Rose Royal de Nicolas Mathieu

rose

Rose aborde la cinquantaine. Elle ne craint pas (trop) la vieillesse qui vient. Elle a des jambes superbes qui attirent encore les hommes et leurs klaxons. Des rides compliquent sa bouche ? Peu importe, sa silhouette ne l’a pas trahie. Alors, s’ils n’y regardent pas de trop près… De toute façon, elle n’attend plus rien d’eux. Divorcée de longue date, les rencontres Meetic ne sont pas parvenues à combler sa solitude. Finalement, c’est supportable d’être seule, tant qu’on a de quoi picoler, de préférable en compagnie d’une vraie copine, dans ce bar, le Royal, où elle a ses habitudes. Les hommes, elle en a soupé. Jusqu’au dernier, Thierry, qui a cru pouvoir user de sa force en guise de conversation. Un calibre .38 dans le sac à mains fera taire le prochain qui osera élever la voix, lever la main sur elle. Puis arrive Luc. Concours de circonstance… Même âge, mêmes fêlures, mêmes idées. Et l’alcool pour baptiser leur amour naissant. Et tant pis si le sexe est triste, ce sera mieux la prochaine fois…

On ne présente plus Nicolas Mathieu. Deux romans ont suffi à le hisser au rang des auteurs qui ont quelque chose à dire et savent comment. Cette novella prouve, s’il le fallait, qu’il excelle aussi dans un format plus court. Pas besoin de beaucoup de mots pour dresser le portrait des différents protagonistes, pour construire un récit, tendu, qui se tient à distance des jugements hâtifs. Nicolas Mathieu observe, écoute. Rose et Luc. Ce qui les rapproche n’est pas très joyeux, quelques certitudes, quelques films, une façon de se conformer, chacun dans leur rôle, aux stéréotypes de genre. Elle aime son énorme 4X4, sa beauté virile, sa manière d’imposer sa puissance, celle du type qui a réussi financièrement. Les apparences sont pour lui. Elle se délecte de cette réussite qu’il affiche, devenant un peu la sienne. Très vite elle ne distingue plus cette fierté de son désir et peu à peu, elle entre dans cette escroquerie de la dépendance.

Nicolas Mathieu dit l’emprise progressive, l’absence de communication et de respect, la violence implicite, presque normale, séculaire, intégrée. Quand Rose et Luc se retrouvent dans un hôtel de luxe, quelques années plus tard, au Royal d’Evian, un même nom d’établissement pour une montée en gamme, on pourrait penser que leur vie, aussi, a pris une belle tournure. Rose n’a fait que quitter son job, s’enfonçant un peu plus dans son rôle de dominée, isolée, prisonnière du mutisme et du confort.

L’auteur ne fait pas dans le pathos. Le gris domine et il n’accable personne. L’histoire qu’il conte n’a pas valeur de (contre)-exemple. S’il démonte parfaitement les mécanismes de la violence conjugale, qu’il sous-entend la difficulté de se sortir des clichés dans lesquels les sexes s’enferment depuis des millénaires, il laisse à ses deux personnages, et surtout à Rose, une liberté de choix, et c’est bien ça qui dérange.

Rose Royal / Nicolas Mathieu. Editions In8 (polaroïd), 2019

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