Plus jamais seul de Caryl Férey

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Après Plutôt crever, et La jambe gauche de Joe Strummer, Caryl Férey signe le retour gagnant de Mc Cash, son Irlandais borgne, l’ex flic à l’âme déchiquetée et au sale caractère. Enfin gagnant… pour le lecteur, hein, parce que pour Mc Cash, c’est une autre paire de manches. Son œil manquant lui fait toujours souffrir le martyr, sa vue se dégrade et le voilà embarqué dans une sale affaire, comprendre comment et pourquoi son pote Marco a péri en mer, heurté par un cargo dans la méditerranée. Surtout qu’à bord du voilier se trouvait Angélique, son amour de toujours. Le cœur de Mc Cash, ne lui en déplaise, est grand comme la mer et gros comme une tempête. Ses émotions font des vagues et sous son bandeau de pirate perlent autant de pus que de larmes.

Plus jamais seul. Parce qu’il devra toujours veiller sur sa fille ado dont il a hérité sur le tard et apprend à aimer ? Ou « plus jamais seul avec une bastos dans la gueule », ainsi que le clame Spoke Orchestra, dont la musique rythme le roman tout du long ? Les deux, mon capitaine. Deux extrêmes et rien de mièvre. Pas de temps mort et quelques morts sur la route qui mènera Mc Cash jusqu’en Grèce.

Caryl Férey en profite pour régler son compte aux profiteurs de crise dans une diatribe assassine, un récit porté par une rage manifeste, efficace car subtile, sur fond de trafic d’êtres humains. L’injustice, le sort réservé aux femmes et aux déshérités de notre joli monde continuent d’agacer le fougueux breton et l’on retrouve les emportements féroces qui font la force de ses romans, de ses héros kamikazes à force d’être désespérés. On se bat avec le géant cyclope, on rit de ses reparties cinglantes d’ours mal léché. On est triste avec lui de l’état de notre humanité. On est surtout touchés par la grâce délicate qu’il déploie envers celle qui comptera désormais plus que tout, sa fille.

Mc Cash et Alice s’apprivoisent lentement, leurs sentiments s’affirment, au cours de promenades sur la plage sous des ciels si bas, ou de longs trajets en voiture qui ne sont pas sans rappeler la belle relation entre un homme mûr un rien foutraque et une gamine un peu perdue, une autre Alice, celle de La sirène rouge de Dantec.

Plus jamais seul / Caryl Férey. Gallimard (Série noire), 2018

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« Esteban Roz-Tagle n’avait jamais mis les pieds dans le quartier de La Victoria : il s’attendait à trouver un amoncellement de bicoques et de ruelles en terre battue où les rats étaient si familiers que les habitants les connaissaient par leur prénom. »

Caryl Férey, Condor

Comment devenir écrivain quand on vient de la grande plouquerie internationale de Caryl Férey

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On connaît Caryl Férey pour ses polars politiques, très noirs, émouvants et violents, Haka, Utu, Zulu (qui vient d’être adapté au cinéma par Jérôme Salle, avec Forest Whitaker et Orlando Bloom), ou encore Mapuche. On connaissait moins sa vie, même si on en avait eu un aperçu dans l’âge de pierre, où l’auteur revenait avec férocité et tendresse sur son enfance et sa relation tourmentée avec son frère aîné. Dans Comment devenir écrivain… Caryl Férey raconte son parcours, les embûches qu’il a croisées sur sa route, les croche-pieds qui auraient pu le faire trébucher, les amitiés qui l’ont sauvé. La découverte de la littérature sur les genoux de Mémé Marthe ; la révélation que, pour les filles tout ce qui est petit est mignon, même les garçons ; les espoirs déçus entretenus par des éditeurs peu scrupuleux… l’auteur, qui s’était juré d’être publié un jour à la Série Noire, sans jamais se départir d’un humour à toute épreuve, sans jamais tomber dans l’auto-apitoiement, nous livre des anecdotes savoureuses et décortique les étapes de sa vie qui ont fini par faire de lui un écrivain. Les inconditionnels de son oeuvre seront ravis de retrouver sa vivacité d’esprit et son écriture ciselée, les autres ne pourront qu’avoir envie de lire ses romans.

