Une assemblée de chacals de S. Craig Zahler

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Les deux frères Danford et le New-Yorkais Dicky Sterling s’étaient connus, il y a longtemps, un temps qu’ils avaient préféré laisser derrière eux. Dans leur jeunesse, ils avaient sévi comme braqueurs de banque et avaient flingué quelques types, à l’occasion. La page avait été tournée et ils s’étaient inventé une nouvelle vie, respectable et paisible. Et voilà qu’en cette année 1888 le passé ressurgit sous la forme de l’invitation au mariage de James Lingham. Le géant, quatrième membre de leur ancien « gang du grand boxeur », les convie dans le Montana, convocation qu’ils ne peuvent refuser…

Les clichés ne font pas peur à Zahler. Cow-boys, indiens, saloons, blondes effarouchées, brunes décolletées, colts et cordes, soleil de plomb et poussière aveuglante, il s’empare de tous les stéréotypes liés au western pour livrer au final non pas une parodie du genre, mais un roman addictif et subtil. Tout d’abord, Zahler réinvente la cruauté en lui donnant de nouveaux visages. Pas de bons westerns sans vrais méchants, non ? La scène d’ouverture, à ce titre, donne le ton. Surprenante autant qu’ignoble, elle augure un récit qui fait battre le cœur et se dresser les poils.

Mais c’est surtout la maîtrise parfaite de la narration qui stupéfie. Car, après avoir lancé la trame au rythme d’un cheval au galop, l’auteur se paie le luxe de prendre son temps, pour planter le décor, décrire les différents acteurs et ce qui les lie. Il entretient le suspense, fait monter la tension au gré d’une intrigue palpitante qui tient le lecteur en haleine jusqu’à la toute dernière page, dans un paroxysme de bestialité. Il développe des astuces narratives lui permettant d’exclure toute introspection de la part de ses personnages. C’est toujours l’action qui les guide, l’interaction avec les événements auxquels ils assistent. Zahler s’arrange pour faire comprendre ce qu’ils pensent sans jamais s’attarder à les faire penser, réfléchir, se retourner, dans une perpétuelle course en avant, comme on accélère le pas lorsqu’on perd l’équilibre et qu’on ne sait si l’on parviendra à se redresser ou qu’au contraire, on ne fera que précipiter sa chute. Impossible, donc, de lever le nez de ce roman admirable et désespéré, plein de nerf et de sang, sauvage comme les paysages de l’ouest.

Une assemblée de chacals / S. Craig Zahler. trad. de Janique Jouin de Laurens. Gallmeister (Neo noire), 2017

