John King : deuxième interview

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Photo : Jaimie MacDonald
En colère, John King ? The Liberal Politics of Adolf Hitler, son dernier roman, pas encore traduit en français, est une dystopie féroce, un coup de gueule qui tabasse contre l’Union Européenne, les banques, la surveillance généralisée, l’érosion de la démocratie. La société qu’il décrit est dirigée par les bureaucrates, dans une Europe si unifiée que les pays membres s’y sont fondus. La technocratie se passe de l’avis des peuples, contrôle l’information et impose la terreur grâce aux nouvelles technologies. Heartland peut dormir tranquille. Les Bons Européens ont compris ce qui est bien pour eux. Sous leurs dômes de verre, les villes sont protégées. La climatisation est bien réglée, l’air aseptisé. Les animaux sauvages sont éradiqués. A l’extérieur, quelques zones de résistance subsistent, mais elles seront vite annexées. Ceux qui osent se rebeller, ces terroristes réactionnaires, seront sévèrement punis. Partout règnera la Nouvelle Démocratie.
John King était pour le Brexit, vous l’aurez compris, mais on aurait tort de ne voir dans son livre qu’une attaque passagère et anglo-anglaise contre L’UE. C’est un avertissement plus vaste, et durable contre les dérives de notre monde, contre une globalisation imposée qui broie les petits, contre une pensée « libérale » unique. Vision glaçante d’un futur totalitaire empruntant à Orwell son efficacité narrative, The Liberal Politics of Adolf Hitler, pénétrée d’un humour so british, est une oeuvre qui fera date.
Dans ton dernier roman, une dystopie, il n’y a plus de pays en Europe, mais un état supranational, l’Etat Uni d’Europe (l’EUE), dirigé par une élite technocratique. Les Crates, les Bureaus et les Contrôleurs sont au service du pouvoir centralisé établi à Bruxelles et Berlin. Dans cette Nouvelle Démocratie, « il n’y a plus besoin d’élections. » Les Bons Européens sont heureux de respecter les règles. Ceux qui ont des idées incorrectes, les Communs, sont considérés comme des terroristes qui doivent être éduqués et réprimés. Sur la quatrième de couverture, il est écrit : « bien que situé dans le futur, le livre parle bel et bien d’ici et maintenant. » Penses-tu réellement que les Européens vivent dans un simulacre de démocratie et que l’Union Européenne nous entraîne vers une dictature ?

Je ne pense pas qu’on en soit encore arrivé là, mais je crois fermement que la démocratie est en train de s’éroder. Au niveau national, il est clair que nos élites ont délaissé nos souverainetés au profit de Bruxelles. Il y aura toujours des gens et des organisations qui veulent contrôler la société, et tant que nous aurons facilement accès au crédit et à un bon niveau de prospérité matérielle, ça sera toujours le cas. Alors oui, je pense que l’Union Européenne pourrait devenir une dictature un jour, mais une dictature très différente de celles que nous avons vécues par le passé. On ne parle pas ici de leaders qui braillent ou de soldats qui défilent ou d’invasions éclairs à la blitzkrieg. Cela serait plus subtil et plus durable, accompli grâce à la manipulation des lois et une utilisation astucieuse d’internet, un lent processus de lavage de cerveau des populations par la réécriture de l’Histoire dissimulée sous une couche de vernis progressiste. On dit que la véritable force d’un système totalitaire se tient plus dans sa bureaucratie que dans son armée et je pense au magnifique roman de Hans Fallada, Seul dans Berlin, à la peur que ressentent les principaux personnages, à vivre dans une société où personne n’ose dire ce qu’il pense, car ils sont entourés de délateurs. J’ai toujours à l’esprit 1984 de George Orwell et son « pouvoir des prolos », où le seul espoir qui reste réside dans le peuple, dans la force potentielle des masses si seulement elles pouvaient s’unir. Dans ces livres, l’information est contrôlée, déformée. Qu’est-ce qui est vrai, et qu’est-ce qui est faux ?

La mission de l’Union Européenne, celle de créer un Etat supranational, s’est développée à travers les générations, et pendant des décennies ce coup d’Etat au ralenti s’est déroulé dans les coulisses, et quiconque a osé le remettre en question a été insulté et sali. Mais l’Union Européenne est seulement une partie de quelque chose de plus vaste qui comprend la globalisation, une gouvernance mondiale, un pouvoir toujours plus grand accordé aux banques et aux multinationales, et l’exploitation d’internet et des nouvelles technologies.

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N’y a-t-il pas une sorte de provocation dans le titre que tu as choisi, The Liberal Politics of Adolf Hitler, une sorte de provocation punk ?

Le titre est une absurdité qui reflète à quel point l’Histoire a été déformée à l’ère de cette Nouvelle Démocratie. Avec un peu de chance, les gens y réfléchiront quelques secondes plutôt que s’attarder sur son sens littéral. C’est du double langage. Du triple langage même. Je ne l’ai pas pensé comme une provocation, mais tu as raison, il y a beaucoup de connections avec le punk dans mon roman.