Comment devenir écrivain quand on vient de la grande plouquerie internationale / Caryl Férey. Points, 2013

Caryl Férey : anger is an energy

Deuxième interview en direct live. Tant qu’à faire, autant choisir Caryl Férey. Et quitte à se vautrer dans la facilité, le convier à une conférence, accompagné de son éditeur Aurélien Masson, animer ladite conférence – donc, parler en public – tout en orientant les questions pour que le tout finisse en un bel article dans Noise. J’ai peur de rien ! J’angoisse pas ! Et si je me coupe le doigt bien profond en lui ouvrant une bouteille de vin au déjeuner, c’est simplement pour faire genre : « T’aimes le sang, ben t’en voilà jusque dans ton assiette ». Au final, un stress partagé avec le complice flegmatique libraire David Bélair, une grève des trains, des heures de signature pour Caryl, beaucoup de rires et de vin blanc pour tout le monde. Just a perfect day.
Caryl Férey NB6 
Photos : Laurent Lagarde
Les romans de Caryl Férey sont violents comme la vie et beaux comme l’amour. Le dernier en date, Mapuche, n’échappe pas à la règle. Speed comme une déflagration punk, puissant et touchant comme du Killing Joke. Deux êtres s’aiment dans un monde d’une noirceur absolue. A travers eux, l’Histoire de l’Argentine. Le massacre des Mapuches, la dictature des généraux de 1976 à 1983 avec ses tortures, ses exécutions, ses disparus, la crise financière de 2001-2002… Lecture éprouvante. Qu’est-ce qu’on y gagne ? Juste un peu d’âme en plus.
Tu es un auteur très prolifique. Tu écris des livres pour la jeunesse, des pièces radiophoniques… Mais ton œuvre est principalement constituée de romans noirs, tous publiés à la Série Noire, chez Gallimard. Certains se passent en France, avec ta série des Mc Cash (Plutôt crever et La jambe gauche de Joe Strummer). D’autres se déroulent à l’étranger, en Nouvelle Zélande avec Haka et Utu, en Afrique du Sud avec Zulu, et récemment en Argentine avec Mapuche. Comment choisis-tu le pays sur lequel tu décides d’écrire ?

Un peu par hasard. Je n’ai pas de méthodologie, je suis plutôt spontané dans mes démarches. La Nouvelle Zélande, c’était parce que j’avais fait un tour du monde qui m’avait mené principalement en Nouvelle Zélande. Pour l’Afrique du Sud, j’avais un pote qui y était journaliste, après l’élection de Mandela, et ça m’intéressait d’aller voir ce pays post apartheid. Pour l’Argentine, c’est la première fois où j’ai fait un choix avant d’y aller. J’avais fait un peu le tour des anglo-saxons de l’hémisphère Sud, Australie, Nouvelle Zélande, Afrique du Sud. Ils se ressemblent, même s’il y a des différences, évidemment. Par contre, entre un néo-zélandais et un Argentin, c’est un peu le jour et la nuit. L’argentine, je l’ai choisie pour des raisons sociales et politiques, parce que c’est ce qui m’intéresse. Entre les grands-mères de la Place de Mai, les disparus, la crise économique de 2001-2002, toutes mes obsessions sont réunies là-dedans.

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En tant que fan des Clash, tu n’as pas eu envie d’aller faire un tour au Nicaragua ?

Je pense que l’Argentine est pour moi le début de mon immersion dans le continent Sud Américain. J’ai fait comme les colons, j’ai commencé par l’Argentine, qui est un pays vraiment très européen. Après je vais remonter le continent, aller au Chili, et m’hispaniser de plus en plus. Mon but, à la fin de ma vie, comme j’écris un bouquin tous les quatre ans, c’est d’arriver au Nicaragua, juste pour une raison, pour avoir le plus beau titre du monde, finir ma vie sur un livre qui s’appellerait : Sandinista, avec un point d’exclamation ! (Rires).

sandinista

Une fois que tu es sur place, tu fais un travail de journaliste, c’est ça ?

Je me documente, je voyage. Je ne fais pas une enquête comme si j’étais Miss Marple (Rires), c’est plutôt à la va-comme-je-te-pousse. Je me débrouille pour avoir des rendez-vous, par exemple, avec les grands-mères de la Place de Mai. Déjà, je ne voyage pas seul. Tout seul, je m’ennuie terriblement. Avant, j’amenais un pote, et souvent j’amenais Mc Cash, mon personnage de flic borgne un peu olé olé. L’original est pire que la fiction. Quand je l’amène en voyage, forcément, il y a des aventures, des aventures un peu à l’envers. Il a un bandeau sur la gueule, un peu comme un pirate, il est impressionnant, c’est un beau grand mec costaud complètement frappé, alors quand il se met un chapeau et qu’il s’habille en kaki, les petits blacks, en Afrique du Sud, ils fouettent, ils ont l’impression que c’est le retour de l’apartheid (Rires). Pour l’Argentine, comme Zulu a bien marché, on est partis à sept, Magnificent SevenIl y avait un photographe, un musicien, un sculpteur, une comédienne, un libraire pour faire la bouffe. Ça permet d’avoir des contacts. Je voulais rencontrer des travestis, des milieux interlopes. Buenos Aires, et les copains que j’ai amenés, qui sont tous plus ou moins celtes, se prêtaient à ça. On a donc eu plein de contacts dans le milieu de la nuit qui nous permettaient de rencontrer des gens, des lieux qu’on retrouve un peu dans Mapuche.