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Peter Farris

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photo : William Hamilton
La Géorgie. Vous situez ? Etat du sud des USA. Bible Belt. Les gros ploucs y chassaient le Noir à coups de noeuds coulants, et c’est pas l’envie qui leur manque de pratiquer encore leur sport favori. Avant, on savait rigoler. Maintenant que la ségrégation est abolie, on s’ennuie ferme. Soleil de plomb ; bars paumés, rendez-vous des dealers de méth et des routiers en quête d’amour à deux dollars ; bagarres entre alcooliques du cru. La routine assomme à l’ombre des mobil homes pourris. Jusqu’à ce que… des merdes dans le carbu viennent enrayer la mécanique, bouleverser le quotidien aride des autochtones défoncés au sirop à la codéine.
Dans Dernier appel pour les vivants, publié en 2015, c’est le braquage de la banque qui met de l’animation. La guichetière est flinguée et Charlie Colquitt, étudiant geek, est pris en otage. Les caméras montrent la vidéo d’un type méthodique, un pro. Son tatouage au poignet, les lettres A et B dans un trèfle à quatre feuilles, désigne Hicklin, ex-taulard, fier représentant de la race des seigneurs, la Blanche.
Dans Le diable en personne, qui vient de paraître, toujours chez Gallmeister, c’est Maya qui sème le chaos. Enlevée par des trafiquants d’êtres humains, dressée comme une chienne pour obéir et lécher comme personne, surtout le Maire, elle en sait trop pour ne pas aller nourrir les alligators. Or la petite pute s’échappe et trouve refuge chez Leonard. Réputé pour congédier les importuns de ses terres à coups de fusil, lassé depuis longtemps de la compagnie de ses semblables, il recueille la jeune fille et ne reculera devant rien pour la sauver. Duos improbables, rebondissements, gâchette facile, chasse à l’homme, gentils contre méchants, les romans de Farris ont des airs de western où le shérif gagne à la fin. Mais voilà, l’auteur évite l’écueil du manichéisme et dédie son talent au service d’un décorticage en règle des mécanismes sociaux et psychologiques qui poussent les individus à faire ce qu’ils font.
Dernier appel pour les vivants et Le diable en personne ne sont pas seulement efficaces, ce sont des récits d’une force terrible, extrêmement documentés, et si l’on y croise évidemment des salauds de la pire espèce, ils sont en quête de rédemption. Il y a du sang (beaucoup), de l’humour (noir, ça va sans dire) et des larmes (les nôtres).
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Dans ton premier roman, Dernier appel pour les vivants, Hicklin, un des personnages principaux, était membre de la Fraternité Aryenne (Aryan Brotherhood, AB), un gang qui prône la suprématie de la race blanche. Tu livrais de nombreux détails très réalistes concernant cette organisation néo-nazie (leurs tatouages, le fait qu’ils soient liés à vie au gang, leur façon de se comporter en prison…). Comment as-tu obtenu tous ces renseignements au sujet de l’AB ? As-tu rencontré ses membres ?

J’ai toujours été fasciné par les gangs de prisonniers, par la culture carcérale de la côte ouest, et par le tribalisme qui la définit. Alors que je réfléchissais au roman qui allait devenir Dernier appel pour les vivants, la Fraternité Aryenne s’est mise à occuper une place prépondérante dans mon imaginaire. En tant qu’organisation criminelle, ces types ne représentent qu’une proportion infime de la population carcérale américaine, alors que les actes de violence dans lesquels ils sont impliqués sont tellement nombreux. Leur notoriété et leur cruauté m’ont sidéré, et j’ai dévoré toute la littérature que j’ai pu trouver les concernant… mais mes recherches se sont arrêtées là.

Les néo-nazis sont-ils encore très présents dans les Etats du sud des Etats-Unis ?

Les néo-nazis et les suprémacistes blancs sont toujours présents dans le sud est des Etats-Unis (comme partout en Amérique, d’ailleurs). Néanmoins, je pense que leur nombre est relativement restreint. Ce sont des composants marginaux de notre société qui, malheureusement, attirent largement l’attention des medias quand ils organisent des rassemblements.

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Crois-tu que l’élection de Trump, (et ce qu’il a déclaré, par exemple, après les événements de Charlottesville, quand il a affirmé qu’il y avait des gens bien dans les deux camps, chez les anti-nazis et chez les néo-nazis) a renforcé la voix des extrémistes de droite, celle du Ku Klux Klan notamment ?

Les commentaires de Trump après Charlottesville ont été déconcertants, comme on pouvait s’y attendre. Il est incapable de s’exprimer, souvent incohérent mais il ne fait aucun doute que le courant identitaire nationaliste blanc est une composante forte de sa base électorale. Toutefois, je ne pense pas que Trump ait consolidé leur cause. Il n’a aucune idéologie, aucun principe et il finira par abandonner les promesses qu’il leur a faites dès que cela s’avérera opportun politiquement.

J’ai l’impression que le sujet des néo-nazis est rarement abordé dans les romans ou les films (je ne me souviens que de Oz ou d’American History X). Pourquoi as-tu choisi un tel thème et as-tu craint leurs réactions ?

