De mort lente de Michaël Mention

mort lente

Marie et Nabil avaient tout pour être heureux. Amoureux, parents d’un petit garçon, ils suivaient leur petit bout de chemin, dans un anonymat joyeux. Quand Marie commence à souffrir d’hypothyroïdie, et surtout quand on diagnostique à leur fils des troubles autistiques, le couple cherche des causes aux maux qui l’ont atteint.

Philippe, scientifique de renom, donnait des cours en fac et écrivait des articles dans des revues. Quand il est contacté par un vieil ami pour intégrer la commission de l’Union européenne en charge des études et dangers potentiels des perturbateurs endocriniens, il est ravi de mettre ses compétences au service d’une grande question de santé publique.

Franck était journaliste au Monde. Quand il se voit confié une enquête sur un couple, en Province, qui prétend être affecté par des produits chimiques provenant d’une usine près de chez eux, il y va d’abord à reculons. Quand ses patrons refusent son article, victimes de menaces de retraits de publicités émanant de leurs actionnaires, et indirectement du lobby de l’industrie chimique, il décide d’approfondir le sujet…

Vous aviez vraiment envie d’en savoir plus sur ces substances chimiques présentes dans votre alimentation et vos objets de tous les jours, que vous ingérez sans qu’on vous demande votre avis, et qui sont susceptibles de vous filer du diabète, des cancers ou de vous rendre stériles ? Pas vraiment, hein ? Il fallait le talent de Michaël Mention pour s’attaquer à un sujet pareil et en faire un roman impossible à lâcher.

L’intrigue commence doucement, avec la description du quotidien de gens ordinaires, une petite famille attachante, qui pourrait être la vôtre. Puis, elle se déroule, au présent, au gré des découvertes des différents protagonistes qui n’auraient jamais dû se rencontrer et se retrouvent en première ligne face aux géants de l’industrie chimique prêts à tout pour défendre leurs (énormes) intérêts financiers. Intimidations, procès, diffamations, rumeurs, agressions, les lobbyistes (anonymes mafieux) exercent leurs méthodes, de plus en plus agressives, à mesure que les personnages principaux (parfaitement incarnés) tentent de dénoncer un système qui fait s’enrichir quelques-uns en empoisonnant la masse.

La construction du roman, qui fait s’accélérer les révélations, de plus en plus abominables, et souligne les conséquences sur leur vie privée du combat des héros, est remarquablement maîtrisée.

Documenté comme une investigation journalistique couvrant plusieurs décennies, De mort lente déploie sa mise en scène, tendue comme un film de Pakula. Rappels d’événements historiques qui nous ont tous marqués, extraits de musique participant à l’émotion, Mention, comme à son habitude, constelle son récits de points de repère qui incluent le lecteur dans l’histoire, la font sienne. Notre empathie et notre rage ne peuvent que croître. Le combat est inégal, semble perdu d’avance. Mais, contre les puissants qui avancent masqués, des petites gens se dressent malgré tout, nous rappelant que la lutte n’est jamais vaine et que l’Humanité (en tout cas, une partie d’entre elle) mérite d’être sauvée.

De mort lente / Michaël Mention, Stéphane Marsan, 2020

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