La rage est mon énergie de John Lydon alias Johnny Rotten

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Ceux qui connaissent mal le parcours chaotique de Johnny Rotten, figure mythique du mouvement punk british 76, auront de quoi satisfaire leur curiosité à la lecture de ce pavé de plus de sept cent pages détaillant par le menu les tribulations d’une existence frappée du sceau de la rébellion. Quand l’aventure Sex Pistols prend fin en 78, John a déjà dû faire preuve d’une grande capacité d’adaptation puisqu’il a dû survivre à : une méningite à l’âge de sept ans, une enfance passée à Finsbury Park, quartier prolo du nord de Londres, des parents Irlandais, une presse tabloïd déchaînée, une opinion publique qui le prend pour l’ennemi public n°1, un Malcolm McLaren manager fourbe et trouillard, un groupe au sein duquel il s’est senti toujours exclu, la mort d’un ami, Sid Vicious. A croire que l’adversité est un moteur, la colère une énergie.

La formation PiL première période aura de quoi satisfaire sa hargne puisqu’il lui faudra affronter : un public de bœufs qui l’accuse de se renier et vient tout casser à chaque concert, une ambiance pourrie dans le groupe, encore, des relations difficiles avec Wobble et Levene, des labels successifs qui doutent de la réussite de la formation post-punk… Seule son aptitude à se réinventer, ne pas s’apitoyer, créer toujours, lui permettra d’atteindre une forme de sagesse toute relative. Ceux qui ont suivi de près la carrière du drolatique et brillant gentleman retrouveront, en creux, et à travers des détails moins connus (son amour indéfectible envers sa femme Nora dont il a élevé avec elle deux de ses petits enfants, le fait qu’il soit supporter d’Arsenal et qu’il adore la betterave, sa répugnance à se laver les dents et envers John Savage…), cette complexité qui colle au personnage, tout ce qui fait qu’ils aiment John Lydon. Un homme capable de se remettre constamment en question, d’une immense empathie envers ses faibles semblables. Un esprit libre qui ne renonce jamais, conscient de ses tares et de sa valeur, de son caractère difficile à suivre, qui se moque de l’opinion des bas du front et fonce, même si (surtout si) ses décisions doivent en heurter certains. Dommage que la traduction, un peu terne, ne rende pas complètement justice à son humour décalé et cinglant.

La rage est mon énergie / John Lydon alias Johnny Rotten. trad. de Marie-Mathilde Burdeau, Marc Saint-Upéry. Seuil, 2014

Chronique publiée dans New Noise n°25 – janvier-février 2015

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