J’ai pris un plaisir malsain à aborder un personnage comme Hicklin dans Dernier appel pour les vivants, un tueur psychopathe porteur de convictions tellement ignobles. J’ai nourri l’espoir qu’en dépit de ses préjugés et de son penchant pour la violence, à la fin du roman, les lecteurs – malgré eux – finiraient par éprouver de la sympathie pour lui. J’ai toujours aimé les personnages de méchants compliqués dans les films et la fiction. Quant aux réactions que mon roman aurait pu susciter, jusqu’à ce jour, il n’y a en une aucune de la part de l’AB.

Tu vis en Géorgie du sud, et l’action de tes romans s’y déroule. Trafic d’êtres humains, corruption, prostitution, racisme, meurtres, alligators, moustiques, cacahouètes bouillies… l’office du tourisme ne doit pas te dire merci. Est-ce donc si terrible d’habiter dans cet Etat ?

Nan, la Géorgie du sud n’est pas aussi horrible que je la dépeins. C’est comme partout, il y a des chouettes gens et des sales types… des endroits magnifiques et d’autres qu’il vaut mieux éviter.

Si je ne me trompe pas, ton deuxième roman, Le diable en personne, n’a pas encore été publié aux Etats-Unis, mais seulement en France, chez Gallmeister. Est-ce parce que tu y parles de sujets qui fâchent (la pauvreté, le racisme, la crise économique) ? Ou est-ce parce que le marché de l’édition n’est pas florissant en ce moment aux USA ?

C’est vrai, Le diable en personne n’a pas encore trouvé d’éditeur américain. Je ne pense pas que les questions abordées ou la qualité du roman aient à voir avec son statut d’orphelin. Disons simplement qu’en ce qui concerne le monde de l’édition dans mon pays, je préférerais avoir du bol que du talent.

Es-tu étonné de l’engouement des Français pour ton travail ?

Je suis surpris et incroyablement reconnaissant aux lecteurs français pour l’intérêt qu’ils me portent. Je dois remercier les éditions Gallmeister pour leur foi en mon travail et leur soutien. La France semble avoir une culture littéraire dynamique, ce qui n’est pas le cas aux Etats-Unis, malheureusement.

Ton éditeur français a changé le titre de ton deuxième roman. Il a préféré Le diable en personne à Ghost in the Fields. Qu’en penses-tu ?

Ce changement de titre m’a surpris, mais je l’adore. Il fonctionne à merveille.

Tu étais chanteur dans Cable, un groupe de metal hardcore, dont le dernier album est sorti en 2009. Avais-tu écrit les paroles de The Failed Convict, dont tu t’es servi comme épigraphes pour Dernier appel pour les vivants ? Est-ce avec Cable que tu as développé ton goût pour l’écriture ?

J’ai co-écrit les paroles de The Failed Convict avec notre bassiste Randy Larsen. C’est sûr qu’avoir été chanteur et parolier dans des groupes pendant de nombreuses années a jeté les bases de mon envie d’écrire de la poésie, de la prose, et enfin de la fiction.

Cela ne te manque pas de jouer de la musique en live et de travailler avec d’autres personnes ? L’écriture est une expérience très solitaire…

J’ai beaucoup beaucoup de bons souvenirs de l’époque où j’écrivais et jouais avec Cable et d’autres groupes, mais j’ai toujours été un homme des bois et je préfère ma propre compagnie.

La solitude nécessaire à l’écriture est, et sera toujours pour moi, un facteur particulièrement attractif.

Ton talent d’écrivain est très particulier. Tu fais rejouer les scènes successivement par les différents personnages, ainsi le lecteur ne sait jamais où se situe la vérité. C’est très efficace pour aiguiser le suspense. Comment parviens-tu à te plonger dans la tête de plusieurs personnes en même temps ? Es-tu schizophrène ?

Haha ! Quand je me retrouve au milieu d’un premier jet, je deviens sûrement un peu schizophrène ! C’est sûr qu’écrire de la fiction nécessite imagination et empathie, et c’est facile d’être largué quand tu vis dans la tête d’un personnage depuis des jours ou des semaines.

