John King : deuxième interview

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Photo : Jaimie MacDonald
En colère, John King ? The Liberal Politics of Adolf Hitler, son dernier roman, pas encore traduit en français, est une dystopie féroce, un coup de gueule qui tabasse contre l’Union Européenne, les banques, la surveillance généralisée, l’érosion de la démocratie. La société qu’il décrit est dirigée par les bureaucrates, dans une Europe si unifiée que les pays membres s’y sont fondus. La technocratie se passe de l’avis des peuples, contrôle l’information et impose la terreur grâce aux nouvelles technologies. Heartland peut dormir tranquille. Les Bons Européens ont compris ce qui est bien pour eux. Sous leurs dômes de verre, les villes sont protégées. La climatisation est bien réglée, l’air aseptisé. Les animaux sauvages sont éradiqués. A l’extérieur, quelques zones de résistance subsistent, mais elles seront vite annexées. Ceux qui osent se rebeller, ces terroristes réactionnaires, seront sévèrement punis. Partout règnera la Nouvelle Démocratie.
John King était pour le Brexit, vous l’aurez compris, mais on aurait tort de ne voir dans son livre qu’une attaque passagère et anglo-anglaise contre L’UE. C’est un avertissement plus vaste, et durable contre les dérives de notre monde, contre une globalisation imposée qui broie les petits, contre une pensée « libérale » unique. Vision glaçante d’un futur totalitaire empruntant à Orwell son efficacité narrative, The Liberal Politics of Adolf Hitler, pénétrée d’un humour so british, est une oeuvre qui fera date.
Dans ton dernier roman, une dystopie, il n’y a plus de pays en Europe, mais un état supranational, l’Etat Uni d’Europe (l’EUE), dirigé par une élite technocratique. Les Crates, les Bureaus et les Contrôleurs sont au service du pouvoir centralisé établi à Bruxelles et Berlin. Dans cette Nouvelle Démocratie, « il n’y a plus besoin d’élections. » Les Bons Européens sont heureux de respecter les règles. Ceux qui ont des idées incorrectes, les Communs, sont considérés comme des terroristes qui doivent être éduqués et réprimés. Sur la quatrième de couverture, il est écrit : « bien que situé dans le futur, le livre parle bel et bien d’ici et maintenant. » Penses-tu réellement que les Européens vivent dans un simulacre de démocratie et que l’Union Européenne nous entraîne vers une dictature ?

Je ne pense pas qu’on en soit encore arrivé là, mais je crois fermement que la démocratie est en train de s’éroder. Au niveau national, il est clair que nos élites ont délaissé nos souverainetés au profit de Bruxelles. Il y aura toujours des gens et des organisations qui veulent contrôler la société, et tant que nous aurons facilement accès au crédit et à un bon niveau de prospérité matérielle, ça sera toujours le cas. Alors oui, je pense que l’Union Européenne pourrait devenir une dictature un jour, mais une dictature très différente de celles que nous avons vécues par le passé. On ne parle pas ici de leaders qui braillent ou de soldats qui défilent ou d’invasions éclairs à la blitzkrieg. Cela serait plus subtil et plus durable, accompli grâce à la manipulation des lois et une utilisation astucieuse d’internet, un lent processus de lavage de cerveau des populations par la réécriture de l’Histoire dissimulée sous une couche de vernis progressiste. On dit que la véritable force d’un système totalitaire se tient plus dans sa bureaucratie que dans son armée et je pense au magnifique roman de Hans Fallada, Seul dans Berlin, à la peur que ressentent les principaux personnages, à vivre dans une société où personne n’ose dire ce qu’il pense, car ils sont entourés de délateurs. J’ai toujours à l’esprit 1984 de George Orwell et son « pouvoir des prolos », où le seul espoir qui reste réside dans le peuple, dans la force potentielle des masses si seulement elles pouvaient s’unir. Dans ces livres, l’information est contrôlée, déformée. Qu’est-ce qui est vrai, et qu’est-ce qui est faux ?

La mission de l’Union Européenne, celle de créer un Etat supranational, s’est développée à travers les générations, et pendant des décennies ce coup d’Etat au ralenti s’est déroulé dans les coulisses, et quiconque a osé le remettre en question a été insulté et sali. Mais l’Union Européenne est seulement une partie de quelque chose de plus vaste qui comprend la globalisation, une gouvernance mondiale, un pouvoir toujours plus grand accordé aux banques et aux multinationales, et l’exploitation d’internet et des nouvelles technologies.

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N’y a-t-il pas une sorte de provocation dans le titre que tu as choisi, The Liberal Politics of Adolf Hitler, une sorte de provocation punk ?

