Croque and Roll live de Olivier Martin et Nicolas Barberon

croque and Roll live !

Si un jour, dans la fosse d’un concert, tout à côté de vous, vous croisez un hurluberlu penché sur une feuille de papier, ne vous étonnez pas. Cet énergumène étrange ne sera pas en train d’essayer de lire un roman dans le noir, ni de prendre des notes pour un essai ethnographique ou sociologique. Quoique la démarche du sire en question se rapprochera un peu de ces deux disciplines. Non, vous aurez sous les yeux l’un des membres de Croque and Roll (Olivier Martin ou Nicolas Barberon, pour ce qui est de ce recueil autoédité) s’efforçant de réaliser un croquis de ce qu’il est en train d’observer sur la scène ou dans le public.

Eh bien, figurez-vous qu’il y arrive. Notons que l’exercice doit être périlleux. Entre les gesticulations du type excité devant lui qui le bouscule ou de cette fille qui baptise ses voisins de rasades de bière, le résultat a toutes les chances d’aboutir à de grandes trainées colorées délavées. L’histoire ne dit pas combien de ses œuvres l’auteur en conserve pour une séance. En tout cas, pour le présent ouvrage, les croqueurs présentent un carnet fourni, représentatif de ce hobby étrange qui consiste, un peu à la manière des dessinateurs lors de procès d’assises, à rendre, en quelques coups de crayon, l’âme des gens et des lieux. Le résultat est étonnant et se rapproche du reportage.

Qu’il s’agisse du Hellfest, de la fête de l’Huma, ou de concerts donnés dans des salles plus intimes, les esquisses produites, prises sur le vif, parviennent à capturer l’énergie, l’attitude des musiciens, l’ambiance. On reconnaît, sous les traits de couleur, la façon de tenir sa gratte du guitariste des Burning Heads, sa tête d’Angus Young, son micro de Steven Tyler. Quel intérêt par rapport à un documentaire photographique, me direz-vous ? En fait, ça s’en rapproche tout en étant complètement différent. Le rendu s’en écarte, évidemment. Le regard de l’artiste sur son sujet aussi. Le sentiment d’urgence ne doit pas être le même, tant prendre un cliché et ébaucher un portrait en dessin ne procède pas du même mécanisme de création.

Mais ce qui frappe, c’est que le croqueur peut se rapprocher de l’objet de son art sans être obscène, car le croquis permet une distance plus grande, du recul. A ce titre, les dessins d’Olivier Martin et Nicolas Barberon, sont vraiment réussis. Ceux du public notamment. Souvent de dos, leurs personnages, figures anonymes sous la touche du créateur, sont des images volées, drôles et touchantes, mais sans être des caricatures, et peuvent se targuer de réalisme en évitant la moquerie.

croqueandrolllive.wordpress.com ou croqueurdeligne@gmail.com

Croque and Roll live ! : croquis de concerts / Dessins Olivier Martin et Nicolas Barberon. Textes Robin Jolly. 

Chronique publiée dans New Noise n°52 – février-mars 2020

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