Ensuite, tu trouves la trame et les personnages qui te permettront de coller à la réalité. En l’occurrence, avec Mapuche, l’histoire de tes deux héros, Jana et Ruben, te permet de retracer, par leur origine et leur parcours, l’Histoire de l’argentine. Comment tu choisis tes personnages ?

Mes personnages me servent à parler du pays. Ruben me permet d’aborder la période autour de la dictature et ce qui s’est passé après. Les grands-mères de la Place de Mai recherchent les enfants de disparus. Sur les 30 000 disparus, il y a eu cinq cents femmes qui étaient enceintes quand elles ont été enlevées, dont les bébés sont nés en détention, puis adoptés par leurs bourreaux. Ruben est détective pour les grands-mères. Il recherche quelques salopards et les enfants de disparus.

Mapuche

C’est la première fois, d’ailleurs, dans tes romans, que ce n’est pas un flic qui mène l’enquête.

Mes amis argentins m’ont dit que je ne pouvais pas faire un bouquin en Argentine avec des héros flics. La corruption dans la police argentine est structurelle, pas conjoncturelle. Aujourd’hui encore, il y a mille morts par an dans les commissariats, c’est vraiment l’endroit à fuir.

Avec Ruben, tu redonnes une identité à ceux qui ont disparu pendant la dictature, à travers le cahier triste, passage absolument terrible.

Ce sont les témoignages que j’ai pu lire, cueillir. Malheureusement, il n’y a rien d’inventé. C’est plonger dans l’horreur. Les conditions de détention des disparus de la dictature étaient semblables à Auschwitz, pour différentes raisons. C’était nier l’humanité de l’autre. Et torture systématique. Les instructeurs nazis qui se sont réfugiés en Argentine, plus ceux de l’OAS qui avaient bien travaillé en Algérie, se sont rendu compte que ce qui faisait le plus mal sans trop se fouler, c’était l’électricité, la gégène. Le but, c’était de faire mal. Ils arrêtaient des gens pour tout et n’importe quoi. Le pire, c’était pour ceux qui ne savaient pas pourquoi ils étaient là. Les militants de gauche pouvaient se blinder psychologiquement, bloquer un truc. Quand tu ne sais pas pourquoi, tu deviens fou, de douleur et d’incompréhension. Et puis, ils violaient les femmes. Plus elles étaient belles, plus elles étaient violées. Ils donnaient des chiffres, une a eu le numéro 333. Et il y avait les vols de la mort, inventés par les Français en Algérie. Pour se débarrasser des corps, ils les jetaient à l’eau depuis des avions pour qu’ils soient bouffés par les poissons. Des fois, les courants ramenaient les corps. On a retrouvé des corps de jeunes adolescents, pieds et poings liés, avec des marques de torture. Il y avait un cumul de l’horreur.

« Les Mapuches sont 3 % de la population argentine. Au Chili et en Argentine, lors de « la conquête du désert », ils ont été abattus comme des lapins. On leur a distribué des couvertures avec la variole. Ça a été un carnage parce que les propriétaires terriens avaient besoin de grands espaces pour y mettre leurs vaches. Il y a eu 800 000 morts. Un vrai génocide. »

Et à travers Jana, qui est Mapuche, tu retraces l’Histoire de l’Argentine au moment de la colonisation.

Jana sert à parler de l’histoire des Mapuches, comment ils sont devenus des fantômes en Argentine, et aussi de la crise de 2001-2002. J’ai imaginé qu’elle débarquait à Buenos Aires pour suivre ses études à ce moment-là. Comme ça s’est beaucoup fait, et c’est le genre de trucs qui m’énerve passablement, elle est obligée de se prostituer pour payer ses études. J’en ai fait une sculptrice parce que je ne voulais pas qu’elle ressemble à Pocahontas. J’ai essayé d’éviter les clichés. Les Mapuches que j’ai rencontrés sont comme nous, entre guillemets. Ils ne sont pas en train de faire des incantations… Le regard ethnocentrique qu’on a parfois est assez pénible. Donc, elle est résolument moderne, mais elle a son passé, son passif mapuche.

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Les Mapuches, il en reste peu, en fait.

