La lune de l’âpre neige de Waubgeshig Rice

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Dans la réserve indienne des Anichinabés, située au nord du Canada, on s’y connaît en survie. La lune de l’âpre neige, ainsi qu’est joliment nommé le pic de l’hiver, approche. Evan Whitesky, dans le respect des coutumes ancestrales, fait une offrande à l’orignal qu’il vient de tuer, dont la viande alimentera les réserves. L’équilibre entre modernité et tradition est atteint dans la communauté. On ne prélève de la nature que ce dont on a besoin, et on profite du confort apporté par la centrale hydroélectrique.

Quand la télé, puis les ordinateurs montrent des défaillances, personne ne s’inquiète, au début. Quand la panne électrique s’avère générale et semble durer, la panique s’installe. Il n’y aura pas assez d’essence pour alimenter les vieux générateurs durant toute la mauvaise saison. Malgré les stocks de vivres distribués aux habitants, les restrictions les conduisent pourtant à dévaliser le supermarché. Quand des jeunes étudiants reviennent du sud et leur apprennent que le chaos s’est étendu partout, l’angoisse que la nouvelle génère menace la stabilité du groupe.

Waubgeshig Rice examine les thèmes chers aux romans apocalyptiques, genre désormais à part entière dans le paysage éditorial mondial. Il le fait de belle façon, sans prétention, utilisant les ressorts de la littérature populaire pour mener à bien son intrigue : personnages attachants ou inquiétants, isolement, montée graduelle de la tension, éléments qui ne sont pas sans rappeler l’art d’un Stephen King. Les péripéties qui permettent à la situation d’évoluer et révèlent les caractères des membres de la communauté sont distillées intelligemment et donnent envie de connaître la suite. L’auteur va néanmoins plus loin que le simple récit d’une tragédie annoncée par une crise et où le seul intérêt serait de savoir lequel des protagonistes, plus intelligent, plus brave ou plus gentil que les autres va s’en sortir.

La lune de l’âpre neige se révèle à la fois pré et post-apo et se permet, sous ses airs modestes, une réflexion sur le passé et l’avenir des communautés autochtones du Canada, où les populations ont été déplacées vers des territoires glaciaux, stériles qui n’intéressaient pas les colons, quand ces derniers n’ont pas tenté d’anéantir la culture indienne par une assimilation forcée. Exotique dans sa géographie, exposant les difficultés d’un peuple loin de nous, le roman questionne pourtant les fondements de l’humanité, souligne en creux ce qui rapproche les êtres humains (la compassion, la solidarité, l’amour), et oppose le respect de la nature, l’écologie aux dérives et aux gaspillages des sociétés « développées » contemporaines.

La lune de l’âpre neige / Waubgeshig Rice. Trad. par Antoine Chainas. Les Arènes (EquinoX), 2022

Pour tout bagage de Patrick Pécherot

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1974, Paris. Le 3 mai, les GARI (groupes d’action révolutionnaires internationalistes) revendiquent, depuis Barcelone, l’enlèvement du banquier Suarez et exigent la libération des prisonniers politiques détenus en Espagne par Franco. Ils sont arrêtés sur dénonciation. Cinq potes (4 garçons, une fille) ont découvert le mouchard. Il leur faut agir, s’inclure dans cette lutte juste, révolutionnaire. Ils filent le traitre, le traquent dans les rues de la capitale, s’amusent à tirer des balles au-dessus de sa tête. Les balles sont réelles. L’une d’entre elles atteint un père de famille qui se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment. Le groupe s’égaye. Des années plus tard, un livre, sur le point de sortir, menace de révéler l’identité des assassins. Le narrateur, Arthur, membre du groupuscule, part à la recherche de ses anciens camarades, sur les traces de leur passé.

S’emparant d’un fait divers réel, Pécherot tisse, invente. De ses personnages et leurs trajectoires individuelles, c’est un passé que nous avons tous en commun qui refait surface. A partir de photos retrouvées, Arthur se rappelle la France des 70’s, et à l’aune de ses réflexions on mesure à quel point la France d’aujourd’hui a changé. La comparaison n’est pas appuyée. Pécherot n’a pas besoin de forcer le trait. De simples évocations, un cacolac, le nom d’un syndicat, suffisent à se rappeler cette France coupée en deux, deux blocs égaux en nombre ou presque, deux visions irréconciliables de l’existence.