Certaines scènes de tes romans sont extrêmement violentes. Tu as un réel don pour imaginer des tortures et d’horribles façons de mourir. Est-ce pour refléter la violence de la société américaine ? Ou est-ce plus drôle d’inventer des « héros » sombres, remplis de colère et de haine, plutôt que des gens ordinaires ?

Je ne suis pas certain que la violence dans mes romans soit un reflet de l’Amérique, qui est globalement un pays assez sûr. Mais c’est certainement le reflet de la nature humaine, car nous sommes tous potentiellement capables d’actions violentes, pour peu que les circonstances nous y poussent. Certains sont simplement cruels et psychotiques, d’autres (les criminels sociopathes, par exemple) semblent être dotés d’un matos supplémentaire, comme une vitesse en plus, là, à l’intérieur, et ils se servent de la violence comme le ferait n’importe quel prédateur. Ce sont ceux-là qui me font peur et me fascinent.

Quelles scènes ont été les plus agréables à écrire ? Les plus dures (comme celle de la mort de Grimes, un méchant truand, et sa tête en feu), les plus drôles (comme celle de l’arrestation de Willie et ses 130 kilos de nudité) ou les plus tendres (comme celle où Leonard part acheter des tampons hygiéniques à Maya, sa petite protégée) ?

Les scènes entre Leonard et Maya sont mes préférées. Leur lien constitue le cœur du roman.

Mexico, le dangereux maquereau du Diable en personne, cite une réplique tirée de Night dogs de Kent Anderson : « une société armée est une société polie », et Leonard clame : « Ma loi ici. Ma justice. » Il y a tant d’armes en circulation dans tes romans, comme dans ton pays, je suppose. Se faire justice soi-même est un thème récurrent dans les westerns. Cela demeure-t-il efficace scénaristiquement parce que ce n’est justement pas un cliché mais la réalité américaine ?

L’auto-justice n’est pas un phénomène si courant en Amérique, mais il existe – certaines estimations suggère qu’il y aurait au moins 250, 300 millions d’armes à feu en circulation dans notre pays. Là d’où je viens, posséder une arme est un fait plutôt commun, étant donné que les armes sont utilisées à des fins légitimes, de la chasse à l’auto-défense. En tant que propriétaire d’arme responsable, en tant que chasseur et comme je participe à des compétitions de tir, j’approuve notre droit à posséder des armes. En plus, en tant qu’auteur de romans policiers, les flingues sont mes instruments de travail, pour ainsi dire. Et en tant que fan de romans noirs et de westerns, je trouve qu’il n’y a simplement rien de meilleur qu’une scène de fusillade bien écrite, ou bien filmée.

Tes romans ne sont-ils pas explicitement des hommages à certains pulp fictions, romans noirs ou westerns ? Je pense à La foire aux serpents de Harry Crews ou à La nuit du chasseur de Charles Laughton

Harry Crews est un de mes auteurs favoris de tous les temps, mais mes goûts en matière de fiction sont variés. C’est vrai que j’adore les westerns, les pulp et les romans noirs – et des éléments de chacun de ces genres s’infiltrent dans mes œuvres – mais mes écrivains préférés ont tendance à développer une forte identité régionale, avec un sens aigu des lieux et de la géographie. Ron Rash, Rick Bass, Larry Brown et Flannery O’Connor sont quelques-uns des auteurs qui me sont chers.

Tu décris l’importance de la religion dans les communautés rurales. Les églises évangéliques sont partout (ce qui est étonnant, vu de France), avec leurs cultes spécifiques (comme les adorateurs de serpents), et leurs prêcheurs, qui ont un rôle prédominent. Penses-tu que la religion imprègne la façon de penser des gens, ta propre façon de voir les choses ?