Comme le chantaient les Clash dans « (White Man) In Hammersmith Palais » : « If Adolf Hitler flew in today, they’d send a limousine anyway. » Si Hitler atterrissait aujourd’hui, ils lui enverraient une limousine.

Ce qui unit les Bons Européens, c’est l’uniformité, la conformité, rien d’autre que du vide. Ils pensent tous la même chose, mangent la même chose. Considères-tu que l’Union Européenne nie les spécificités, les identités des différents pays ?

Cet élément a toujours été présent dans notre société, mais il a pris de l’ampleur, est devenu plus influent, plus accepté. Dans mon roman, je pousse les choses plus loin, au point que les pensées de ces Bons Européens sont autocensurées, sont une extension du prétendu politiquement correct, ce qui peut être étouffant et destructeur, quand chaque mot ou geste peut être pris de travers. Je crois en la liberté de parole et de pensée, et je vois bien combien la liberté de parole au moins est attaquée. Si vous obéissez aux règles, vous serez récompensés… ça n’a rien de nouveau.

En ce qui concerne l’Union Européenne, ce à quoi nous assistons aujourd’hui est différent de ce qui se passera dans un an. Elle devient de plus en plus puissante et est en train de dominer les gouvernements nationaux. Elle cherche à étendre ses frontières, à construire un empire et pense à former une armée. Au bout du compte, il lui faudra homogénéiser les cultures européennes et créer une identité unique. Elle a déjà un drapeau, un hymne, une assemblée législative, une force paramilitaire. Elle aime l’idée d’un gigantesque parc à thème plein d’attractions touristiques, mais rejette les attachements locaux forts, car ils menacent le succès du Projet.

Dans l’EUE, de nouveaux règlements sont constamment promulgués, des règles que les gens ne peuvent pas comprendre ou discuter. Parce que « le changement est une bonne chose. Le changement signifie le progrès. » Les technos inventent de nouveaux mots pour créer de nouvelles idées, de nouveaux concepts absurdes. Est-il plus facile d’être obéi quand on n’est pas compris ?

Des slogans simples et réconfortants en public, des règlements compliqués et secrets dans les coulisses… C’est ainsi que la législation anti-démocratique opère sa magie. L’idée que tout changement est un bienfait convient au monde des affaires, car ça veut dire que tout doit être remplacé, ce qui signifie plus de profits. C’est la révolution perpétuelle prônée par les capitalistes, en plus d’être un outil idéal pour que les gens s’endettent et soient par là-même plus contrôlables. La vérité, c’est que certains changements sont positifs, et d’autres non, qu’on a besoin d’un équilibre, mais en ce moment on est traités de passéistes ou de nostalgiques dès qu’on cherche à préserver les choses, ou les remettre en cause. On voit bien ça à travers tous ces gadgets en constante évolution, et dans la lourdeur des règlements toujours nouveaux. Sans compter qu’à une plus grande échelle, la convoitise des terres, des biens, les privatisations conduisent au démantèlement de communautés.

Comment as-tu créé cette Novlangue, ce nouveau langage, si efficace dans ton roman ?

Je l’ai développée au fur et à mesure de l’écriture, c’est venu naturellement, en utilisant certains mots et en déformant leur sens, en ajoutant des expressions puériles, une sorte de « parlé bébé » par endroits, en poussant à l’extrême la façon dont le langage est manipulé de nos jours. ça a été très drôle à faire. Ajouter de la distorsion et du feedback tout en montant le volume, comme King Tubby ! Mais avec des mots à la place du son.

Dans le monde que tu décris, l’Histoire est réécrite. Les héros sont les unificateurs (Staline, Hitler, Merkel, Napoléon…) tandis que Churchill, par exemple, était « un alcoolique, un bandit, farouchement opposé à l’unification. Il a rejeté les progrès accomplis par des hommes tels que le Contrôleur Adolf ou le Contrôleur Joe. » Les Bons Européens sont convaincus que « l’Angleterre n’a jamais existé. C’est un mythe. » Quelle est l’importance de l’Histoire dans la construction du futur ?

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Il y a les histoires qui se transmettent à travers les familles et les communautés, et les histoires officielles. Les deux sont sujettes à la déformation, intentionnellement ou non, et nous interprétons les événements selon nos propres convictions. Mais au niveau de l’Etat, il y a d’autres facteurs en jeu. L’Histoire est essentielle dans la construction du futur, à mon avis. Ceux qui détiennent le pouvoir, les richesses et des intérêts dans l’Union Européenne ont été furieux envers ceux qui ont voté pour quitter l’UE à la suite du referendum, ici, en Grande-Bretagne. Ils ont déclaré qu’on était incultes, stupides, perdus, racistes, trop vieux. Ils ne peuvent tout simplement pas accepter la vision de l’Histoire qu’ont les gens, leur interprétation des événements et leur sens de l’identité.

