It’s not only rock’n’roll : sexe, drogues et sagesse du rock de Catherine Viale et Mathias Moreau

it's not.jpg

Le rock serait plus que l’expression primitive et bruitiste des instincts les plus vils exécutée par et pour des décérébrés amateurs de bière sans plus d’ambition que vivre et mourir vite, si possible dans des loges crades avec des acouphènes ? Ah oui ? Ça serait un art, et les artistes qui l’incarnent seraient capables d’une réflexion profonde sur leurs pratiques et sur le processus créatif ? Ah bon ? C’est ce qu’ont tenté de savoir Catherine Viale et Mathias Moreau en allant demander à une soixantaine de dignes représentants du rock, français et étrangers, de Matt Berninger de The National à Dominic Sonic, en passant par Stef Kamil Carlens de dEUS, Ken Stringfellow de The Posies, Cyril Bibeaud de Zone Libre, Parker Dulany de Certain General, ou Kent et Scott McCloud de Girls Against Boys, si leur démarche artistique, leur vie plus généralement, se nourrissaient des concepts de courants de pensées philosophiques déterminés. La réponse pourrait bien être oui.

En interrogeant ces artistes, tous confirmés avec plus de dix ans de carrière à leur actif, en dehors du circuit traditionnel des interviews promo, ils obtiennent des confidences intimes, des considérations souvent brillantes sur le sens de la vie, la place de l’art, sa fonction dans la société ou sur le plan personnel. Ils disent par petites touches, simplement et avec beaucoup de recul, ce qui les a amenés à la pratique de la musique, ce qui les fait continuer, leur rapport au public. Et si l’on y entend parler d’empirisme, d’existentialisme ou d’Aristote, c’est toujours parfaitement limpide, drôle parfois.  Surtout, quels que soient leurs origines, les raisons qui leur ont fait choisir le rock et les buts qu’ils poursuivent, il est frappant de constater à quel point ils finissent par développer une philosophie de vie très proche, par aborder des thèmes souvent analogues. En vrac, la musique, et le rock donc, est une consolation aussi bien qu’un mystère, elle permet une communion, de se transcender qu’on soit croyant ou non. C’est une nécessité qui dépasse l’artiste, qui avoue dans bien des cas n’avoir jamais vu ce qu’il aurait pu faire d’autre. C’est leur seul langage possible, une opportunité de dire et partager des émotions, de transmettre, dans une démarche non calculée, loin des considérations mercantiles. C’est une forme de lutte contre le matérialisme qui requiert une intégrité et une sincérité absolues.

Mais attention, le but ici n’est pas de développer des théories fumeuses et les artistes en question ne se prennent pas pour des philosophes. C’est un livre facile à lire rempli d’anecdotes sur leur enfance, leur adolescence, et de confessions (sages?) sur leur place dans ce monde, à l’image de l’aveu de Dominique A : « Quand je sors de scène, je redeviens un bourrin ». C’est un livre qui nous rappelle qu’il nous faut, à tous, rester en permanence à la recherche de la vérité, malgré la difficulté, ainsi que le déclare Theo Hakola, que « ce qui passe pour telle se révèle souvent ne pas l’être, comme le fait que la terre soit plate ou que Sting soit un chanteur ».

It’s not only rock’n’roll : sexe, drogues et sagesse du rock / Catherine Viale et Mathias Moreau. Editions Intervalles, 2014

chronique publiée dans New Noise n° 22 – juillet-août 2014

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s