3 % de la population argentine. Mais ils sont invisibles, on ne les voit pas. Ils sont au sud Chili et sud Argentine depuis la nuit des temps. Ils ont résisté à l’invasion inca. Plus tard, au Chili, ils ont massacré 450 conquistadors, une grosse armée pour l’époque, toute en ferraille. On leur a foutu la paix pendant deux siècles, jusqu’à l’arrivée de la Remington, le fusil à répétition, vers 1880. Au Chili et en Argentine, lors de « la conquête du désert », la pampa étant le désert, comme s’il n’y avait personne dessus, ils ont été abattus comme des lapins. On leur a distribué des couvertures avec la variole. Ça a été un carnage parce que les propriétaires terriens avaient besoin de grands espaces pour y mettre leurs vaches. Il y a eu 800 000 morts. Un vrai génocide. Ils se sont réfugiés dans les contreforts des Andes, des territoires pauvres, et ont nié leur identité pendant à peu prés un siècle. En Argentine, où la corruption est partout, surtout pendant la dictature, et jusque dans les années Menem, les années 90, les multinationales se sont implantées sur leurs territoires et là, ils se sont rebellés. Heureusement, depuis Kirchner, où tout un travail a été fait pour mettre fin à l’amnistie pour les bourreaux, suite au travail des grands-mères, un humanisme s’est mis en place. Ils sont toujours dans des territoires où ils sont pauvres, paysans, sans infrastructure, ou dans les grandes banlieues quand ils sont en ville, mais ils sont reçus, écoutés par l’Etat. Au Chili, et ça sera l’objet de mon prochain bouquin, ça n’est pas la même chose. Ils sont considérés comme terroristes, toujours sous le coup de la loi Pinochet anti-terroriste. Quand un messager vient dire quelque chose à propos de la communauté, il est directement mis en taule, sans procès. Des territoires gigantesques sont vendus à des multinationales pour qu’elles viennent exploiter notamment le bois, en plantant du pin et de l’eucalyptus, en foutant en l’air toute la biodiversité… et quand ils manifestent, on leur tape dessus comme des malades.

Le personnage de Jana est né en voyant le courage des femmes de la Place de Mai ou ça faisait longtemps que tu voulais mettre une héroïne au premier plan ?

Il y a toujours des personnages féminins dans mes livres. Il se trouve que je suis très hétéro, donc il faut que je trouve une altérité féminine. C’était des seconds rôles, sans être secondaires, parce que dans le polar, les héros sont souvent des mecs. Il y a moins un imaginaire guerrier chez les femmes. Et je me suis rendu compte que je préférais écrire des scènes avec des femmes. Entre une scène avec un homme et une femme, et une scène où il y a deux mecs qui se tirent dessus, je préfère de loin une scène avec une femme. Je n’y connais rien en arme, ça ne m’intéresse pas. Les scènes de violence, de course poursuite, de fusillade, je les écris mal. C’est quoi la différence entre un pistolet et un revolver, déjà? (Rires) J’en suis là. Il faut bien qu’il y ait un peu d’action, qu’il se passe quelque chose, qu’il y ait deux, trois morts violentes, mais je préfère la violence des confrontations. Du coup, puisque j’avais envie d’écrire des scènes avec une femme, j’ai choisi une femme comme rôle principal. Déjà que vous êtes à moitié nulles, vous les femmes, puisque vous êtes payées 20 % moins cher que les mecs pour le même boulot, quitte à ce qu’elle soit opprimée, j’ai pris quelqu’un qui cumulait les handicaps, et en plus, je lui ai supprimé sa poitrine.

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« J’ai une vision très classe du rock, même si ça beugle et que ça pue la bière. »

Jana a une image rock. Merci d’avoir su créer cette image si belle, si féminine avec une veste à la Clash, un treillis, un débardeur et des Doc. Mais au-delà de son look, le rock (elle écoute Jesus Lizard) est-il pour toi un moyen de souligner sa rage ?

Très exactement. Jana est fauchée, on peut croire qu’elle n’a pas beaucoup de CD, mais Goat de Jesus Lizard lui va comme un gant. Punk, puissant, une mélodie bien particulière, accrocheur, jusqu’au boutiste, une pure énergie en somme. J’ai une vision très classe du rock, même si ça beugle et que ça pue la bière ; je n’en bois pas, rapport à l’haleine de picotin pour embrasser les filles.

Tu parlais des scènes de fusillade, alors les scènes d’amour sont plus faciles à écrire ?

Ah non ! (Rires) C’est pire encore ! C’est vraiment difficile parce que souvent c’est ridicule. « Tout à coup, son pénis s’est dressé ». Peut mieux faire (Rires). Il faut essayer de passer entre les gouttes. Déjà, pour le premier baiser, ça a été compliqué, il y a eu pas mal de frustrations, du genre : quand est-ce qu’ils vont s’embrasser ?… Mais entre le moment où ils s’embrassent et le moment où ils font la chose, il se passe un paquet de temps, et ça a été frustrant, même pour moi. C’était pour reculer l’échéance, parce que tu ne vas pas faire dix scènes non plus. C’est un moment où ils sont quand même pris dans l’action, et s’ils restent au pieu pendant trois jours, on sort du roman (Rires). Il faut trouver le bon moment, déjà pour qu’il y ait une tension, et puis il faut qu’on en voit le moins possible. Parce qu’entre la pornographie et l’érotisme, il y a l’amour. Tu les a trouvées bien, les scènes d’amour ? (Rires)

Ouais ! (Rires)

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Pour en revenir à tes personnages, à Jana et Paula, c’est consciemment que tu as créé ce duo étrange fait d’une femme sans poitrine, sans l’attribut féminin le plus visible, et d’un travesti, qui cherche à se rendre plus femme que femme ?