Mon roman White Trash traitait des mêmes préjugés, de cette division qui existe entre ceux qui ont du pouvoir et ceux qui n’en ont pas. L’accusation selon laquelle les vieux seraient en quelque sorte égoïstes et cruels pour avoir voté en faveur du départ de l’UE est révélatrice. Ceux pour le maintien dans l’Union nous ont seriné que l’idée de quitter l’UE était passéiste, qu’elle signifiait être replié sur soi-même, mais ce n’est pas ainsi que la majorité a vu les choses. Voter pour l’indépendance était au contraire être tourné vers l’avenir, se libérer d’un système non démocratique et engager le dialogue avec le monde. Les plus âgés ont été moins effrayés que les jeunes car ils ont vu évoluer l’Union Européenne, ils connaissent son histoire et savent où elle nous entraîne. Où les jeunes ont-ils la chance d’entendre l’histoire la plus honnête ? De la bouche de leurs familles et communautés, ou de la part d’un gouvernement qui fricote avec les banques et les multinationales, une collection de carriéristes qui travaillent pour leur propre gratification ? Ces tentatives de monter les familles les unes contre les autres, de diviser les jeunes et les vieux, sont une honte.

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Une Angleterre Libre, loin d’Heartland, existe encore. Ces locaux sont considérés comme sous-éduqués et dangereux par les Bons Européens. « Les Communs ne devraient jamais être livrés à eux-mêmes. » Est-ce une version de l’élite contre le peuple?

Oui, et on constate ce phénomène au-delà de l’Angleterre, et il n’est pas nouveau. Les rois et reines du passé, qui se mariaient entre eux et contrôlaient l’Europe, ont été remplacés par un groupe international qui prêche le libéralisme sans se l’appliquer à lui-même. Ils partagent la même culture élitiste que les anciens propriétaires terriens et les vieilles familles royales, éprouvent un dégoût similaire envers les classes populaires. Je suis sûr que c’est pareil en France, en Europe, et dans le reste du monde.

A propos des rois et reines, que penses-tu de la monarchie au Royaume-Uni ? Ce système ne vous coûte-t-il pas très cher ?

Je pense que la plupart des gens ici aiment bien la reine. ça peut semblait en contradiction avec certaines autres de mes opinions, et ça l’est vraiment, mais je ne suis pas antimonarchiste et je ne voudrais pas voir ce système abrogé. Je ne me sens pas assujetti. Je considère qu’ils n’ont aucun pouvoir politique ; ils représentent une tradition et sont le point de mire de notre pays quand celui-ci est menacé. Je me moque de la monarchie dans son sens le plus vaste, cependant, les propriétaires terriens et tous les autres. La reine représente une continuité que beaucoup de gens apprécient, car elle a traversé tant de différentes époques de notre histoire moderne, et je ne sais pas ce qui arrivera quand elle mourra. La famille royale coûte très cher, mais on dit qu’ils rapportent encore plus à travers le tourisme. Les gens disent que la société serait transformée si nous n’avions plus de roi ou de reine, qu’on pourrait avoir un président comme ailleurs, mais avec qui on se retrouverait ? Tony Blair ? Nick Clegg ? Sir Bob Geldof ? Je préfère de loin Queen Elizabeth. Je suis pratiquement sûr que Johnny Rotten aime la reine, lui aussi.

Un de tes personnages, dans L’Angleterre Libre, affirme : « Le vieil accent saxon des comtés de l’est et du sud était insulté depuis des siècles par l’aristocratie francophile et latine. Les dirigeants européanisés d’avant l’époque imbécile dans laquelle nous vivions avaient alimenté un préjugé racial qui persistait toujours. » Tu penses la même chose ?

Oui. Il y a une grande division dans la langue anglaise, et dans ses accents. C’est la différence qui existe entre « baiser » et « copuler », l’un est un gros mot et l’autre du bon anglais. La monarchie et la haute société étaient souvent étrangères, internationales ; elles restaient entre elles et parlaient un langage différent des masses. Les autochtones étaient considérés comme une classe inférieure, tout comme leur culture, leurs coutumes. C’est encore vrai aujourd’hui. Les riches de ce pays ont toujours considéré que la culture européenne était plus sophistiquée, et quand une nouvelle classe moyenne émergeait, le même schéma se reproduisait parce qu’elle imitait la classe supérieure. Cela nous ramène à l’Union Européenne et la division entre les sentiments des masses et la conduite des riches et de ceux qui détiennent le pouvoir. C’est un très vieux préjugé qui perdure. C’est une vérité mise à nu dans The Liberal Politics of Adolf Hitler.