Mon point de vue concernant la religion a changé au fil du temps, mais oui, les gens du sud est des Etats-Unis peuvent être, et sont, très passionnés au sujet de leur religion. Le fanatisme et l’extrémisme sont dangereux, et chaque jour dans le monde une violence innommable est perpétrée au nom d’un Dieu ou d’un autre. Mais je ne peux blâmer quiconque au sujet de sa religion. Si cela fait de vous une personne meilleure, ou que cela vous aide dans les périodes difficiles, qui suis-je pour dire que vous êtes naïf ? Je demande simplement à ce que l’on garde sa religion pour soi. Le monde se porterait mieux si plus de gens adhéraient à ce principe.

La notion de rédemption est très présente dans tes romans, ainsi que le sentiment de culpabilité. Hicklin et Leonard combattent intérieurement des forces opposées, luttent entre le bien et le mal. Crois-tu que chacun a une part de bonté au fond du cœur ?

Je suis – à l’excès – cynique et misanthrope… tout comme Leonard. La paternité a adouci ma façon d’envisager les choses, un peu, et j’ai fait l’expérience et bénéficié de la bonté des gens, sans aucun doute. Je crois sincèrement que les humains sont fondamentalement bons au fond du cœur, mais nous sommes une espèce complexe et nous évoluons sans cesse (pas vers le meilleur, je le crains). Il ne faut jamais baisser la garde et ne jamais oublier qu’il y a des monstres parmi nous.

Peux-tu nous expliquer d’où vient le titre Dernier appel pour les vivants ? ça sonne très biblique.

C’est le titre d’une chanson tirée d’un vieux cahier de paroles dont je ne m’étais jamais servi.

Dans Dernier appel et dans Le diable en personne, beaucoup des difficultés rencontrées par tes personnages proviennent des mauvaises relations qu’ils entretiennent/entretenaient avec leur famille. L’enfer, c’est la famille ?

Haha ! Oui, c’est ça, la famille, c’est l’enfer ! Pas vrai ? J’ai assisté à de nombreuses brouilles dans plein de familles, et la mienne n’a pas été épargnée. Ces brouilles, ces éloignements entre les gens constituent un courant souterrain aux multiples implications dans mes deux romans. Les familles peuvent évoluer brutalement, elles sont comme de petits écosystèmes. Pour moi, elles sont toutes dysfonctionnelles, à différents degrés, et leurs bouleversements profonds et compliqués sont une mine riche à exploiter dans la fiction.

Hicklin et Leonard n’ont-ils pas, en fait, beaucoup en commun ? Ils ont fait des choses horribles parce qu’ils ne pouvaient faire autrement ; ils se sont construits une légende plus grande qu’eux-mêmes ; ils brillent dans le noir ; l’amour les transforme. Finalement, ne serais-tu pas un incorrigible optimiste ?

Il y a un écheveau de connections possibles liant Hicklin et Leonard, assurément. Le cours de leur existence est perturbé, modifié par des amitiés inattendues. Quant à être un incorrigible optimiste, je ne sais pas. La paternité m’a changé, dans le bon sens du terme. Je n’entretiens plus, ne me nourris plus d’ondes négatives comme je le faisais autrefois. Mais je trouve toujours du temps pour me vautrer dans le désespoir et le malheur. Les vieilles habitudes ont la vie dure.

Interview publiée dans New Noise n°41 – novembre-décembre 2017

Peter Farris (English version)

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photo : William Hamilton
In your first novel, Last Call for the Living, Hicklin, one of your main characters was a member of the Aryan Brotherhood, a white supremacist gang. You gave a lot of realistic details about this neo-Nazi organisation (the tattoos, the fact that a member is bound to the group for life, the way they act in prison…), how have you learnt about the AB? Have you met those guys?

I’ve always been fascinated by prison gangs and west coast prison culture, and the tribalism that defines it. While contemplating the novel that became Last Call for the Living, the Aryan Brotherhood loomed large in my mind. As a criminal syndicate, they compose such a small segment of America’s prison population, but are responsible for so much violence. I was drawn to their notoriety and ruthlessness, and devoured as much literature as I could about the AB…but that is as far as I went regarding research.

Are the neo-Nazis still very present in the southern states of the USA?