Oui. Quelque part, ils se complètent. Jana a un côté un peu masculin aussi, mais son côté masculin c’est plutôt de la colère, qui est vraiment mapuche, par rapport à ce qu’on leur a fait, et liée à son vécu. Mais je voulais qu’elle soit féminine, parce que personnellement, j’en suis raide dingue amoureux et je la trouve diablement sexy malgré le fait qu’elle n’ait pas de nichons. A Buenos Aires, il y a une boîte de nuit qui ouvre à six heures du mat, juste pour les afters, pour que les travestis viennent boire un coup entre elles. On y est allés et le premier trav que j’ai vu avait des couettes, une dent pétée, c’était Paula. J’étais avec ma copine, elle est venue la voir et elle lui a dit : « tu peux me demander tout ce que tu veux », et tu sentais qu’elle le pensait, tu voyais une tendresse et une détresse. Je n’ai pas besoin de passer trois mois dans le milieu des trav, en faisant des caméras cachées. Une minute avec cette personne, ça y est, j’ai mon personnage. Tellement d’humanité en si peu de temps.

Du coup, c’est Jana qui le protège, elle est beaucoup plus forte que Paula, un homme.

Lui, il cumule encore plus les handicaps. Parce que quand tu es un homme qui se déguise en femme, tu as en plus des hommes qui te tapent dessus, en te traitant de pédé et souvent en te sodomisant. Lui, il souffre de tout, mais ça ne l’empêche pas d’être humain, d’être tendre. Donc effectivement, c’est elle qui le protège.

C’est parce que Jana a en elle tous les esprits mapuches, alors que lui ne sait pas d’où il vient ?

C’est un truc sur l’identité. Quand tu n’as pas d’identité, tu es perdu. Que ce soit les travestis ou les enfants de disparus qui ne savent pas qu’ils ont été adoptés par leurs non parents, les témoignages montrent que ce sont des gens perdus, suicidaires, dépressifs. Ils ont un mal qui est non identifié. Elle, en tant que Mapuche, sait d’où elle vient, ça la rend en colère, mais l’identité mapuche est très forte.

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Quand tu écris, comment tu travailles ?

L’idéal, ce serait qu’il y ait une chaîne stéréo avec une grosse enceinte et que je te mette juste deux minutes de ce que j’écoute et tu comprendrais très vite. (Rires) Huit heures de suite, avec la musique à fond, de la drogue parfois même, quand vraiment je suis épuisé, pour me doper, comme les sportifs ! (Rires) C’est laborieux, ça prend un temps fou. On me dit : « Quatre ans pour l’écrire, quand même ! » Mais, putain, je suis à fond, moi. C’est du matin au soir, sept jours sur sept. Je me couche avec, je me réveille avec, pas de week-end, rien, pendant des années ! J’ai quelques pauses en vacances, mais en vacances avec mes potes celtes… En fait, je ne m’arrête jamais.

Tu travailles avec la musique à fond. Tu écoutes quoi ? Penses-tu que ça a une influence sur ton écriture ?

La musique, pour moi, donne le rythme. Il s’agit donc de ne rien lâcher. J’écoute du rock, c’est quand même ce que je préfère ; en trois ans d’écriture, j’ai eu le temps d’écumer pas mal de groupes mais s’il fallait garder un album, ce serait la collision de Hint-Ez3kiel, magnifique, formidable, du Morricone (qui s’inspirait de Mozart) sous 100000 volts. Mille fois en boucle.

Jana écoute Jesus Lizard, Ruben écoute Godspeed you, Ufomamutt, Barn Owl, This Morn’Omina, Lustmord, Glass, Eno, Marc Sens. Ça te permet de définir les personnages, leur état d’esprit du moment ? Tu cherches une connivence avec certains lecteurs?

Si certains lecteurs connaissent les groupes cités, tant mieux. En réalité, ces références servent à définir les tempéraments de mes personnages. Rubén n’écoute que des musiques sans paroles, une allégorie de sa vie, de son rapport avec sa mère « Abuela ».

Ruben écoute du rock, il a à peu près ton âge et du myosotis dans les yeux. Tu mets beaucoup de toi dans tes personnages, ou toute ressemblance… ?

On notera qu’il fait une tête de plus que moi, très brun et incapable de vivre avec une femme. Les petites fleurs myosotis sont là pour contrecarrer le fond anthracite de ses yeux, couleur orage, prêt à tomber sur ceux qui le côtoient – et aussi la torture qu’il a subi. La poésie face à la barbarie. Quant à l’âge, ça collait avec les fils de disparus. Mais on met forcément de soi dans nos « héros » : les miens ne sont pas mous.