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« Voter pour quitter l’UE n’est pas une fin en soi, c’est un début. »

Selon toi, la seule façon pour les gens de retrouver leur identité, de lutter contre le mépris des élites, d’être libre, c’est de quitter l’Union Européenne ? Le Brexit ne peut pas être une fin en soi…

C’est la seule façon, et voter pour quitter l’UE n’est pas une fin en soi, c’est un début, qui nous permettra certainement de préserver notre identité. Le vote en faveur de la sortie de l’UE a été une défaite cuisante pour l’élite, mais ils sont toujours là, et il nous faut nous battre maintenant pour être sûrs d’aboutir à un véritable Brexit, car ils vont faire tout ce qu’ils peuvent pour ne pas respecter cette décision. Cela implique de quitter le marché unique et l’union douanière, et si l’on y parvient, la lutte intérieure concernera la nature de la société que nous construirons dans le futur. Cela ne change rien. Mais rester dans l’UE aurait été un désastre. Partir à moitié n’entrainerait qu’une faible amélioration.

Dans tes Villages Libres, les habitants sont quasiment auto-suffisants. Des valeurs comme la solidarité, l’amitié, le respect des anciens, ne sont pas des vains mots. Le localisme est-il la solution ?

The Liberal Politics of Adolf Hitler est un roman écolo. Tout y est question de localisme. La décentralisation du pouvoir. Les gens qui travaillent les uns pour les autres, au-delà de motivations pécuniaires.

Puisque les pays n’existent plus dans l’EUE, et que tes rebelles se battent pour la défense de la nation anglaise, le localisme est-il une forme de patriotisme dans ton roman ?

J’ai tenté de lier localisme et patriotisme, parce qu’ils sont la même chose d’une certaine façon, même s’ils s’expriment différemment. ça peut sembler une provocation aux yeux de certains, surtout dans les cercles écolos, de gauche et progressistes, car afficher son patriotisme est toujours vu comme un truc de droite, comme le mal absolu. C’est très bien que les gens soient prudents avec cette notion, mais cette réaction peut aussi être très sectaire en soi. En soulignant ce qu’ils ont en commun, il est possible de rapprocher les gens. Alors oui, le patriotisme s’apparente au localisme et le localisme peut être patriotique.

Durant la campagne pour le referendum, ceux qui étaient pour quitter l’UE ont été accusés de racisme, ce qui t’a mis très en colère. Tu as utilisé la formule dans ton roman. Les Communs sont censés être racistes, et « les racistes remettent en question la centralisation du pouvoir. » Tu nous expliques ?

C’est très facile de traiter quelqu’un de raciste ou de fasciste pour couper court au débat. Il y a des racistes qui ont voté pour quitter l’UE, comme il y a des racistes qui ont voté pour y rester, j’en suis certain. La focalisation des médias sur l’immigration a été une façon de ne pas aborder les questions primordiales. L’autre sujet abordé dans « le débat » a été le commerce. Point barre. Il n’y a quasiment pas eu de discussion sur la direction prise par l’UE. C’est devenu un spectacle télévisuel avec des politiciens se gueulant les uns sur les autres. Pour moi, et la plupart des gens que je connais, l’enjeu du débat a toujours été sur les notions de perte de démocratie, d’identité, sur la nature corporatiste de l’UE. Mais ces insultes, de « racisme » ou « fascisme », perdurent depuis des décennies. Ceux qui profèrent ces termes si facilement en affadissent le sens.

L’UE n’est pas coupable de tous les maux, pourtant. L’Angleterre elle-même, et tous les gouvernements qui s’y sont succédés depuis les années 80 au moins, ont affiché un beau mépris envers les classes populaires, et les prolétaires ont beaucoup souffert avec les lois sur le National Health Service, le transport ferroviaire, l’éducation, les syndicats, les contrats de travail… Quand tu écris à propos de l’EUE : « L’amour débordait tant que le crédit demeurait accessible et que les profits augmentaient », n’est-ce pas une bonne définition de l’Angleterre capitaliste ?

Sans aucun doute. L’establishment britannique et l’establishment de l’UE ne peuvent être séparés. Ce sont les mêmes gens. Les gouvernements du Royaume-Uni ont cherché à transformer le NHS, à privatiser le chemin de fer et le noyau industriel, attaquer les syndicats, et c’est aussi ce que fait l’UE à une plus large échelle. L’Etat britannique nous a impliqués dans l’UE, nous y a enlisés, et a fait campagne pour que nous y restions. Il a cédé notre souveraineté et des milliards de livres venant des contribuables, il a trahi le peuple. Pour lutter contre la libéralisation du NHS et renationaliser les chemins de fer, protéger les salaires en encadrant le travail, eh bien, nous devons quitter l’UE car ses lois et directives s’opposent à de telles démarches, mais nous devons aussi changer de gouvernement. Nous gagnerions beaucoup à une nouvelle sorte de politique, et on dirait bien que c’est ce qui est en train d’arriver. On peut ne pas partager leurs idées, mais les succès du UKIP (Ndr : parti souverainiste très à droite), ou du SNP (Ndr : Scottish National Party : parti de centre gauche qui prône l’idée d’une Ecosse indépendante du Royaume-Uni dans l’UE), les changements au sein du Parti travailliste, représentent de grands bouleversements. Rejeter l’élite de Bruxelles a été pareil que rejeter l’élite britannique.