Neo-nazis and white supremacists are still present in the southeast United States (and elsewhere in America for that matter), but I suspect their numbers are relatively miniscule. They are fringe elements in our society, that unfortunately attract a lot of media attention when they congregate.

Do you think that Trump election (and what he said, for instance, after the events in Charlottesville) has strengthened the voices of the right wing extremists, for example of the KKK?

Trump’s comments after Charlottesville were typically baffling. He’s inarticulate, frequently incoherent but there is no denying white identity/white nationalists compose a section of his base. I don’t think Trump has strengthened their cause, however. He has no ideology and no principles, and he’ll eventually abandon his promises to them as soon as it’s politically expedient.

I feel like the subject of the neo-Nazis is rarely covered in novels or films (I can only remember Oz or American History X). Why did you chose that subject and did you fear their reactions?

I took a warped sense of delight in writing a character such as Hicklin in Last Call for the Living, a psychopathic killer who harbors such despicable beliefs. My hope was that despite his prejudice and penchant for violence, by novel’s end the reader would—despite themselves—summon some sympathy for him. I’ve always loved complicated villains in film and fiction. As far as reactions to the novel, to this day I’ve never heard a word from anyone associated with the prison gang.

You live in, and the action of your novels takes place in, South Georgia. Human trafficking, corruption, prostitution, racism, murders, alligators, mosquitoes, boiled peanuts… the tourist board must not thank you… is it so terrible to live there?

Nah, south Georgia is not so bad as I paint it. Just like anywhere, there are good people and bad people out and about…places that are beautiful and places best avoided.

If I am right, your second novel Ghost in the Fields has not been published in the USA yet, only in France, by Gallmeister. Is it because you talk about upsetting topics (racism, poverty, economic crisis…)? Or is it because the publishing business is not well right now?

Ghost in the Fields does not have an American publisher yet. I don’t think the subject matter or quality of the novel is the reason for it’s orphaned status. Let’s just say as far as the publishing business in my country is concerned, I would rather be lucky than good.

Are you surprised that French people are so interested in your work?

I am surprised and incredibly grateful for the interest from French readers. I have Editions Gallmeister to thank, for believing in and supporting my work. France seems to have a thriving book culture, which sadly is not the case in the United States.

Your French publisher has changed the title of your second novel. They have chosen The Devil Himself. Do you think it is a good title?

I was surprised by the title change but I love it. It works beautifully.

You were the singer of Cable, a metal hardcore band, whose last album was released in 2009. Did you write the lyrics of The Failed Convict, which you used as epigraphs in Last Call for the Living? Is it in Cable that you have developed a taste for writing?

I co-wrote lyrics to The Failed Convict with our bass player Randy Larsen. Indeed, being a vocalist and lyricist in bands for many years laid the foundation for writing poetry, prose and eventually fiction.

Don’t you miss playing music live and working with other people, as writing is a very solitary experience?

I have many, many fond memories from my time writing and performing with Cable and other bands, but I’ve always been a loner and preferred my own company. The solitude required for fiction writing is and always will be a major attractant.

Your art of writing is very special. You make the scenes played again by the different characters, so the reader never knows where the truth is. It is very efficient to build suspense. How do you manage to get into several people’s heads at the same time? Are you schizophrenic?

In the middle of writing a first draft, I probably am a bit schizophrenic! Haha! Fiction writing certainly requires imagination and empathy, and it’s easy to feel a little unmoored if you’ve been living in a character’s head for a few days or weeks.

Several scenes of your two novels are extremely violent. You have a really great talent to imagine tortures and awful ways to die. Is it to reflect the violence of American society? Is it much funnier to create dark “heroes” full of anger and hate than ordinary guys?

I’m not sure the violence in my novels is a reflection of America, which overall is a fairly safe country. But it certainly reflects human nature, as we all possess the potential for violent action given the circumstances. Some people are simply cruel and psychotic, others (criminal sociopaths for example) seem to have an extra gear inside them, and use violence as any predator would. These are the characters that frighten and fascinate me.

