Kevin is coming

Vergne Kevin, mon premier roman débarque en librairie le 18 janvier, chez LBS éditions, label Fleur sauvage, avec une couv. qui déchire sa race !

Nervous and excited! Excited and nervous!

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Mon best of 2018 pour New Noise

ALBUMS

1 Idles – Joy as an Act of Resistance

2 Turnstile – Time & Space

3 Cloud Nothings – Last Building Burning

4 It It Anita – Laurent

5 Moaning – S/T

6 Rendez Vous – Superior State

7 Cabbage – Nihilistic Glamour Shots

8 Big Ups – Two Parts Together

9 J.C. Satàn – Centaur Desire

10 Superchunk – What a Time to Be Alive

CONCERTS

1 PiL (Electric ballroom, Londres)

2 Sleaford Mods (Rock School Barbey, Bordeaux)

3 Escobar (El Doggo, Limoges)

FILM

How to Talk to Girls at Parties

LIVRE 

Débâcle (Lize Spit)

ChériBibi n°10

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ChériBibi n°10.

Déjà plus de dix ans (hé oui, un numéro par an, en gros) que ChériBibi, la revue qui a le double et paradoxal mérite de te faire sécréter des endorphines tout en émoustillant tes neurones, se décarcasse pour te faire lire des trucs intelligents sur des sujets trop souvent méprisés, des sujets qui t’intéressent, toi, digne représentant du peuple. Soit plaisir et érudition ! Musique, littérature, cinéma, sport (et tout le reste)… ces allumés se passionnent pour la culture populaire.

La quoi ? La culture POPULAIRE. Celle de niches qui font aboyer les adeptes du bon goût, celle dont l’élite se gausse et qui n’est pas la culture de masse, celle que les joyeux excités de ChériBibi honorent de la sorte : « Polar dévoré dans le métro, pochoir croisé sur la route du boulot, groupe punky reggae du petit dernier ou souvenirs de bal musette transmis par une grand-mère ouvrière, la culture populaire prend les formes les plus variées. Encore faut-il la remarquer, la promouvoir et la diffuser. Il apparaît donc nécessaire de lui rendre justice, qu’elle soit contemporaine ou d’un autre siècle, tombée dans l’oubli ou au mieux reléguée au second plan par les historiens…»

Bref du bizarre et des distingués, des freaks et du grand ordinaire, du cul, du culte, sous l’œil bienveillant et la plume virevoltante d’enflammés du bulbe. Dans le n°10, (avec en cadeau des belles lunettes qui te feront voir la vie et l’étrange créature du lac noir en relief), un dossier sur les suffragettes anglaises adeptes du ju-jitsu, des interviews (de James Bond girls, de GJ Arnaud, des Stiff Little Fingers…), une nouvelle inédite du King (John, pas l’autre), j’en passe et des meilleures. On s’amuse, on pleure, on rit. Merci qui ? Merci ChériBibi !

http://www.cheribibi.net/

Chronique publiée dans New Noise n°45 – septembre-octobre 2018

Duplicata de Franco Mannara

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Suite à une vague d’attentats ayant frappé la capitale, la sécurité est devenue la préoccupation majeure des Français et le gouvernement s’est empressé de répondre à l’angoisse en mettant en place l’élimination pure et simple des délinquants les plus dangereux. Le Monodrome, merveilleuse invention proposée (et vendue) par une société privée, est une boîte permettant une exécution individuelle sans douleur et sans éclaboussure. Seuls quelques opposants se révoltent contre la réintroduction de la peine de mort. Dont Brach, orateur capable de mobiliser les foules. Lors d’un meeting, il est assassiné en direct, tandis que les caméras tournent et que Yésus Rose, célèbre lanceur d’alerte, filme le tribun pour son site Synchro-city. L’image du meurtrier est captée à l’infini. Sosie parfait de Yésus, qui va devoir tenter de se disculper aux yeux du monde et comprendre qui cherche à le piéger…

La scène d’ouverture est atroce, le lecteur, dès lors, est prévenu. Mannara va s’emparer de nos craintes les plus profondes, gratter nos plaies et décliner les menaces qui nous guettent dans un roman d’anticipation, très noir, politique forcément. Dans Duplicata, le pire est à venir, et comme l’auteur installe sa dystopie dans un Paris parfaitement reconnaissable, dans un futur très proche, ça fait flipper grave.