Le titre est une absurdité qui reflète à quel point l’Histoire a été déformée à l’ère de cette Nouvelle Démocratie. Avec un peu de chance, les gens y réfléchiront quelques secondes plutôt que s’attarder sur son sens littéral. C’est du double langage. Du triple langage même. Je ne l’ai pas pensé comme une provocation, mais tu as raison, il y a beaucoup de connections avec le punk dans mon roman.

Comme le chantaient les Clash dans « (White Man) In Hammersmith Palais » : « If Adolf Hitler flew in today, they’d send a limousine anyway. » Si Hitler atterrissait aujourd’hui, ils lui enverraient une limousine.

Ce qui unit les Bons Européens, c’est l’uniformité, la conformité, rien d’autre que du vide. Ils pensent tous la même chose, mangent la même chose. Considères-tu que l’Union Européenne nie les spécificités, les identités des différents pays ?

Cet élément a toujours été présent dans notre société, mais il a pris de l’ampleur, est devenu plus influent, plus accepté. Dans mon roman, je pousse les choses plus loin, au point que les pensées de ces Bons Européens sont autocensurées, sont une extension du prétendu politiquement correct, ce qui peut être étouffant et destructeur, quand chaque mot ou geste peut être pris de travers. Je crois en la liberté de parole et de pensée, et je vois bien combien la liberté de parole au moins est attaquée. Si vous obéissez aux règles, vous serez récompensés… ça n’a rien de nouveau.

En ce qui concerne l’Union Européenne, ce à quoi nous assistons aujourd’hui est différent de ce qui se passera dans un an. Elle devient de plus en plus puissante et est en train de dominer les gouvernements nationaux. Elle cherche à étendre ses frontières, à construire un empire et pense à former une armée. Au bout du compte, il lui faudra homogénéiser les cultures européennes et créer une identité unique. Elle a déjà un drapeau, un hymne, une assemblée législative, une force paramilitaire. Elle aime l’idée d’un gigantesque parc à thème plein d’attractions touristiques, mais rejette les attachements locaux forts, car ils menacent le succès du Projet.

Dans l’EUE, de nouveaux règlements sont constamment promulgués, des règles que les gens ne peuvent pas comprendre ou discuter. Parce que « le changement est une bonne chose. Le changement signifie le progrès. » Les technos inventent de nouveaux mots pour créer de nouvelles idées, de nouveaux concepts absurdes. Est-il plus facile d’être obéi quand on n’est pas compris ?

Des slogans simples et réconfortants en public, des règlements compliqués et secrets dans les coulisses… C’est ainsi que la législation anti-démocratique opère sa magie. L’idée que tout changement est un bienfait convient au monde des affaires, car ça veut dire que tout doit être remplacé, ce qui signifie plus de profits. C’est la révolution perpétuelle prônée par les capitalistes, en plus d’être un outil idéal pour que les gens s’endettent et soient par là-même plus contrôlables. La vérité, c’est que certains changements sont positifs, et d’autres non, qu’on a besoin d’un équilibre, mais en ce moment on est traités de passéistes ou de nostalgiques dès qu’on cherche à préserver les choses, ou les remettre en cause. On voit bien ça à travers tous ces gadgets en constante évolution, et dans la lourdeur des règlements toujours nouveaux. Sans compter qu’à une plus grande échelle, la convoitise des terres, des biens, les privatisations conduisent au démantèlement de communautés.

Comment as-tu créé cette Novlangue, ce nouveau langage, si efficace dans ton roman ?

Je l’ai développée au fur et à mesure de l’écriture, c’est venu naturellement, en utilisant certains mots et en déformant leur sens, en ajoutant des expressions puériles, une sorte de « parlé bébé » par endroits, en poussant à l’extrême la façon dont le langage est manipulé de nos jours. ça a été très drôle à faire. Ajouter de la distorsion et du feedback tout en montant le volume, comme King Tubby ! Mais avec des mots à la place du son.

Dans le monde que tu décris, l’Histoire est réécrite. Les héros sont les unificateurs (Staline, Hitler, Merkel, Napoléon…) tandis que Churchill, par exemple, était « un alcoolique, un bandit, farouchement opposé à l’unification. Il a rejeté les progrès accomplis par des hommes tels que le Contrôleur Adolf ou le Contrôleur Joe. » Les Bons Européens sont convaincus que « l’Angleterre n’a jamais existé. C’est un mythe. » Quelle est l’importance de l’Histoire dans la construction du futur ?