Which scenes were the most pleasant to write? The hard ones (the death of Grimes, with his burning head), the funny ones (Willie’s arrest and his 130 kilos of nakedness), or the tender ones (Leonard’s buying tampons to his young protégé)?

I enjoyed writing the scenes between Leonard and Maya the most. Their bond is the heart of the novel.

Mexico, the dangerous pimp of Ghost in the Fields quotes: “An armed society is a polite society” and Leonard says: ‘My law here. My justice.” There are so many guns in your novels, and in your country I guess. To take the law into your own hands is a recurring theme of the western movies. Is it efficient because it is not a cliché but American reality?

Vigilantism isn’t very common in America, but it is true—many estimates suggest there are at least 250-300 million firearms in our country. Where I’m from, gun ownership is fairly common, as firearms are used for a variety of lawful purposes, from hunting to self-defense. As a responsible gun owner, hunter and competition shooter, I value our right to own firearms. Likewise, as a crime fiction writer guns are the tools of the trade so-to-speak. As a fan of westerns and noir, there is simply nothing better than a well-written (or well filmed) gunfight.

Aren’t your books also tributes to pulp fictions, or western movies, or dark novels? I think about Harry Crews‘s Feast of Snake and Charles Laughton’s The Night of the Hunter…

Harry Crews is one of my all-time favorite writers, but my tastes in fiction are varied. I certainly appreciate westerns, pulp and noir—and elements from each genre trickle into my writing—but my favorite authors tend to be regional, with a strong sense for place and geography. Ron Rash, Rick Bass, Larry Brown and Flannery O’Connor are a few examples of writers I hold dear.

You describe the importance of religion in the rural communities. Baptist churches are everywhere, (which is strange for French people), with specific cults (the snakes, for instance), and the preachers have a prominent role. Do you think that religion impregnates people’s way of thinking, your way of looking at things?

My views on religion have changed over time, but, yes, people from the southeast United States can be and are very passionate about their faith. Fanaticism and zealotry are dangerous, and every day around the world unspeakable violence is perpetrated in the name of one God or another. But I can’t fault anyone for his or her faith. If it makes you a better person, or helps you through difficult times, who am I to say you’re deluded? I simply ask that you keep your religion to yourself. The world would be a better place if more people adhered to that.

The notion of redemption is very present in your novels, and the sense of guilt. Hicklin and Leonard struggle inside with opposed forces, good and evil, right and wrong. Do you think that everybody has goodness in his heart?

I am—to a fault—cynical and misanthropic…just like Leonard. Fatherhood has softened my perspective some, and I have experienced and benefited from the goodness in people without a doubt. I do believe humans are basically kind at heart, but we are a complicated species and continuously evolving (and not for the better I fear). You can never let your guard down, however, and never forget that there are monsters out there among us.

Can you explain us where the title Last Call for the Living comes from? It sounds very biblical.

It was an unused song title from an old book of lyrics.

In Last Call and in Ghost, a lot of your characters’ difficulties come from the bad relationships they had within their family. Is family Hell?

Haha! Family is hell, isn’t it? I’ve seen estrangement in other families and certainly my own, and estrangement is a major sub-current in both Last Call for the Living and The Devil Himself. Families vary wildly, and are like little ecosystems. I find them all to be dysfunctional (to some degree or another), with depths and complexities that can be mined for great fiction.

Haven’t Hicklin and Leonard a lot in common, actually? They have done dreadful things because they had to; they have built legends bigger than themselves; they shine in the dark; they are changed by love. Aren’t you finally an incurable optimistic?

There are some threads of connectivity between Hicklin and Leonard for sure, as both their lives are disrupted and altered by unexpected friendships. As for being an incurable optimist, I don’t know. Fatherhood has changed me for the better, and I don’t feed off negativity like I once did. But I still find time to wallow in misery and despair…old habits die hard. ☺

Interview published in New Noise n°41 – November-December 2017

De fringues, de musique et de mecs de Viv Albertine

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« Pour écrire son autobiographie il faut être un sacré connard, ou alors c’est qu’on est fauché. Moi, c’est un peu des deux. » La première phrase du bouquin de la guitariste des Slits, groupe emblématique de la scène punk anglaise 76 donne le ton : Viv Albertine ne mâchera pas ses mots et ne s’épargnera pas. Tant mieux.