D’un côté, la droite, l’ennemie pour Arthur et ses comparses, menant à la dictature, comme en Espagne où Franco use du garrot pour exécuter ses adversaires. De l’autre, la gauche, l’avenir, l’utopie à portée de mains, où tout le monde sera libre et heureux, comme le chante Ferré. IVG, pilule, lutte contre le nucléaire, contre le capitalisme, contre les fachos, tous les combats sont à mener, la violence est revendiquée. Le monde est noir ou blanc, comme des photos anciennes. Dans la mémoire d’Arthur, la France des 70’s est en couleurs pourtant. Dans les vêtements, sur les voitures, les publicités, les téléphones, dans le rouge sang des morts pour rien aussi. Elle est tout sauf sépia, regrettée. La nostalgie n’est pas de mise, la culpabilité a pris le pas sur l’exaltation, la vieillesse a complexifié la donne. Arthur revisite son engagement, interroge l’intransigeance de ses idéaux passés, questionne la stupidité de l’endoctrinement et de l’immaturité.

Pécherot, dans ce texte court et dense, où les mots se cognent les uns contre les autres, invente des vies entières, image un passé plein de promesses simples impossibles à tenir. La langue est exceptionnelle, travaillée et fluide, elle sublime ce roman complexe, drôlement triste.

Pour tout bagage / Patrick Pécherot. Gallimard (La noire), 2022

Agentique, d’Elodie Denis

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1996. Loan, étudiante aux Beaux-Arts de Saïgon se rêve dessinatrice professionnelle pour de prestigieux studios de dessin animé à l’étranger. En attendant de maîtriser son art, elle seconde sa mère dans son agence de voyage. C’est là qu’elle fait la rencontre de Chayton Delgado, vétéran US de la guerre du Vietnam. Le duo s’embarque dans un périple en moto vers le delta du Mékong.

A partir de la relation qui se noue entre ses deux personnages, Elodie Denis tisse un récit aux ramifications multiples, fait de retours vers un passé à la fois intime pour chacun d’eux et indissociable de l’histoire du pays. Plus de vingt ans se sont écoulés depuis la fin du conflit avec les Américains. Les stigmates restent comme tatoués sur la peau, visibles, toujours douloureux. De chaque côté. Séquelles tangibles quel que soit l’âge ou le camp. Les exactions des belligérants continuent de meurtrir les survivants et leurs plaies se sont transmises à leurs enfants. Conséquences brûlantes à l’entrelacs arachnéen dont l’auteure suit les fils, les démêle, donnant à voir et à comprendre, alternant passé et présent, inversant les temps de narration pour mener étonnamment vers plus de clarté.

Elodie Denis ne nous perd pas, malgré la complexité du propos, malgré la densité des sujets abordés. Ses phrases sont luxuriantes, à l’image de la jungle. Elles s’étirent avec élégance, longues comme des lianes, efficaces comme des balles. Son sens du détail – une odeur, le nom d’une fleur ou d’un mets partagé en bordure d’une route – nous renseigne qu’elle a vécu là-bas. Le vocabulaire rigoureux, les expressions originelles nous immergent dans un monde inconnu, exotique fait de moiteur, de parfums, de bruits nouveaux. Hô Chi Minh-Ville fourmille, la forêt grouille, les souvenirs affluent, reviennent dans la tête enfumée d’opium de Chayton. La vérité surgit en toute fin, terrible, destructrice pour les deux héros, déchirante pour nous.

La signification du titre prend tout son sens à mesure que notre émotion grandit, tandis que l’orange omniprésent laisse la place au noir. Elodie Denis, que je ne vous ferai pas l’affront de vous présenter, livre un premier roman maîtrisé de bout en bout, instructif, poétique, bouleversant.

Agentique / Elodie Denis. Les moutons électriques (Courant alternatif), 2022

Chronique publiée dans New Noise n°62 – mai-juin 2022

Benjamin Dierstein

Ses deux derniers romans, parus aux Arènes (EquinoX) en sont la preuve, les changements de registre ne font pas peur à Benjamin Dierstein. Dans Un dernier ballon pour la route, Freddie, âme sensible, a trouvé en Didier, brave gaillard du type no brain no headache, le compagnon idéal pour une tournée des grands ducs. Avec lui, il noie le souvenir de son amour perdu, à grands coups de ballon d’à peu près n’importe quoi pourvu que ça saoule, pour oublier et pour le plaisir. Au cours d’une équipée sauvage au détour d’un rondpoint, entre Darty et Confo, au fond d’une taverne campagnarde ou d’un campement d’apaches, les deux héros hardis s’avèrent capables d’ingurgiter avec panache n’importe quel breuvage sans savoir ce qu’il y a dans le cocktail. Une certaine France se dessine, celle des buvettes, des PMU, remplis de rescapés qui ont de la gouaille et de la gueule. Dans La cour des mirages, deux flics de la Brigade criminelle, Prigent, sous camisole chimique depuis l’enlèvement de sa fille, et Laurence Verhaeghen, explorent les tréfonds de l’âme humaine, où de terrifiants prédateurs côtoient des pervers en col blanc. Dark web, tortures, snuff movies, les pédophiles tissent une toile gluante, aux ramifications internationales, impliquant de plus en plus d’enfants, de plus en plus jeunes. Autre duo, autre France. Celle de 2012, celle de la fin de la Sarkozie et de l’arrivée de Hollande, où toujours les mêmes dictent les règles, sur fond de réseaux troubles adeptes d’évasion fiscale et de parties fines, peu importe leur couleur politique. Argent, pouvoir, sexe, enfants. L’enfer. Deux expériences. Radicales. Pleurer de rire ou de rage. Qui a dit qu’il fallait choisir ?