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Il y a les histoires qui se transmettent à travers les familles et les communautés, et les histoires officielles. Les deux sont sujettes à la déformation, intentionnellement ou non, et nous interprétons les événements selon nos propres convictions. Mais au niveau de l’Etat, il y a d’autres facteurs en jeu. L’Histoire est essentielle dans la construction du futur, à mon avis. Ceux qui détiennent le pouvoir, les richesses et des intérêts dans l’Union Européenne ont été furieux envers ceux qui ont voté pour quitter l’UE à la suite du referendum, ici, en Grande-Bretagne. Ils ont déclaré qu’on était incultes, stupides, perdus, racistes, trop vieux. Ils ne peuvent tout simplement pas accepter la vision de l’Histoire qu’ont les gens, leur interprétation des événements et leur sens de l’identité.

Mon roman White Trash traitait des mêmes préjugés, de cette division qui existe entre ceux qui ont du pouvoir et ceux qui n’en ont pas. L’accusation selon laquelle les vieux seraient en quelque sorte égoïstes et cruels pour avoir voté en faveur du départ de l’UE est révélatrice. Ceux pour le maintien dans l’Union nous ont seriné que l’idée de quitter l’UE était passéiste, qu’elle signifiait être replié sur soi-même, mais ce n’est pas ainsi que la majorité a vu les choses. Voter pour l’indépendance était au contraire être tourné vers l’avenir, se libérer d’un système non démocratique et engager le dialogue avec le monde. Les plus âgés ont été moins effrayés que les jeunes car ils ont vu évoluer l’Union Européenne, ils connaissent son histoire et savent où elle nous entraîne. Où les jeunes ont-ils la chance d’entendre l’histoire la plus honnête ? De la bouche de leurs familles et communautés, ou de la part d’un gouvernement qui fricote avec les banques et les multinationales, une collection de carriéristes qui travaillent pour leur propre gratification ? Ces tentatives de monter les familles les unes contre les autres, de diviser les jeunes et les vieux, sont une honte.

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Une Angleterre Libre, loin d’Heartland, existe encore. Ces locaux sont considérés comme sous-éduqués et dangereux par les Bons Européens. « Les Communs ne devraient jamais être livrés à eux-mêmes. » Est-ce une version de l’élite contre le peuple?

Oui, et on constate ce phénomène au-delà de l’Angleterre, et il n’est pas nouveau. Les rois et reines du passé, qui se mariaient entre eux et contrôlaient l’Europe, ont été remplacés par un groupe international qui prêche le libéralisme sans se l’appliquer à lui-même. Ils partagent la même culture élitiste que les anciens propriétaires terriens et les vieilles familles royales, éprouvent un dégoût similaire envers les classes populaires. Je suis sûr que c’est pareil en France, en Europe, et dans le reste du monde.

A propos des rois et reines, que penses-tu de la monarchie au Royaume-Uni ? Ce système ne vous coûte-t-il pas très cher ?

Je pense que la plupart des gens ici aiment bien la reine. ça peut semblait en contradiction avec certaines autres de mes opinions, et ça l’est vraiment, mais je ne suis pas antimonarchiste et je ne voudrais pas voir ce système abrogé. Je ne me sens pas assujetti. Je considère qu’ils n’ont aucun pouvoir politique ; ils représentent une tradition et sont le point de mire de notre pays quand celui-ci est menacé. Je me moque de la monarchie dans son sens le plus vaste, cependant, les propriétaires terriens et tous les autres. La reine représente une continuité que beaucoup de gens apprécient, car elle a traversé tant de différentes époques de notre histoire moderne, et je ne sais pas ce qui arrivera quand elle mourra. La famille royale coûte très cher, mais on dit qu’ils rapportent encore plus à travers le tourisme. Les gens disent que la société serait transformée si nous n’avions plus de roi ou de reine, qu’on pourrait avoir un président comme ailleurs, mais avec qui on se retrouverait ? Tony Blair ? Nick Clegg ? Sir Bob Geldof ? Je préfère de loin Queen Elizabeth. Je suis pratiquement sûr que Johnny Rotten aime la reine, lui aussi.

Un de tes personnages, dans L’Angleterre Libre, affirme : « Le vieil accent saxon des comtés de l’est et du sud était insulté depuis des siècles par l’aristocratie francophile et latine. Les dirigeants européanisés d’avant l’époque imbécile dans laquelle nous vivions avaient alimenté un préjugé racial qui persistait toujours. » Tu penses la même chose ?

