Sound de Tom M. Wolf

sound

Cincy, étudiant à New York, se trouve à la croisée des chemins. Incapable d’avancer sur sa thèse en philosophie, il décide de prendre un peu de recul et de revenir, le temps d’un été, dans la bonne vieille ville du New Jersey où il a grandi. Au moins cela lui permettra-t-il de  renouer avec son pote Tom, musicien dont l’unique ambition est de faire des reprises en tous points identiques aux versions originales. Et gagnera-t-il un peu d’argent en travaillant sur le chantier naval. Là, avec sous ses ordres quelques personnages hors norme, il nettoie, rénove, dépanne les bateaux des touristes venus envahir la côte durant la belle saison. Et puis, il y a Vera, qu’est belle comme un soleil, et qui l’aime pas pareil que lui aime Vera… Cincy doute, se demande quel adulte il pourrait bien devenir, et sa ville a l’air aussi paumée que lui. Le front de mer devait être beau autrefois, avec sa promenade en bois à la Boardwalk Empire, il n’en reste que des stands criards de fast foods et de glaces sans saveur, des boutiques cheap proposant des strings de bain moches à des touristes moches. Sound a tout du roman initiatique, avec sa jeunesse en déroute confrontée à une Amérique frappée par la crise, demeurée raciste et corrompue.

Mais là n’est pas le principal intérêt de ce livre atypique. Tom M. Wolf est un passionné de hip-hop et son roman, écrit à l’origine sur un cahier de partition, témoigne d’une volonté de se lancer dans une expérimentation littéraire aussi novatrice qu’elle peut l’être en musique. Le format d’abord, carré proche d’une pochette de vinyle, est singulier. La forme, typographie mêlant différentes polices et grosseurs de caractères, pages remplies de signes minuscules ou de seulement quelques phrases, reflète les humeurs des personnages, leurs dialogues interrompus, repris, le chaos de leurs pensées et de leurs souvenirs, les bruits de la ville et de l’océan. Le fond, récit qui progresse par boucles, samples, répétitions, coupures, ruptures exprime la polyphonie des voix et impose un rythme de lecture déroutant, fait de pauses et d’accélérations. Perturbant par instants, comme quand on essaie de suivre plusieurs conversations en même temps, ce premier roman, créatif, captivant, cohérent, sait aussi se faire l’écho d’une cadence plus intime et apaisée, pour peu que l’on accepte de se laisser bercer par la musique des mots.

Sound / Tom M. Wolf. trad. par Héloïse Esquié. Buchet Chastel, 2013

Chronique publiée dans New Noise n°20 – février-mars 2014

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s