benjamin dierstein (10 sur 10) crédit Jeune Allain

Photo : Jeune Allain

La cour des mirages clôt une trilogie entamée avec La sirène qui fume (2018) et La défaite des idoles (2020), parus chez Nouveau Monde Editions. Quel a été le point de départ qui t’a donné l’envie d’écrire cette histoire ? Savais-tu, dès l’origine, qu’il s’agirait d’une trilogie ?

Mon premier roman, La Sirène qui fume, existait déjà à l’état d’embryon en 2001. J’étais en fac de ciné à l’époque, et je l’avais écrit sous la forme d’un scénario qui dépassait les 300 pages. J’ai vite compris que je n’arriverais à rien en faire, ne connaissant personne dans le monde du cinéma, et ayant largement dépassé les fameuses 120 pages qu’attendent les producteurs pour un format long-métrage. Le texte a donc été vite rangé dans un carton avec des tas de brouillons de romans, scénarios et nouvelles que j’avais écrits à l’époque. J’ai laissé tout ça de côté pendant longtemps, et puis en 2015 j’ai décidé de tout ressortir pour en faire quelque chose. Adapter le scénario en roman m’a paru assez évident, et pendant l’écriture j’ai imaginé ce format de trilogie circulaire, avec trois intrigues et trois personnages qui se retrouvent chacun leur tour en duel.

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Tu situes l’action de La cour des mirages en 2012, au moment de la prise de pouvoir de Hollande et du départ de Sarkozy. Tu aurais pu choisir une autre période de basculement, plus ancienne ou plus récente. Alors, pourquoi cette date ?

Quand j’ai attaqué la trilogie, j’ai eu envie de placer en toile de fond une intrigue sur le fonctionnement de la police. Evoquer l’énorme basculement qui s’est opéré en 2012 m’est apparu comme une évidence. L’arrivée de Hollande a mis fin à une période assez incroyable qui correspond au noyautage de l’Intérieur par la Sarkozie. J’avais envie de décrire le fonctionnement intrinsèque de la police à travers les syndicats, la hiérarchie, les différentes maisons (la PJ, la PP, la DCRI, les SRPJ, etc), et d’évoquer la fin du système Guéant / Sarkozy qui a été mis en place en 2002 via les fameux Squarcini, Péchenard, Gaudin & co. C’était un système hérité en droite lignée des années Pasqua, mais qui contrairement aux autres n’avait pas connu d’alternance malgré un passage rapide de Villepin en 2004. Sous la Vème, il n’y a que le système Marcellin, entre 68 et 74, pour avoir été aussi puissant, et encore il l’était sûrement moins.

Que faisais-tu, toi-même, en 2012 ? Quels sont tes souvenirs de cette époque ?

Je travaillais dans une salle du XIXème arrondissement, Glazart. C’est une époque où je faisais beaucoup la fête ! Mais entre deux soirées je m’intéressais déjà énormément au fonctionnement du système policier.

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Tu plonges tes lecteurs en immersion dans la vie de la Brigade Criminelle de Paris et tu dépeins de façon très documentée les relations entre le ministère de l’Intérieur et la police, la collusion entre les journalistes, les juges, les flics. Ce travail de recherche t’a-t-il pris beaucoup de temps en préalable à l’écriture ?

Oui, pour la Cour des Mirages j’ai pris plus de six mois à plein temps pour me documenter. Je me suis constitué une biblio d’environ 60 bouquins, pour la plupart des témoignages de victimes, d’avocats, de magistrats, de journalistes ou de flics. Se documenter avec diverses sources, c’est aussi donner une voix à ces sources. Dans le roman, elles s’incarnent dans des personnages : une capitaine de la Brigade des Mineurs, des jeunes femmes qui sortent de foyer, un ancien gendarme devenu privé, une présidente d’une association de victimes, etc. Pour le bouquin sur lequel je suis en train de travailler, un roman qui évoquera différentes affaires entre 78 et 84, j’ai poussé le bouchon encore plus loin : ma biblio fait 130 références… Résultat, je me retrouve avec un plan de 500 pages, pour un roman qui devrait approcher les 2000 pages au final… J’ai pas encore commencé à écrire que c’est déjà une énorme usine à gaz !

