Les mangeurs d’argile de Peter Farris

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Après Dernier Appel pour les vivants et Le diable en personne, Peter Farris continue d’explorer la face sombre de sa Géorgie natale. Etat du Sud des Etats-Unis. Nature luxuriante. Gros gibier et gros cons à foison. Bible belt. Ce ne sont pas que des idéaux d’un autre âge qu’une partie des locaux blancs portent en étendard mais aussi des fusils. Les armes sont partout. Comme dans les autres romans de l’auteur, elles parlent souvent à la place des personnages et font des phrases plus longues que les taiseux du coin.

Un lecteur français pourrait être tenté d’y voir une dénonciation. Ce n’est pas le cas chez Farris. Pour lui, chasseur et membre d’un club de tir, détenir une arme est tout ce qu’il y a de plus normal, légitime. Ce n’est pas du fusil que vient le danger, mais de celui qui le tient. Et son monde est rempli de terribles ordures, incarnations du mal qui n’ont pas toujours besoin de faire feu pour faire des dégâts.

Après les figures des suprémacistes blancs, puis des politiciens corrompus, Farris campe cette fois l’enflure intégrale en la personne du pasteur autoproclamé, de l’évangéliste tricheur et vénal qu’est Carroll. Sa sœur, Grace, lui est dévouée corps et âme. Elle l’aide à rameuter les fidèles, collecter des fonds pour sa Mégachurch. Elle l’accompagne pour mettre au point des subterfuges de guérison qui subjuguent les visiteurs naïfs, en quête d’une rédemption facile en échange de dollars. C’est lors d’un prêche de son frère qu’elle a rencontré Richie, paumé, veuf, père esseulé de Jesse, désespéré de sortir son frangin de l’alcoolisme qui le ronge. Richie est un gentil, une proie facile. Il est prêt à croire, même à l’amour. Richie est un cœur tendre. Mais ce n’est pas sa douceur qui attire le couple infernal, ce sont ses terres dont le sol regorge de kaolin. De quoi hériter d’une fortune quand on est son épouse et qu’il arrive un drame…

Haletant, plein de rebondissements inattendus, Les mangeurs d’argile s’inscrit dans la continuité de l’œuvre de Farris. La construction narrative, faite d’allers et retours entre présent et passé, permettant de comprendre ce qui anime les personnages au fur et à mesure de l’intrigue, démontre une maîtrise de l’écriture, comme une facilité déconcertante à faire naître des caractères et aller jusqu’au bout de leurs âmes.

Et toujours, des personnages attachants, dont on suit les déboires avec angoisse. Ici, Jesse, ado de quatorze ans, orphelin traqué qui trouve réconfort auprès d’un être étrange, l’homme filiforme au passé trouble, Billy. SDF au fond des bois, vétéran de la guerre en Irak, traumatisé par les horreurs dont les hommes sont capables, devenu fugitif après un acte terrible, poursuivi lui aussi, par le FBI et sa propre conscience.

Les mangeurs d’argile / Peter Farris. trad. de Anatole Pons. Gallmeister, 2019

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