitement réussi à capter l’essentiel, l’urgence, mais la littérature permet, sans affadir l’ensemble, de se plonger plus profond dans les angoisses des caractères, de souligner leurs faiblesses et leur mesquinerie. La nature est encore plus étouffante, les personnalités encore plus étriquées, leurs plaies encore plus ouvertes, et surtout, l’amoralité du dénouement encore plus évidente.

Délivrance / James Dickey. trad. de Jacques Mailhos. Gallmeister, 2013

Chronique publiée dans New Noise n°18 – octobre-novembre 2013

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