Sa mère fustigeait son obsession pour les fringues, la musique et les mecs quand elle avait 13 ans ? Qu’à cela ne tienne, Viv lui emprunte la formule pour un titre très girly tout en sarcasme. Car de fringues, de musique et de mecs, trinité symbole de rébellion pour cette ado survoltée, il en sera beaucoup question, mais pas que. Il sera aussi (surtout) question de sex and drug and rock’n’roll, de politique, de son, de mix, de composition, d’écriture, bref de sujets sérieux (masculins). Et se réduire elle-même à une gentille demoiselle uniquement intéressée par des motifs « futiles », voilà de quoi faire rire ; comme il serait grotesque de présenter les Slits comme un groupe de filles, sous-entendu de jolies poupées dressées pour séduire le public (masculin), ou de les confiner au rôle de petites amies de musiciens connus.

Sur scène, les quatre furies (Viv, Ari Up, Tessa et Palmolive) dérangeaient plus qu’elles n’attiraient les mâles ; quand elles ne se crêpaient pas le chignon, Ari Up pissait debout et la grande gueule de Viv tenait le public à distance. Pas pour elles, les stéréotypes féminins. Pas pour elles non plus, les déclarations féministes. Leur démarche était spontanée, viscérale, individuelle : « On ne voulait pas que les mecs aient envie de nous, on voulait qu’ils aient envie d’être nous ». Les fentes londoniennes n’ont jamais fait de compromis et leur premier LP, Cut, très personnel, peu représentatif du courant punk dont il est issu, atteste encore d’une démarche originale, d’avant-garde, qui a résisté au temps.

Que l’autobio de Viv soit drôle, sincère, tout en finesse et en recul, il ne pouvait donc en être autrement. Chapitres courts, au présent, anecdotes comme autant de marqueurs d’une existence, Viv sépare sa vie en deux. Face A : de sa naissance à la fin des Slits en 1982 : avec une franchise déconcertante, elle y raconte son père français bas du front, ses premiers émois, Mick Jones, les tensions au sein de son groupe, ses morpions, la société anglaise si agressive à leur encontre, son avortement, ses doutes, ses espoirs… Face B : de sa dépression post-Slits à aujourd’hui, où l’on apprend qu’elle a traversé les 80’s comme prof d’aérobic, puis comme réalisatrice en vogue. Les 90’s la voient s’éloigner sensiblement de la sphère publique, (mariage, FIV, naissance de sa fille, cancer…), jusqu’à l’enfermer dans un statut de desperate housewife dont elle peine à s’extirper et dont elle fera le thème de son album solo.

The Vermilion Border, aux accents post-punk forts honorables, sort en 2012. Pour imposer son retour, elle aura dû faire, pendant deux ans, le tour des pubs, à cinquante balais passés, seule avec sa guitare et ses compositions racontant sa vie de femme mûre. Ses prestations scéniques, notamment du titre « Confessions of a Milf » feront dire à  Carrie Brownstein, guitariste de Sleater-Kinney puis de Wild Flag, après un concert à New York, en 2009: « Vous avez vu quelque chose de punk, vous, dernièrement ? » Non féministe devenue le symbole d’une forme de libération féminine, inspiratrice malgré elle (et fière de l’être, finalement) du mouvement des Riot Grrrls, Viv Albertine n’a rien d’une icône figée atteinte du syndrome du c’étaitmieuxavant, elle continue d’avancer. A Typical Girl ?

De fringues, de musique et de mecs / Viv Albertine. trad. d’Anatole Muchnik. Buchet Chastel, 2017

Chronique publiée dans New Noise n°41 – novembre-décembre 2017