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Un bouquin comme Mapuche, c’est plusieurs versions ?

Ça a été difficile, long. Dans la première version que j’ai donnée à Aurélien (Masson, directeur de la Série Noire), il y avait beaucoup trop de torture, beaucoup trop de souffrance. Dans Mapuche, il y a la torture et la poésie, il fallait faire le grand écart entre les deux. Dans la première version, il y avait quand même vachement plus de torture que de poésie. Quand j’ai donné cette version à mon éditeur, je l’ai relue sur papier en même temps que lui. A la moitié, je me suis arrêté tellement c’était pénible, sachant que la première partie était hyper light par rapport à la seconde. On s’est retrouvés pour parler des modifs à apporter et pendant trois, quatre heures, il m’a dit ce que je pressentais. Tout était là, mais tout était jeté n’importe comment, tout était de la douleur, de la torture et de la colère. Ça a duré, disons trois heures, et pendant deux heures cinquante-neuf, on a parlé de la structure, de ce qui allait, de ce qui n’allait pas, et pour moi, c’était quand même un roman d’amour. Au bout de deux heures cinquante-neuf, je lui ai demandé : « et l’histoire d’amour ? ». Il m’a répondu : « Ah ouais, ta camionneuse ? ». L’idée que Jana soit une camionneuse ! Il a les mots qu’il faut. Parce qu’une camionneuse, ça me parlait, c’était exactement là où je ne voulais pas aller. Dans ces cas-là, il faut être Nietzschéen. Quand il y a un cancer, c’est la chimio qu’il faut. Et là, il fallait tout écraser. Nietzsche dit qu’on ne construit que sur des ruines. J’aime bien Nietzsche, ça me parle. C’est pratique. Ce qui m’intéresse dans la philosophie, c’est la praticité, pas la théorie. Si tu as un gros problème dans la vie, tu repars de tout l’inverse, et tu arrives à retrouver un équilibre. Je me suis donc dit : « Applique la philosophie Nietzschéenne ».

« Le fascisme qu’ont subi les Argentins, il vient du nazisme, il vient de l’OAS française, parce qu’ils ont été instructeurs des militaires argentins. »

Tu as tout refait ?

J’ai tout foutu en l’air. Jana, il fallu l’humaniser. Ruben avait les yeux gris d’orage qui va frapper. Dès qu’il arrivait, effectivement, la foudre tombait et tout le monde était crevé après. Mais, où est la vie la-dedans ? Où est Nietzsche, où est l’amour ? Alors, je lui ai mis des petites graines de fleurs de myosotis dans les yeux. Avec l’anthracite, c’est très joli. (Rires) Jana, ça lui parle, elle devient plus aimable, plus humaine. Je suis reparti complètement de l’autre côté.

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L’écrire a été éprouvant, mais le lire aussi ! Malgré l’histoire d’amour, c’est quand même bien plombant, l’histoire de l’Argentine. On découvre tout ça à travers les yeux de personnages auxquels on s’est attachés. C’est par sadisme, que tu nous fais ça ?

Le monde est violent, et comme on est tous liés les uns aux autres, ce qui est arrivé aux Argentins pourrait nous arriver. La crise de 2001-2002 était purement financière, issue de choix faits il y a trente ans, par Reagan et Thatcher. Les Argentins l’ont payé hier, les Grecs le payent aujourd’hui et on pourrait le payer demain. Le fascisme qu’ont subi les Argentins, il vient du nazisme, il vient de l’OAS française, parce qu’ils ont été instructeurs des militaires argentins. Quand on voit les partis nazis revenir en Grèce, on croit rêver. L’argentine cumulait les pires horreurs de la politique et de l’économie. Effectivement, c’est pénible, mais parce que le sujet est pénible et qu’il y a des parties dans le monde qui sont pénibles. Je pourrais choisir le Benelux (Rires), mais à part foutre le feu aux banques, ce que je ferais volontiers…

Tu as appelé à voter Mélenchon, comme une centaine d’auteurs de polars.

Je vote plutôt écolo. Souvent, quand j’allais à l’isoloir, j’y allais avec ma fille, et je votais pour les animaux, pour avoir la cote avec ma fille (Rires). Mais bon, dans le milieu du polar, on est assez à gauche, quoi. Ceux qui sont à droite, ils ne sont plus là. Ou ils sont morts, ou on les fout dehors. (Rires) Mais gentiment, hein (Rires) S’ils sont sympas, on les garde, mais il se trouve que ces gens-là sont cons (Rires). Je n’aime pas trop les partis, mais quand mes potes m’ont demandé de soutenir Mélenchon, j’ai dit Ok. Et puis, il se trouve que je n’étais pas en France quand on a voté, et le pote à qui j’avais donné ma procuration a eu peur, alors il a voté Hollande (Rires). Donc, normalement je vote écolo, mon pote a voté Hollande et j’ai appelé à voter Mélenchon (Rires). Tout ça me ressemble bien.