La cour des mirages parle de réseaux internationaux de pédophiles, thème sombre s’il en est. Pourtant, si les enfants souffrent d’affreuse manière dans ton roman, il me semble que tu nous épargnes en n’exposant jamais de scènes d’horreur en direct, qu’elles sont toujours passées par un filtre, à travers ce que découvrent les policiers. Etait-ce vraiment pour les rendre plus supportables ou parce que c’est au contraire un procédé narratif plus efficace ?

La vraie différence tient à ce qu’on souhaite imprimer chez le lecteur. Est-ce qu’on veut le choquer, lui faire peur, le faire pleurer, le mettre en colère ? Quand je me suis attaqué à ce roman, j’avais conscience d’aborder un sujet très difficile, et je savais exactement de quelle manière je voulais le traiter. Il me paraissait évident de ne pas tomber dans le gratuit, le racolage, le sensationnel. Je ne voulais pas faire du « thriller », dont le but premier est de jouer sur des sentiments répulsifs comme la peur. Il y a une différence entre les films d’horreur et l’horreur, la vraie, celle qui existe derrière le mur du voisin. Je voulais d’une part parler de cette horreur d’une manière hyper réaliste, en restituant d’une manière relativement exhaustive ce qu’on peut trouver en pénétrant dans ce monde, et d’autre part écrire un drame pur, avec des personnages tourmentés qui foncent droit dans le mur. J’ai eu plusieurs retours de personnes qui m’ont dit avoir eu les larmes aux yeux à certains moments de la lecture, et à ce moment là j’ai su que mon pari était en partie réussi.

Ces scènes où les enfants sont impliqués ont-elles été difficiles à imaginer, à écrire pour toi ?

Oui, l’écriture a été difficile. Mais le pire, ça a été la phase de documentation. Lire des témoignages de victimes tous les jours pendant six mois c’est une vraie épreuve, surtout quand on est papa.

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Cette façon que tu as de mêler personnages de fiction et faits réels, d’explorer notre histoire commune à travers le destin d’individus m’a fait penser à Ellroy. Est-ce un auteur dont tu revendiques l’influence ?

Ellroy a été un séisme pour moi. Gamin je détestais les bouquins, il n’y a que les BD qui m’intéressaient. Et puis mon oncle m’a filé Lune Sanglante quand j’avais 13 ans, et j’ai pris une claque monumentale. Après ça, je me suis empressé de dévorer les librairies d’occase et les rayons de polars de ma mère. Alors oui c’est une énorme influence, et même plus que ça : avec La cour des mirages, je pense que je ne suis pas loin de l’hommage pur, du maniérisme comme quand De Palma fait la scène de douche de Pulsions ou celle des escaliers dans Les Incorruptibles. C’est comme dans n’importe quel film de Cimino : on voit les scènes de Ford, ça transpire dans son style. Scorsese, Tarantino ou Paul Thomas Anderson sont dans ce même esprit, ce sont des cinéphiles avant d’être des metteurs en scène, ils aiment avant de créer. Je me considère aussi avant tout comme un éternel amateur face aux grands maîtres, que ce soit dans le cinéma ou la littérature, et j’ai donc envie de leur rendre hommage quand j’écris. Pour le coup, j’ai poussé le détail jusqu’à reproduire la mise en page des Rivages Noir de l’époque pour les numéros de chapitres et les dates. Pour moi ça marche comme une madeleine de Proust, ça évoque instantanément les Ellroy que je lisais gamin.

De même, ton emploi de nombreux dialogues, et du « flux de conscience », dans ton dernier roman, pour nous faire entrer dans la tête de Prigent est une technique plus anglo-saxonne que française, me semble-t-il, telle que David Peace pourrait l’utiliser. Penses-tu que ton style a évolué au fil des années et qu’il a été marqué par la littérature anglaise et américaine ?

Peace est mon autre grande influence avec Ellroy. Ils partagent cette vision radicale de la focalisation interne, que j’ai utilisée pour tous mes romans. Ce sont des auteurs modernes, et c’est pour ça qu’ils dénotent dans le roman noir : la plupart des auteurs de polars écrivent encore comme on écrivait au XIXème, comme si Woolf, Faulkner et Beckett n’étaient jamais passés par là. Ellroy disait qu’il faut créer une obsession chez le lecteur, la même qu’a eue le romancier pendant l’écriture. Et cette obsession c’est d’abord celle des personnages pour l’enquête, ou pour le drame qui se joue sous leurs yeux. Il n’y a rien de plus efficace qu’un style purement intérieur pour transposer l’obsession chez le lecteur. Peace pousse le concept encore plus loin qu’Ellroy en utilisant le courant de conscience, la répétition, l’écriture à l’oreille et le participe présent. J’ai pris une baffe gigantesque avec les bouquins de Peace, comme souvent avec les auteurs qui utilisent ce genre de procédés et qui impriment chez le lecteur un ressenti purement physique. Dans La Cour des Mirages j’ai d’ailleurs inséré des clins d’oeil formels à différents auteurs, notamment Bernhard et Selby. Et Peace bien sûr, via ses fameux changements de focalisation au sein d’une même phrase.

