Joueuse de Benoît Philippon

joueuse

Quand Zack le beau gosse et Baloo le géant noir se retrouvent à une table de poker, les autres joueurs finissent à poil. Normal, ils sont inséparables depuis l’école et ont eu tout le loisir de peaufiner leur numéro de duettiste. Ecumer casinos de province, tripots parigots, hangars discrets où circulent argent et petites pépées, ils s’y consacrent à temps complet et détroussent à la loyale les prétentieux qui se prennent pour des cadors et pensaient maîtriser la donne. Maxine, jolie blondinette qui connaît tous les tours, entre en piste. Voilà pour le côté face.

Pour être un grand joueur de poker, il faut savoir bluffer. Et Philippon, en as de la manipulation se pose là. A l’instar des naïfs que les deux compères plument en leur laissant croire qu’ils vont l’emporter, quand on commence à comprendre que Joueuse, sous ses airs cartoonesques, sa façade de polar rétro avec sa gouaille à la Audiard, n’est pas un gentil roman simplement distrayant et léger, eh ben, c’est trop tard, le mal est fait, on s’est fait filouter sans avoir rien vu venir, et on n’a plus que les yeux pour pleurer.

Il nous avait déjà fait le coup avec Cabossé et Mamie Luger pourtant. On était sur nos gardes. Et Bam ! Comme des bleus, il nous cueille. Au rythme trépidant du road trip en R5 qui mène la bande de Paris à la campagne limousine, notre petit cœur tressaute à chaque chaos de la route. Des bourre-pifs jubilatoires dans les trognes des péquenauds sexistes croisés en chemin ? Y’en a ! Des cassages de gueule libérateurs de pleutres qui agressent les demoiselles ? Y’en a ! Un justicier masqué suicidaire, une jeune femme meurtrie qui fomente sa vengeance, un beau parleur qui a peur de s’attacher, un gosse surdoué craquant ? Y’en a !

Il y a surtout une histoire si triste, sublimée par des personnages qui nous confient leurs failles et leurs tourments, et ce constat, au bout du compte, tellement rassurant, qu’on est encore capable d’être extrêmement ému, d’éprouver, alors qu’on se craignait blasé, tellement de rage et tellement d’amour.

Joueuse / Benoît Philippon. Les Arènes (equinoX), 2020

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s