Collusion entre politique, police et fric, corruption, propagande, loi martiale, état d’urgence, libertés individuelles amputées… le pouvoir totalitaire se donne les moyens d’ériger une dictature, en douceur, sans que les honnêtes citoyens n’y voient rien à redire. Une épidémie de peste ayant surgi de nulle part et ravageant le 18ème, il est normal de boucler le quartier, peu importe que les pauvres y crèvent sans assistance, « on s’habitue à tout » et il est normal qu’on implante une puce en guise de vaccin à la population parisienne, consentante ou pas.

Très vite, on enjambe les cadavres et on ne compte plus les morts, au fil des investigations de Yésus, héros malgré lui, entouré d’une bande de hackers justiciers. L’enquête est menée la pédale bloquée sur l’accélérateur. Mannara, complètement porté par ses personnages, bien pourris ou solaires, enchaîne les pirouettes et retombe toujours sur ses pieds. Et si l’on s’embarque dans cette histoire, c’est aussi parce qu’il a su y mettre ce qu’il faut de lumière et éviter la lourdeur d’un récit didactique. Les forces obscures sont à l’œuvre, décidées à mater ceux qui se mettent sur leur route vers plus d’argent et de pouvoir, aidées en cela par les dernières découvertes technologiques. Tout est perdu ? C’est sans compter les grains de sable dans cette belle mécanique, ces humains qui résistent, continuent d’espérer, d’aimer, de rêver demain. Fluctuat nec mergitur. Hommage à la Goutte d’or et à un Paris à genoux qui lutte pour se relever, ne capitule pas, la capitale porte haut sa devise sous la plume de Franco Mannara. Echo, une des héroïnes de l’ombre l’affirme : « Au final, il n’y a que deux alternatives : l’amour ou la peur ». Choisis ton camp, camarade.

Duplicata / Franco Mannara. Calmann-Lévy, 2018

Chronique publiée dans New Noise n°45 -septembre-octobre 2018

Mauvaises graines de Lindsay Hunter

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Perry et Baby Girl sont inséparables. Elles partagent tout, les bancs du lycée, les virées nocturnes à bord de voitures volées, un goût immodéré pour la picole, une forte propension à se fourrer dans les embrouilles, la haine du monde, dans un environnement si terne qu’il faut bien se créer des occasions de faire la fête, de s’oublier. Faut dire que l’avenir semble bien bouché. Perry vit dans un mobil home et ne peut guère compter sur Myra, sa mère, pour prendre soin d’elle, vu qu’elle a déjà du mal à rester consciente entre deux cuites. Quant à Baby Girl, elle veille sur son grand frère, autrefois son héros, aujourd’hui quasi légume suite à un accident de voiture. Elles sont amies à la vie à la mort, solidaires, chacune prête à tout pour défendre l’autre. Jusqu’à ce qu’un événement inattendu leur fasse prendre conscience de leurs différences.

Attachantes, agaçantes, les deux filles paumées dont Lindsay Hunter dresse le portrait sont parfaitement convaincantes dans leur rôle de rebelles en carton, en proie au doute. Surtout, l’auteur parvient à décrire avec une grande finesse leur psychologie, les difficultés sociales qu’elles subissent et la relation qui les lie. Perry et Baby Girl sont fondamentalement opposées. Perry est un ange blond qui plait aux hommes, elle le sait et en joue, au risque de se brûler les ailes. Baby Girl se sait laide et se rase le crâne pour encore s’enlaidir, affirmer sa personnalité, agressive en dehors, désespérée en dedans. Elles sont unies dans un genre de relation un brin toxique, un rien contrainte, parce que quand on a cet âge, il n’y a rien de pire qu’être seul.

Leur amitié durera le temps qu’elles grandissent un peu, passent le cap, ensemble, de l’adolescence, fusionnelles simplement parce que leur besoin d’amour et de reconnaissance est immense. Mauvaises graines, bâti sur des dialogues pertinents, des chapitres courts et rythmés, livre de belles réflexions intimes. Il touche, trouble car il sonne juste.

Mauvaises graines / Lindsay Hunter. trad. de Samuel Todd. Gallimard (Série noire), 2018