Avec Un dernier ballon pour la route, tu opères un changement de registre. On sent que tu t’es bien amusé à l’écrire. Est-ce que je me trompe si je dis que le monde que tu y décris, la France dite profonde ou périphérique et surtout ses bistrots, est un milieu qui t’est plus familier et qui a dû te demander moins de travail de recherche ?

Oui pour le coup, il n’y a aucun travail de recherche ! Et c’est un vrai bonheur quand on sort de l’écriture d’un bouquin qui a demandé énormément de documentation. C’est comme d’écrire un livre de blagues après avoir passé trois ans à turbiner sur une thèse.

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On ressent beaucoup de tendresse pour tes personnages, Freddie ou Didier, cabossés mais téméraires. Voulais-tu, à travers eux, parler des gens dont on ne parle jamais ?

Dans mes romans précédents j’avais parlé des élites corrompues, des flics, des truands, des politicards, des gens que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam. Alors pour celui-là, j’ai voulu au contraire me focaliser sur une France que je connais bien, la France d’en bas, le peuple des bars, les bouseux, les cassos, les squatteurs. Freddie et Didier m’ont été inspirés pour l’essentiel de gens que j’ai bien connus, ou alors croisés dans des rades improbables. Et puis j’ai ajouté par là-dessus pas mal d’influences pour les faire gagner en relief, et là ça peut venir autant des sketches de Coluche que des bouquins de James Crumley. Les deux personnages incarnent pour moi une version bretonne et surréaliste de ce duo classique de buddies qu’on retrouve dans toute l’histoire de la fiction, des Souris et des hommes à L’Arme Fatale en passant par La Grande Vadrouille. Il y a aussi un hommage à la littérature white trash américaine, celle de Caldwell, Steinbeck ou Bukowski, en passant par ses composantes noires : Charles Williams, Harry Crews, Jim Thompson entre autres.

Ton style y est très différent, proche d’un argot à la Bérurier. Est-ce un langage que tu as reproduit, à l’instar des Brèves de comptoir de Gourio, (notamment en ce qui concerne les dictons que tu mets en débuts de chapitres, tel « Gamma GT, Gamma je serai ! ») ou complètement inventé ?

Je suis né dans un monde où les gens parlent naturellement comme ça, donc j’ai simplement écrit comme je parle. Après j’ai volontairement cherché à aller plus loin en rendant hommage à la Série Noire période Duhamel et toutes ces traductions si décriées que, pour ma part, j’adore. J’ai relu pas mal de bouquins de l’époque pendant que j’écrivais, et puis j’ai revu beaucoup de films écrits par Audiard, ainsi que des Bertrand Blier pour l’ambiance.

Un dernier ballon est très cinématographique. Lancé à fond de train, c’est un road movie en super 5, avec des scènes très visuelles. Tu es titulaire d’un Master de recherche en études cinématographiques. Penses-tu que cela ait une influence sur ta façon d’écrire, de découper, monter ?

Oui, complètement. Je suis un passionné de cinéma avant d’être un passionné de littérature. Quand j’écris je vois des séquences et des plans, donc forcément la prose prend des atours très imagés, et surtout très rythmiques.

On a le droit de rêver. Si tu pouvais choisir des metteurs en scène pour réaliser les films tirés de tes romans, qui seraient-ils ?

Pour Un dernier ballon pour la route, je verrais bien Werner Herzog qui se serait avalé dix grammes de speed, avec Peckinpah au montage et des plans de coupe filmés par Tarkovski pour l’aspect poétique. Pour La cour des mirages, je crois que j’hésiterais entre un maniaque du détail comme Michael Mann, avec des plans archi léchés, et une mise en scène brute et purement physique à la Dardenne. Le tout revisité à la sauce Scorsese / Schrader période Taxi Driver pour l’aspect halluciné. Ça risque de coûter cher à la production, je suis mal barré !

benjamin dierstein (1 sur 10) crédit JEUNE ALLAIN

Photo : Jeune Allain

Tu es le fondateur de Tripalium Corp, une structure composée de plusieurs labels et organisatrice d’événements, dont le but est de « mettre en avant tout ce qui gravite autour de la techno mais qui reste en marge : expé, EBM, acid, IDM, breaks… » Peux-tu nous parler des artistes que tu défends ? Et de la musique que tu écoutes ?