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Tu parlais des auteurs dans le milieu du polar, tu te sens dans une espèce de famille ?

J’ai commencé à écrire quand j’étais ado. Mon premier bouquin édité en région était une histoire d’amour qui finissait mal. C’est toujours mon truc d’ailleurs, autrement je m’ennuie. Le deuxième était un polar un peu à la Pulp Fiction. Avec le premier, je n’ai fait aucun festival, aucune rencontre. Par contre, avec ce premier polar, j’ai fait un salon où il y avait Pouy, Daeninckx, Raynal, Dantec, ils étaient tous là. JB Pouy est venu me voir et m’a dit : « Ah, super, un jeune ! Allez, viens avec nous. Je te préviens tout de suite, ici, c’est ni dieu ni maître, donc tu ne fais pas des révérences, on n’en à rien à cirer, ici on est tous égaux, et ça se passe au bistro ». A l’époque, j’étais barman à Rennes, alors, j’ai pensé :  « tout va bien ! ». C’est assez rare, quand on commence un métier, que vos patrons viennent dire « Oh, chouette un petit jeune qui déboule ». Généralement, quand tu arrives, surtout dans le business d’aujourd’hui, c’est plutôt, « c’est qui ce connard qui va me piquer mon boulot, tiens, on va lui foutre des bâtons dans les roues ». Là, c’était tout l’inverse, et je me suis dit : « j’ai trouvé ma famille ». C’était il y a presque vingt ans. Dans notre milieu, tout le monde a envie que les bouquins des autres marchent. C’est différent quand on va dans des salons où on est mélangés, les noirs et les blancs, on va dire. Les mecs, ils regardent plutôt leur nombril, leur pile, alors si jamais tu vends plus de livres qu’eux… Des fois, c’est comique. L’autre jour, j’étais à côté d’une fille publiée aux éditions de minuit. Aux éditions de minuit, il y a des trucs bien, mais enfin, il y a aussi plein de trucs chiants. Son bouquin racontait comment elle avait mal au doigt de pied ou un truc comme ça. Le mien se passe en Nouvelle-Zélande. Alors, évidemment, je vendais plus qu’elle. Elle s’est barrée, écœurée, au bout d’une demi-heure.

Caryl Férey NB5

La vie des pauvres des pays du sud est de toute façon pire que la vie des pauvres chez nous ? C’est pour ça que la série des Mc Cash est moins politisée que tes autres romans ?

Je crois que la misère, c’est la misère. Ce n’est pas que la misère française me touche moins. Je la vois tous les jours. A Paris, tu sors de chez toi, elle est partout, dans la rue. Non, c’est plus parce que le personnage de Mc Cash est totalement apolitique, tourné sur lui-même, incapable de voir la misère des autres. La pauvreté est la même partout. En tous cas, elle est due aux mêmes raisons, des raisons de redistributions des richesses qui ne sont pas faites, ou mal faites. En Argentine, grâce aux Kirchner, ils ont commencé à redistribuer un petit peu plus. Le fric était parti à l’étranger. Les riches ont spéculé contre leur propre pays. Et au Chili, c’est pire encore. C’est ça qui me dérange. Mais surtout, la différence entre ces deux types de livres, c’est que Mapuche, Haka, Zulu...ce n’est pas du tout mon écriture naturelle, il faut que j’y repasse 4000 fois, il faut que tout soit concis, c’est découpé comme du cinéma. C’est une écriture qui, pour moi, est difficile. J’ai une écriture naturelle beaucoup plus jubilatoire, entre guillemets. Mc Cash me permet d’être plus grinçant mais surtout de me laisser aller. Il n’y a pas de plan, c’est plus au fil de l’écriture que le personnage évolue.

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J’ai pensé à Shakespeare en lisant Mapuche.

Ça c’est sympa. C’est mieux que Marc Lévy. « J’ai vachement pensé à Marc Lévy en lisant ton bouquin Et si c’était à refaire dans sept ans ? » (Rires)

Il n’y a pas de différence entre écrire un polar et écrire quelque chose de très classique ?

Shakespeare… tout le roman noir est là. Grâce aux personnages et non aux situations. L’histoire de savoir qui a tué avec quoi, le côté cluedo, c’est le minimum syndical du genre. Mais ce qui m’intéresse, au-delà de l’écriture, ce sont les personnages, leur humanité, ce qu’ils dégagent. Tous mes modèles sont des gens qui bouillonnent, pas des mous. Dans Shakespeare, ça dégomme pas mal, il y a beaucoup de morts, de trahisons, ça finit mal. Les personnages sont des gens en fin de vie. Dans beaucoup de mes livres, ils sont tous décédés à la fin, ce qui m’évite de faire une suite (Rires). Tout ce qu’ils ont vécu arrive, là, comme une sorte de cocotte minute et ça explose. Il faut qu’ils soient changés, entre le début et la fin du bouquin. Il faut qu’il y ait des émotions, des sentiments, que le lecteur soit en empathie avec ça. Le vrai voyage du lecteur dans Mapuche, c’est l’humanité. Evidemment, on découvre aussi Buenos Aires, on apprend des choses sur le pays, mais c’est surtout un voyage à travers des formes d’humanité.