L’élite d’un pays n’inclut-elle pas aussi les intellectuels, les auteurs, les scientifiques, les poètes…? Ces gens-là sont-ils à rejeter comme ceux qui ont l’argent et le pouvoir ?

Cela dépend vraiment des définitions qu’on en a, et le terme est tendancieux, selon que l’on associe ou non élite à élitisme. Mais ces gens que tu mentionnes devraient vraiment être mis à part. On peut espérer, au contraire, que les écrivains, les poètes et les philosophes soient le plus éloignés possible de l’élite, pour qu’ils puissent se poser les bonnes questions. Mais il existe un mécanisme qui consiste à prendre des gens dans tel ou tel domaine, et les contrôler en leur offrant des récompenses financières et des honneurs. Pas tant en ce qui concerne la science, mais la culture. Les universités sont là pour canaliser la pensée, la contrôler et la réorienter, pour qu’elle se fonde dans l’élite. Si vous obéissez, si vous vous conformez, la vie est beaucoup plus facile.

Qui décide qui est le meilleur dans sa discipline ? Il y a des canons en littérature, par exemple, mais ils sont définis par une classe professionnelle qui impose ses règles, et même sa censure. Cependant, on ne devrait pas rejeter quelqu’un sous prétexte de sa naissance ou de sa fortune, mais écouter ce qu’il dit et chercher à comprendre ce en quoi il croit. Vous pouvez être issu de l’élite, et vous rebeller quand même. Faut être juste.

L’union Européenne n’était-elle pas une belle idée, au départ ? Son but n’était-il pas d’unir les peuples et d’arrêter les guerres ? Si non, pourquoi l’ont-ils faite ? Et pourquoi l’élite demeure-t-elle toujours très attachée à cette idée ?

L’idée de créer un Etat supranational européen date de bien avant la seconde guerre mondiale, même si le besoin de stopper de futurs conflits entre l’Allemagne et la France a été vraiment déterminant. Mais ce sont l’armée américaine et l’OTAN qui ont préservé la paix. C’est peut-être pour cette raison que tant de gouvernements européens en veulent aux Etats-Unis depuis. Il en va de même pour la Grande-Bretagne et la Russie. Faites une faveur à quelqu’un, et il ne vous le pardonnera jamais…

Il y a eu des idéalistes impliqués dans la formation de l’UE, je ne nierai jamais cela, et il y en a encore, mais en tant que personne qui refuse que l’Angleterre et la Grande-Bretagne soient divisées et ne soient plus que des régions d’un empire européen, je la rejette, et je la rejette aussi pour ses tendances politiques.

Il existe un autre argument qui dit que l’UE a été créée pour limiter les acquis sociaux obtenus à la fin de la seconde guerre mondiale, pour protéger le capitalisme et les élites occidentales. D’autres encore prétendent qu’elle a des fondements fascistes. Les Nazis étaient plus des suprématistes blancs que des nationalistes. Ils voulaient créer un superétat européen, mais ont été vaincus par des patriotes qui se sont battus pour sauver leur culture telle qu’elle s’exprimait à travers l’Etat nation. Nous nous sommes battues pour sauver la Grande-Bretagne, la Résistance française et les Forces Françaises Libres se sont battues pour sauver la France, les Russes se sont battus pour sauver la Russie, pas le communisme. Ils l’ont même appelée la Grande Guerre Patriotique. Il y a plein d’opinions différentes au sujet des origines de l’UE, et c’est pas mal d’y réfléchir.

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photo : Jaimie MacDonald
Dans ton roman, tous les Bons Européens partagent la même culture, une sorte de culture remixée et édulcorée. Ils écoutent des versions soft d’Abba, des Rubettes ou Jean Rotten. Les versions physiques, matérielles des livres et des disques sont interdites. La technologie, et notamment la numérisation, sont-elles dangereuses?

La technologie n’est pas dangereuse, mais l’utilisation qu’on en fait peut l’être. Dans le livre, la numérisation a été imposée comme moyen de contrôle social. Les humains ont développé des façons de faire passer l’information aux générations futures, ont tenté de vaincre la mort et le temps, de partager leur expérience et leur savoir, mais les versions numériques des livres, des films, des photos ou de l’Histoire existent uniquement dans le cyberespace. Par accident, ou intentionnellement, l’Histoire pourrait se perdre s’il n’y en avait pas d’archives physiques.

Publier des livres, physiques, et défendre la littérature anglaise, est-ce pour cela que tu as fondé London Books, ta maison d’édition ?