J’ai à peu près le même rapport avec la musique qu’avec la littérature ou le cinéma : j’aime ce qui tend vers le formalisme pur, mais qui en même temps reste fortement accessible et a pour but de divertir, et, in fine, de mettre une grosse claque dans la gueule. J’attends de la musique qu’elle me fasse danser, rire ou pleurer, je cherche clairement le rapport physique. J’écoute beaucoup de musiques électroniques violentes et sombres, mais je suis aussi un gros fan de variété française des années 70 et 80, de punk, ou de cold-wave. Sur le label, j’essaye de sortir des artistes qui ont une patte précise, qui savent se différencier de la masse incroyable de morceaux qui sortent chaque jour. Ça passe par plusieurs styles de musiques électroniques, plutôt cantonnées aux marges : des musiques souvent rapides, dures, généralement très dansantes, mais parfois aussi complètement expérimentales. Ma sélection se fait par un prisme qui est un mélange de ma culture héritée des années free-party, de ma passion pour la rythmique et de ma recherche du petit grain de folie qui est généralement pour moi le truc qui fait la vraie différence dans un morceau.

Ecris-tu en écoutant de la musique ?

Non je ne peux pas, ça me déconcentre. J’écris à l’oreille, en donnant une importance primordiale au rythme, donc si je mettais un disque en même temps ça me donnerait l’impression d’écouter un mix foiré ! Pour Un dernier ballon pour la route, je me suis plus attaché à un travail littéraire classique de recherche de la formulation parfaite, avec ce souci de la métaphore permanente. Donc là j’aurais pu éventuellement écouter de la musique en même temps. Mais pour La cour des mirages, c’est tout le contraire : j’ai écrit chaque phrase directement, sans chercher mes mots, dans l’idée d’arriver à une forme d’écriture automatique, hypnotique, purement orale. Ensuite je suis repassé dessus en créant des coupes, et j’ai plaqué un rythme musical sur la plupart des séquences. Sur plusieurs passages par exemple, j’ai compté le nombre de syllabes entre chaque virgule pour créer un tempo précis, comme dans la poésie. Sur l’ensemble du roman, il y a une forme de cadence avec des syncopes et des effets de montée. J’ai essayé de faire de la techno expérimentale, mais en bouquin !

Tripalium désigne un instrument de torture pour punir les esclaves rebelles et est reconnu à l’origine du mot « travail » en français. Ta façon de gagner ta vie (écrire et diriger un label), est-elle synonyme de liberté ?

La liberté n’est pas tant de vivre de ce qu’on aime, que d’accepter de vivre de ce qu’on aime. C’est-à-dire avec pas grand-chose. La liberté pour moi, c’est d’abord l’acceptation de cette simplicité. J’ai évidemment de la chance de pouvoir faire ce que je veux, et je crois que ça aurait de toute façon été difficile autrement parce que j’ai un gros problème avec l’autorité. Je n’aime pas les chefs directifs, quels qu’ils soient, grands patrons ou simples leaders de groupuscules militants qui parlent plus forts que les autres. Je pense que l’abolition du salariat dans le privé et la redéfinition du concept de travail tel qu’on la connaît doivent être les prochains grands enjeux politiques, mais nos élites sont loin d’être prêtes à accepter de nous permettre de nous réapproprier les moyens de production…

Tu as fondé ton label à Rennes, après avoir passé plusieurs années à Paris. Que retires-tu de ton expérience parisienne ? Es-tu revenu en Bretagne parce que ta région te manquait trop ?

J’ai adoré le Paris des squats, des teufs et des clubs crados, ça a évidemment été de supers années. Mais il y a un moment, quand on lève le pied, quand on a des enfants, ça devient invivable. Trop de monde, trop d’euphorie, trop de fossé entre le Paris de la misère et le Paris fashion des modes superficielles. La Bretagne c’est ma terre, et comme beaucoup de bretons j’y suis énormément attaché. C’était une évidence de revenir ici.

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Dans tes romans, ce sont les petits qui morflent. Les élites parviennent toujours à se reproduire, parce qu’elles ont les codes, les réseaux. Tu exposes une vision très négative de la politique. A gauche comme à droite, ça magouille sec. Nous sommes à un mois et demi de la Présidentielle, quel est ton sentiment à l’égard de nos politiciens ? Vas-tu aller voter ? Le résultat du scrutin t’angoisse-t-il ?

J’ai une vision très pessimiste de la politique parce que je suis réaliste : ça fait depuis la nuit des temps que les petits se font exploiter, et ça va être de pire en pire. Le seul moyen d’éviter la catastrophe qui s’annonce, et qui a d’ailleurs largement commencé à transformer le monde, c’est soit d’accepter la décroissance, soit d’accepter le contrôle numérique de nos vies. La différence entre ces deux choix, c’est justement ma définition de la liberté. La plupart des gens ne semblent malheureusement pas encore prêts à revenir sur leurs modes de consommation, mais quand ils comprendront que l’Etat s’apprête à réguler et régir leur vie à grands coups de progrès, il y aura alors une fenêtre pour une révolution mondiale qui ne soit ni celle du numérique ni celle de la croissance verte. Sur le vote, ma pensée est plus proche de l’anarchie et de l’écologie politique (la vraie écologie, loin des théories libérales d’EELV), donc je suis forcément en désaccord total avec tous les programmes puisqu’ils prônent systématiquement la croissance. Après, il faut reconnaître que l’exaltation autour de LFI ça donne envie d’aller voter au premier tour, même si je n’aime ni leur programme productiviste ni le type derrière, qui a un melon de la taille d’une planète. Le seul qui me paraît moins con que les autres c’est Poutou, mais quitte à voter pour un programme avec lequel je suis en désaccord et qui en plus ne dépassera pas 2%, je préfère encore ne pas voter, c’est plus raccord avec mes idées !

