Guérilla de Philippe Will

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Décembre 1982. Le narrateur, 22 ans, cheveux verts, réfractaire à toute forme d’autorité, a lamentablement réussi aux tests d’aptitude au service militaire. Dur pour cet anarcho-sataniste qui pensait pouvoir occuper son temps à se perfectionner dans l’art du sex’n’drugs’n’rock’n’roll. Il se retrouve affecté au Cabinet du Premier Ministre, soit Pierre Mauroy, et se voit chargé d’une mission de la plus haute importance : adresser des réponses personnalisées aux lettres des centaines de justiciables (sic) qui peinent à prendre le tournant de la rigueur. Un monde nouveau s’ouvre à lui : celui des ronds-de-cuir, des petits chefs minables, des hystéros revêches, bref l’univers ouaté des Hauts-Fonctionnaires. Pour survivre, il lui faudra user de techniques apprises lors de ses combats auprès des Autonomes, mettre en application les principes de la guérilla, la lutte armée.

Lu sous cet angle, le roman de Philippe Will a des arguments convaincants : critique de la gauche caviar adepte de la Novlangue, satire d’une époque dans laquelle la jeunesse rebelle ne trouve pas sa place, description acide d’un milieu étouffant et pathétique.

Alors, qu’est-ce qui cloche ?

Peut-être le fait que le « héros » soit une belle tête à claque et qu’on se pense obligé de partager son point de vue. Fils à papa-maman qui profite des commodités prodiguées par des parents influents et friqués, il est mou, sans conviction. Il s’adapte. Il copine avec un ex du GUD et fait ce qu’on lui dit tout en prétendant être révolutionnaire. Ce côté «Regardez comme je suis facétieux ! », de même que l’emploi constant d’un « tu » artificiel, finit par agacer. Et l’on se retrouve dans la peau de l’objecteur de conscience qui doit se fader les faits d’arme d’un lourdingue qui lui conte combien il a bien emmerdé le système quand il a fait son service.

Si l’auteur a voulu dépeindre un merdeux qui joue les insoumis, dans tout ce que ça a de pénible, il a parfaitement réussi. S’il a cherché à souligner la superficialité des années 80 et le déclin du politique, il a gagné.

Mais s’il imaginait que sa caricature de guérillero emporterait l’adhésion du lecteur…

Guérilla / Philippe Will. Editions L’œil de Caïn-Alma, 2016

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