On a commencé London Books parce qu’il y avait tous ces vieux romans qui méritaient d’être publiés, selon nous. J’ai essayé d’y intéresser des éditeurs, et comme ils n’ont eu aucune réaction, on a décidé de les sortir nous-mêmes dans la collection London Classics. Je m’occupe de cette collection et notre but est de produire une série de romans qui sont le reflet d’une littérature oubliée, et rejetée, une littérature consciente socialement, et qui prend ses racines dans et autour du prolétariat londonien. C’est une autre vision de la ville. Si on avait plus d’argent, on aimerait publier plus de littérature contemporaine, donner leur chance à des auteurs émergents issus de la population dans son ensemble, mais nous sommes une petite maison, et nous gagnons notre vie en tant qu’auteurs, alors nous progressons très lentement. Nous voulons représenter une autre tradition, un pan de la littérature anglaise qui a été marginalisée.

Dans The Liberal Politics of Adolf Hitler, l’internet est devenu l’InterZone, un gigantesque réseau social où tout le monde partage la même information au même moment. L’internet n’est-il pas aussi un vaste espace de liberté et de démocratie ?

L’internet est un miracle de la science, où chacun peut, en théorie, contourner les régulateurs. Mais il y a des aspects négatifs. Je pense que c’est simplement une question de temps avant qu’il ne soit taxé et gagné par la surveillance intrusive. C’est déjà le cas, comme on le sait, et si on associe à l’internet une image décontractée, jeans et baskets, les compagnies qui le dirigent brassent des milliards de dollars.

Peut-être faut-il distinguer deux domaines : les opinions et l’information. Toute opinion imaginable peut s’exprimer, mais avec les followers de Twitter et les amis de Facebook, avoir un point de vue différent peut mener à se faire insulter d’une manière qui n’arriverait jamais dans la vie réelle. Des individus peuvent être détruits, et pas seulement par des trolls. Les gens ont peur de dire ce qu’ils pensent. Ainsi, on est plus connectés, et d’une certaine façon plus limités.

Quant à l’information, comment savoir ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas ? Des histoires peuvent être inventées, mises en circulation et considérées comme la vérité. Il semblerait que cela se soit passé sur une large échelle pendant les élections américaines. Je me suis emparé de cette idée dans The Liberal Politics of Adolf Hitler, pour montrer une société où les points de vue officiels sont pris pour argent comptant et où tout type d’argumentation est éliminé sous la pression des autres et le besoin d’auto-préservation de chacun.

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« L’intimité était suspecte. » La technologie permet une effrayante surveillance. La terreur est diffuse mais réelle. Tout le monde épie tout le monde. N’importe qui peut être un délateur et appeler les unités Cool ou Hardcore. (Et si je me souviens bien, Londres a été une des premières grandes villes à installer des caméras.) Penses-tu que les gens sont prêts à sacrifier leur liberté au profit de leur sécurité ?

L’idée que les caméras de surveillance puissent arrêter le crime, ou au moins localiser les criminels, est très attrayante. Je pense que la plupart des gens ont tendance à accepter ça comme étant une bonne chose. Mais il faut qu’il y ait une limite. Dès qu’on accepte les caméras, les limites sont dépassées, et c’est encore plus sournois et intrusif avec les ordinateurs et les téléphones portables. ça a conduit à un changement des mentalités. Les gens sont filmés, embarrassés, humiliés sur internet. Ils sont de plus en plus suivis, surveillés à travers leurs appareils. L’intimité n’est plus respectée comme elle l’était auparavant, il y a des espions, des délateurs partout, qui n’attendent qu’à propager des ragots, qu’à dénoncer les gens pour les plus insignifiants des « crimes ». ça devient de plus en plus mesquin. Bientôt, il n’y aura plus nulle part où se cacher, et ça pourrait devenir aussi grave que la privation de sommeil, qui sait. Les gens ont besoin d’intimité, de garder un peu de leurs secrets, ils ne peuvent pas être sur leurs gardes toutes les secondes de leur vie. Sinon, ils vont devenir dingues. Est-ce qu’on peut fonctionner en tant qu’individus si on ne peut jamais se détendre ? On a besoin d’intimité.

Les gens ne se complaisent-ils pas dans une forme de servitude volontaire ? Personne ne nous force à aller au Starbucks ou au MacDo plutôt qu’au pub (dans le roman, les Bons Européens vont au Tenderburger manger du panda). On ne nous oblige pas à acheter le dernier objet connecté ou à regarder des programmes télé débiles.

La plupart d’entre nous veulent une vie facile. Les dictateurs du futur sauront exploiter cette faille, j’en suis certain. Pourquoi faire souffrir les gens et les forcer à lutter contre vous ? Les leaders modernes ne seront pas des idéologues comme l’étaient Hitler et Staline. Les gens voudront les jouets et accepteront d’en payer le prix. Une version remixée de « Sixteen Tons » de Tennessee Ernie Ford (Ndr : chanson américaine de 1955 qui parle des conditions de vie des mineurs de fond, payés en bons d’achat utilisables uniquement dans les magasins de la compagnie qui les employait) sera la musique d’ambiance de tous les centres commerciaux du monde. Plus de souffrance physique mais une pression énorme pour continuer à trimer.