Interview publiée New Noise n°62 – mai-juin 2022

Adrian McKinty

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Une terre si froide

1981. Irlande du nord. Sean Duffy intègre le commissariat de la petite bourgade de Carrickfergus, à quelques kilomètres de Belfast. Matty et Crabbie, deux flics de l’équipe, ne tardent à reconnaître les qualités de leur nouveau collègue, sa probité, son envie de bien faire son boulot, son obstination. Ils sont bien les seuls. Sean est catholique. Au sein du Royal Ulster Constabulary, ça fait tache. Le contexte n’est pas à l’apaisement entre les communautés. Le conflit nord-Irlandais n’a jamais fait autant de victimes. Attentats de l’IRA contre représailles sanglantes de l’UDA, voitures piégées, assassinats en pleine rue, Belfast brûle.

Quand le cadavre mutilé d’un homme est retrouvé dans un terrain vague, puis que la main coupée du mort est intervertie avec celle d’une seconde victime, Duffy se lance dans une enquête aux multiples ramifications. Les deux suppliciés étaient homosexuels. L’un d’entre eux avait des contacts avec l’IRA. Les pistes se brouillent.

En situant son action en ce début des 80’s, au moment où les Troubles en Ulster atteignent leur paroxysme, McKinty fait d’Une terre si froide un récit portant intrinsèquement les atouts d’un parfait roman noir. L’immersion dans cette Irlande écartelée, sans espoir de réconciliation, est totale bien qu’exprimée surtout en arrière fond, par des infos à la radio ou le bruit des sirènes qui ne semblent plus émouvoir les protagonistes, tant ce décor est leur quotidien. Bobby Sands est mort de sa grève de la faim et Thatcher est prête, malgré les émeutes, à laisser crever d’autres détenus, refusant de céder à leurs revendications, comme porter leurs propres vêtements ou obtenir le statut de prisonniers politiques… Lady Di va se marier bientôt… Le Pape a été victime d’un attentat… Quand ils parcourent certains quartiers catholiques de Belfast, les policiers le font en véhicules blindés et se font canarder de packs de lait, tirer dessus depuis les habitations… Leur routine est semée de périls. Elle reste une routine même si oublier de vérifier si leur voiture ne cache aucune bombe peut se révéler fatal… Les détails de leur vie courante donnent le la, font comprendre sans avoir à appuyer le trait ou se lancer dans de vastes explications.

En revenant sur cette époque des années plus tard, McKinty évite l’écueil d’un roman écrit à chaud, manichéen, trop passionné, obligé de prendre parti pour un côté ou l’autre. De même qu’en choisissant un héros flic catholique, honnête mais désabusé. De ses remarques acerbes, à l’humour vachard, naît une Irlande du nord meurtrie, empêtrée dans un conflit stérile où les acharnés de chaque bord ne sont que des brutes aux discours simplistes, plus proches de mafieux que d’idéalistes, qui rançonnent les populations et sèment le chaos. Le recul du temps fait mesurer le chemin parcouru. Les combats ont cessé même si l’accalmie demeure fragile. L’homophobie a reculé. L’opprobre n’est plus jeté sur les filles-mères…

A condition de n’être ni un disciple de l’IRA, ni un unioniste bas du front, Une terre si froide permet de prendre le pouls d’une société prise en étau, d’en souligner les dérives, et de compter combien de morts ont été injustes et vaines.

Une terre si froide / Adrian McKinty. trad. de Florence Vuarnesson. Stock (La cosmopolite noire), 2013

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Dans la rue j’entends les sirènes

Le sergent Sean Duffy est de retour. S’il revient affublé de l’étiquette de « héros » pour avoir survécu à l’attentat qui a failli lui coûter la vie à la fin d’Une terre si froide, s’il est un peu plus cabossé au départ de cette deuxième enquête, pour le reste, rien n’a vraiment changé. Un an sépare les deux aventures et l’Irlande du nord est toujours à feu et à sang. Les bombes continuent d’exploser aveuglément, posées par les paramilitaires des deux bords. Les fresques représentant les idoles de l’IRA ou de l’UDA recouvrent encore les murs des quartiers catholiques ou protestants. Le centre de Belfast reste bouclé, on n’y pénètre qu’après avoir été fouillé, reniflé par des chiens policiers. Les flics n’ont pas posé leurs tenues anti-émeutes lorsqu’ils veulent parcourir certains quartiers de l’ouest de la capitale.