« L’Art, c’est l’inutile indispensable, ce qu’il reste quand il n’y a plus rien, ma bouée de sauvetage, la colère, la beauté et la rage. »

Tu es traduit dans plusieurs pays. Tu sais quel regard les gens ont sur un auteur français comme toi ?

Ouais, généralement, ils s’en foutent complètement. (Rires) Il faut être clair. Avec Zulu, c’est cool, il y a eu dix traductions, mais ça a été un bide à peu près partout, sauf …à NEW YORK CITY ! (Rires) Et j’aurais bien voulu échanger toutes mes autres traductions contre celle-là, parce que New York, c’est la ville où j’avais toujours rêvé d’aller. Alors, un jour, mon éditeur new-yorkais me dit : « ton bouquin ne marche pas mal, est-ce que tu voudrais venir au Brooklyn Book Festival ? » J’ai dit : « oh, yes ! Yes, my dear ! ». (Rires) Ils sont marrants les amerloques. Déjà, il faut que tu parles anglais, parce qu’ils n’aiment pas les gens qui ne parlent pas leur langue, parce qu’il faut un traducteur, et qu’on perd la spontanéité. Chez nous, c’est inconcevable. Il faut dire que 99 % des livres qui se vendent aux Etats-Unis sont des livres américains. Chez nous, on est 50-50. Eux, c’est 99-1. Mais 1 pour le reste du monde. Ça situe. La France, ils savent que c’est après la mer (Rires). Alors, il faut « faire le job » (Rires). Donc, au Brooklyn Book Festival, personne ne me connaissait et il y avait de grands auteurs américains. Quand ça a été mon tour de parler, je ne leur ai dit évidemment que des conneries, c’est le but. A la fin, un pote écrivain m’a dit : « You did the job ! ». (Rires) Ils sont à côté de la plaque mais ils sont marrants.

Zulu va bientôt être tourné en film.

Normalement. Avec le cinéma, c’est toujours un peu compliqué. L’histoire est longue. J’avais fait une première version du scénario, mais comme ça devait être fait pour Vincent Cassel, il fallait tordre le scénario pour qu’il y ait un Français dans Zulu. Ce qui n’est pas forcément évident au départ. Comme le premier réalisateur n’avait fait que des comédies, Cassel a refusé. Donc, le producteur a dû trouver un autre réal, qui devait avoir déjà tourné à Hollywood, pour rassurer les amerloques. J’ai été éjecté comme scénariste. Mais ils m’ont gardé comme conseiller pour ne pas raconter trop de conneries sur l’Afrique du Sud. Et il faut que ça soit bankable. Donc, il y a Orlando Bloom, la blonde dans Le Seigneur des anneaux, et il fallait un noir, parce que dans Zulu, il y a un noir. Et les noirs, ils sont moins bankable, parce qu’ils sont noirs. Au départ, ça devait être Djimon Hounsou, le mec qui a joué dans Blood Diamond et ça devait être tourné mi juillet. Un mois avant, finalement, il a dit non, pour des histoires de pognon, sans doute. Je pense qu’on a gagné au change parce que Forest Whitaker a donné son accord. Il est plus vieux mais il est quand même meilleur acteur, parce que l’autre c’est un ancien mannequin, il sait très bien marcher. (Rires) Donc, normalement, c’est tourné début septembre. Le réalisateur, Jérôme Salle, qui a fait Largo Winch et Anthony Zimmer, m’a dit que tant qu’il n’était pas en Afrique du Sud, à Cape Town, le premier jour de tournage, avec les deux zozos, wait and see… C’est vraiment le cinéma, tu penses à Brad Pitt, et tu te retrouves avec Patrick Topaloff. (Rires)

zulu

Ruben écrit un poème à Jana. Elle est sculptrice. La littérature, la musique, l’art soulagent, même dans les périodes sombres, surtout dans les périodes sombres ?

La poésie peut paraître ringarde ; j’invite les septiques à lire René Char. Ça c’est rock. L’Art, c’est l’inutile indispensable, ce qu’il reste quand il n’y a plus rien, ma bouée de sauvetage, la colère, la beauté et la rage. Littérature ou musique, pour moi, c’est le même combat. J’ai grandi avec les Clash : l’âme de Joe est là, qui flotte…

dédicace

Interview publiée dans New Noise n°12 – septembre-octobre 2012