« Regarde ce qui se passe dans le monde, nous sommes capables de justifier les pires crimes. Nous pensons tous avoir raison. Les humains sont aveugles et destructeurs. Plus vite nous disparaîtrons, mieux ce sera pour la planète. »

Rupert, ton personnage de bureaucrate, est une sorte de libertarien. En tant que Bon Européen, il est encouragé à être cruel envers les animaux, à avoir des relations avec des femmes africaines, déportées et éduquées pour son plaisir sexuel. Il n’y a plus de valeurs « morales » dans l’EUE. Ceux qui ont le pouvoir peuvent faire ce qu’ils veulent. Sont-ils encore humains ?

Ils sont humains. Les humains peuvent tout justifier pour excuser leur comportement. C’est ce que fait Rupert en ce qui concerne les animaux et les femmes. Mais il est soutenu par ceux qui l’entourent, ce qui est essentiel. Il se voit lui-même comme étant très moral, bien plus que les Communs. Mais les questions morales sont différentes selon les gens, les sociétés, non ? Les exemples de cruauté envers les animaux et d’exploitation féminine sont cachés derrière l’étiquette « liberté de choix », et encore une fois, c’est ce qui se passe de nos jours. Ces carriéristes du futur ne font que pousser un peu plus loin ce que nous faisons aujourd’hui. Il y a des gens, ici, en Grande-Bretagne, et sûrement ailleurs, qui veulent montrer le mécanisme de l’abattage des animaux, afin d’être « honnêtes » sur la provenance de la viande, pour ensuite justifier le massacre comme étant « humain » et « nécessaire », et surtout comme étant un libre choix – un libre choix que nous faisons. C’est la même chose en ce qui concerne la prostitution et la pornographie. Ces gens-là pensent être de grands moralistes. Regarde ce qui se passe dans le monde, nous sommes capables de justifier les pires crimes. Nous pensons tous avoir raison. Les humains sont aveugles et destructeurs. Plus vite nous disparaîtrons, mieux ce sera pour la planète.

Il y a de nombreuses références à trois romans majeurs dans The Liberal Politics of Adolf Hitler, 1984 de George Orwell, Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley et Fahrenheit 451 de Ray Bradbury. Voulais-tu leur rendre hommage ou penses-tu que la fiction est plus efficace que le pamphlet comme lanceur d’alerte ?

La fiction est une excellente façon de faire passer des idées car elle offre une liberté impossible ailleurs. A certains égards, The Liberal Politics of Adolf Hitler est un hommage à ces auteurs. Les livres que tu cites m’ont beaucoup inspiré quand je les ai lus la première fois, mais plus que tout, je trouve qu’ils reflètent la plupart des choses qui se passent aujourd’hui. La technologie est différente, et aucun d’entre eux n’avait prédit l’internet et la numérisation, et c’est peut-être la raison pour laquelle ils sont un peu oubliés maintenant, et pourtant le double langage orwellien, la manipulation génétique chez Huxley et la destruction par le feu des livres et des idées chez Bradbury sont des trouvailles toutes parfaitement pertinentes en 2016.

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The Liberal Politics of Adolf Hitler est très proche de 1984 dans sa narration (il est écrit au passé, les personnages personnifient leur fonction, il y a création d’une Novlangue, d’un univers effrayant), mais j’y vois plus d’ironie. Contrôleur Horace est très cynique et parfois très drôle, comme lorsqu’il affirme que « le meilleur Européen était ennuyeux, et conventionnel, et prêt à obéir à n’importe quel ordre. » Ton livre est moins désespéré, non ?

J’ai beaucoup ri en écrivant ce roman, souvent en jouant avec le langage, en montrant les aveuglements dont sont victimes des personnages comme Contrôleur Horace ou Rupert Ronsberger, et le reconditionnement de la culture m’a donné de bonnes raisons de rigoler aussi. J’espère que les gens saisiront l’humour. Alors oui, il est moins désespéré, il emprunte plus à la satire par moments.

Je suppose que c’est le reflet des époques différentes. Orwell l’a écrit peu de temps après la fin de la seconde guerre mondiale, et le monde qu’il a imaginé est enraciné dans cette horreur, alors que The Liberal Politics of Adolf Hitler reflète la vie en 2016, qui est beaucoup plus facile. Ceux qui veulent nous priver de nos droits sont plus susceptibles d’être sans nom et sans visage, leurs actions nous sont promues comme des avancées morales, et il est facile d’accepter leur propagande. Peut-être que la vérité est trop dure à admettre. Le parallèle peut être fait avec le refus des gens de se confronter à la réalité de l’industrie de la viande.

En lisant les descriptions des villes de l’EUE, j’avais l’impression d’être dans le Village du Prisonnier de Patrick McGoohan. Tout est lisse, propre. Tout semble parfait mais vous ne pouvez pas vous échapper et vous ne savez pas pourquoi vous êtes là. Tu aimais cette série télé ?