En Ulster, seulement 10% des crimes sont résolus. Les témoins refusent de parler. Dénoncer signifie mourir. Pas facile, dans ces conditions, de faire correctement son boulot de flic. Sean, qui n’a pas gagné en joie de vivre, conserve néanmoins son sens de l’humour et de l’honneur. Le torse d’un homme retrouvé dans une valise le fait se lancer sur les traces du mort, qu’il découvre américain, ancien militaire, tatoué.

McKinty poursuit sa déclaration d’amour/haine envers le pays dont il s’est exilé depuis le début des 90’s. La guerre civile sanglante en a chassé d’autres que lui, contrairement à son personnage récurrent, qui tient à rester, trop fataliste ou trop romantique pour s’en échapper. Ses répliques cinglantes (et hilarantes) disent tout le mal qu’il pense de ses compatriotes. Elles sont de bonne guerre, vu le contexte. En 1982, la guerre des Malouines vient d’être déclarée et les troupes sont envoyées au front, réduisant le nombre de policiers sur place, compliquant leur travail. Le chômage est à son plus haut niveau et les populations sont enclines à accepter les cadeaux des paramilitaires (viande offerte par la CEE, protection…) contre leur silence. L’enquête piétine. Entre deux Guinness au pub, l’écoute d’un vieux titre des Ramones ou d’un opéra de Verdi, entre deux interrogatoires inutiles, Sean S’ennuie. Sans ennuyer le lecteur. Du grand art.

Les tensions entre les différentes administrations, les rapports de force entre les factions en place sont des freins. Il y a de la lenteur, de la vérité dans l’attente. Pas d’internet. Pas d’experts scientifiques omniscients. Et puis, d’un coup, l’adrénaline, l’accélération qui crée du rythme, jusqu’au dénouement.

Dans la rue j’entends les sirènes / Adrian McKinty. traduit d’Eric Moreau. Stock (La cosmopolite noire), 2013

cherche

Ne me cherche pas demain

Sean Duffy vient d’être réintégré à son poste de flic au sein de la police royale d’Ulster. Viré pour insubordination, ça faisait quelques mois qu’il occupait ses journées à gamberger, à picoler. Duffy est un excellent policier, consciencieux plus que de raison, mais s’il est rappelé c’est avant tout parce que personne d’autre n’est mieux placé que lui pour remplir la dangereuse mission de retrouver Dermot McCann, artificier de génie pour l’IRA, qui vient de s’évader de prison et semble préparer un attentat contre Thatcher. Sean et Dermot sont en effet d’anciens camarades de classe et se connaissent bien.

La traque commence, passionnante, sans temps mort, sans effets de manche, crédible jusqu’au bout. McKinty a du talent. Son Duffy a du panache, de la repartie, du cynisme à revendre. Dans l’Irlande du nord de 1983, à quelques encablures de Belfast, il y a de quoi être désabusé. Engins explosifs qui pulvérisent des passants, règlements de compte entre groupuscules paramilitaires, l’Ulster est à feu et à sang et la violence est une routine. Dans ce contexte, Duffy est un personnage à part. Catholique au milieu de collègues protestants, il n’a que faire des atermoiements et revendications des uns ou des autres. Philosophe quant à la résolution du conflit qui embrase son bout de terre, seule son enquête compte.

Celle-ci débute dans une sphère intime, familiale, rurale. Sur les traces du terroriste, dans un village qu’il a connu jadis, Duffy se voit confronté au mystère d’une chambre close des plus audacieux. Dans le pub local, une jeune femme s’est pendue, meurtre déguisé en suicide alors que les portes de l’établissement sont fermées de l’intérieur. Les gens impliqués dans l’affaire sont des proches de Dermot, les investigations ne sont donc jamais sans rapport avec la situation politique de l’Irlande, et l’auteur distille savamment des éléments qui rappellent sans cesse l’ampleur des sanglants événements. Impossible d’oublier l’insécurité qui règne partout quand Sean, à chaque déplacement, prend soin de vérifier qu’aucune bombe n’a été placée sous sa voiture ou quand il emprunte des chemins de traverse pour passer une frontière supposée infranchissable.

Tout au long du roman, la tension est palpable, omniprésente, attisée par les déclarations d’une dame de fer incapable de compromis. La mort rôde, menace de frapper n’importe où, n’importe qui. Elle n’empêche pourtant pas, favorise même peut-être, les mots d’esprit, les gestes d’amour, les moments passés au pub entre amis fidèles.

Ne me cherche pas demain / Adrian McKinty. traduit de Laure Manceau. Actes sud (Actes noirs), 2021