J’étais très jeune quand elle est passée la première fois, mais j’ai vu des épisodes depuis et je vois bien quelles comparaisons on peut faire, la psychologie, la folie, quelque chose de kafkaïen. Mais j’avais plus en tête Metropolis ou le Truman Show, avec les dômes de la Potzdamer Platz agrandis pour créer les Portes de l’est. Avec un monde à la Orange mécanique juste là, dehors. J’aurais pu y ajouter la tour Trump comme image de la Tour Nacrée (Ndr : Contrôleur Horace vit au sommet de la Tour Nacrée, dans un appartement de grand luxe, à Bruxelles) après les élections américaines.

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Comment ton livre a-t-il été perçu en Angleterre ? Tu étais pour le Brexit, mais très éloigné des idées du UKIP sous bien des aspects. N’as-tu pas craint les amalgames ?

Je pense que Nigel Farage et le UKIP ont raison à propos de l’UE. Sans eux, il n’y aurait pas eu de referendum et ça aurait été un désastre pour la Grande-Bretagne. Mais je ne suis pas d’accord avec eux au sujet de la politique intérieure et de leur attention excessive portée à l’immigration. Je n’ai pas peur des amalgames. Il y a des personnes de tous les partis qui ont voté pour quitter l’UE, dont un nombre conséquent de socialistes et d’anarchistes. Le vote pour l’indépendance a traversé les courants. J’ai le sentiment que si le scrutin se tenait demain, la victoire serait encore plus écrasante. Peu de ceux qui ont voté pour le maintien sont pro-UE. Beaucoup ont été influencés par la peur d’un effondrement économique, qui ne s’est pas produit, ou éprouvaient un malaise face à cette focalisation sur l’immigration. Malgré les mensonges du gouvernement, le pays n’est pas divisé.

Je sais que le futur n’est pas écrit, mais ne te fait-il pas du tout peur ? Tu as une confiance absolue en la sagesse de ton peuple ?

J’ai moins peur que si on avait voté pour rester dans l’UE. Si on avait choisi de se maintenir, on aurait légué de plus en plus de pouvoir à Bruxelles, on aurait gaspillé beaucoup d’argent là-dedans, et au final, on aurait fini par passer à l’euro. Je ne veux pas assister à la dissolution de l’Angleterre et de la Grande-Bretagne, et c’est ce qu’il se serait passé en fin de compte – et c’est toujours possible, l’establishment ici fera tout son possible pour ne pas respecter le vote. Je n’ai aucune confiance en notre classe politique pour donner suite au referendum.

Nous avons beaucoup de chance de ne pas faire partie de la monnaie unique. ça signifie que nous pouvons partir relativement facilement. Ce qui n’est pas le cas pour ceux qui sont dans la zone euro. La plupart des gens avec qui j’ai discuté sur le continent ont l’air d’être assommés, comme s’ils avaient laissé tomber. C’est l’impression que j’ai ressentie en parlant avec des amis en France, Grèce, Croatie, Allemagne. Quand la France se rebellera, parce que je suis sûre qu’elle le fera, elle devra affronter de gros problèmes, auxquels nous n’avons pas à faire face. J’ai plus peur pour les Français ou les Grecs que pour les Britanniques.

Dans ton Angleterre Libre, les gens lisent et écoutent du punk rock, ils vont au pub, ils chantent et boivent ensemble, ils ne mangent pas d’animaux et sont proches de la nature, ils sont non-violents mais résistent, ils ont des émotions. Si Heartland est ton enfer, est-ce que l’Angleterre Libre est ton paradis, ton utopie (si l’on excepte qu’ils vivent dans la peur) ? As-tu peur que ce paradis, cette Angleterre que tu aimes, ne soit en train de mourir ? Es-tu mélancolique par anticipation ?

Je ne pense pas qu’une société utopique soit possible, mais je suppose que j’en ai créé une version personnelle d’une certaine façon. Il y a une forme de patriotisme doux qui s’accorde bien avec une politique écologiste et le véganisme, avec des brins d’une pensée venue de l’est combinée à un paganisme local et au socialisme de la chrétienté. J’ai aussi relié les corps anarchistes du Conflit et des SousHumains au punk, et les gars du Wessex et le GB45 plus à une tradition Oï. J’aime des groupes issus de ces deux tendances, ils ont beaucoup en commun. D’aucuns désapprouveront, mais peut-être que mon cerveau fonctionne différemment.

L’Angleterre n’est pas en train de mourir. Elle évolue. Et c’est naturel. Mais c’est mieux d’évoluer selon la volonté du peuple, et de ne pas se plier aux directives des hommes d’affaires et des banquiers, des types qui, à l’autre bout du monde, considèrent Londres comme une opportunité d’investissement. La destruction de Londres et de sa culture est très triste, mais je reste optimiste. J’ai ressenti de l’exaltation alors que le soleil passait sur les toits et que le vote pour quitter l’UE était confirmé. Un frisson m’est passé sur la peau. ça a été l’un des plus beaux jours de ma vie.

Interview en partie publiée dans New Noise n°37 – janvier-février 2017

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