Oui. Il y a une grande division dans la langue anglaise, et dans ses accents. C’est la différence qui existe entre « baiser » et « copuler », l’un est un gros mot et l’autre du bon anglais. La monarchie et la haute société étaient souvent étrangères, internationales ; elles restaient entre elles et parlaient un langage différent des masses. Les autochtones étaient considérés comme une classe inférieure, tout comme leur culture, leurs coutumes. C’est encore vrai aujourd’hui. Les riches de ce pays ont toujours considéré que la culture européenne était plus sophistiquée, et quand une nouvelle classe moyenne émergeait, le même schéma se reproduisait parce qu’elle imitait la classe supérieure. Cela nous ramène à l’Union Européenne et la division entre les sentiments des masses et la conduite des riches et de ceux qui détiennent le pouvoir. C’est un très vieux préjugé qui perdure. C’est une vérité mise à nu dans The Liberal Politics of Adolf Hitler.

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« Voter pour quitter l’UE n’est pas une fin en soi, c’est un début. »

Selon toi, la seule façon pour les gens de retrouver leur identité, de lutter contre le mépris des élites, d’être libre, c’est de quitter l’Union Européenne ? Le Brexit ne peut pas être une fin en soi…

C’est la seule façon, et voter pour quitter l’UE n’est pas une fin en soi, c’est un début, qui nous permettra certainement de préserver notre identité. Le vote en faveur de la sortie de l’UE a été une défaite cuisante pour l’élite, mais ils sont toujours là, et il nous faut nous battre maintenant pour être sûrs d’aboutir à un véritable Brexit, car ils vont faire tout ce qu’ils peuvent pour ne pas respecter cette décision. Cela implique de quitter le marché unique et l’union douanière, et si l’on y parvient, la lutte intérieure concernera la nature de la société que nous construirons dans le futur. Cela ne change rien. Mais rester dans l’UE aurait été un désastre. Partir à moitié n’entrainerait qu’une faible amélioration.

Dans tes Villages Libres, les habitants sont quasiment auto-suffisants. Des valeurs comme la solidarité, l’amitié, le respect des anciens, ne sont pas des vains mots. Le localisme est-il la solution ?

The Liberal Politics of Adolf Hitler est un roman écolo. Tout y est question de localisme. La décentralisation du pouvoir. Les gens qui travaillent les uns pour les autres, au-delà de motivations pécuniaires.

Puisque les pays n’existent plus dans l’EUE, et que tes rebelles se battent pour la défense de la nation anglaise, le localisme est-il une forme de patriotisme dans ton roman ?

J’ai tenté de lier localisme et patriotisme, parce qu’ils sont la même chose d’une certaine façon, même s’ils s’expriment différemment. ça peut sembler une provocation aux yeux de certains, surtout dans les cercles écolos, de gauche et progressistes, car afficher son patriotisme est toujours vu comme un truc de droite, comme le mal absolu. C’est très bien que les gens soient prudents avec cette notion, mais cette réaction peut aussi être très sectaire en soi. En soulignant ce qu’ils ont en commun, il est possible de rapprocher les gens. Alors oui, le patriotisme s’apparente au localisme et le localisme peut être patriotique.

Durant la campagne pour le referendum, ceux qui étaient pour quitter l’UE ont été accusés de racisme, ce qui t’a mis très en colère. Tu as utilisé la formule dans ton roman. Les Communs sont censés être racistes, et « les racistes remettent en question la centralisation du pouvoir. » Tu nous expliques ?

C’est très facile de traiter quelqu’un de raciste ou de fasciste pour couper court au débat. Il y a des racistes qui ont voté pour quitter l’UE, comme il y a des racistes qui ont voté pour y rester, j’en suis certain. La focalisation des médias sur l’immigration a été une façon de ne pas aborder les questions primordiales. L’autre sujet abordé dans « le débat » a été le commerce. Point barre. Il n’y a quasiment pas eu de discussion sur la direction prise par l’UE. C’est devenu un spectacle télévisuel avec des politiciens se gueulant les uns sur les autres. Pour moi, et la plupart des gens que je connais, l’enjeu du débat a toujours été sur les notions de perte de démocratie, d’identité, sur la nature corporatiste de l’UE. Mais ces insultes, de « racisme » ou « fascisme », perdurent depuis des décennies. Ceux qui profèrent ces termes si facilement en affadissent le sens.

L’UE n’est pas coupable de tous les maux, pourtant. L’Angleterre elle-même, et tous les gouvernements qui s’y sont succédés depuis les années 80 au moins, ont affiché un beau mépris envers les classes populaires, et les prolétaires ont beaucoup souffert avec les lois sur le National Health Service, le transport ferroviaire, l’éducation, les syndicats, les contrats de travail… Quand tu écris à propos de l’EUE : « L’amour débordait tant que le crédit demeurait accessible et que les profits augmentaient », n’est-ce pas une bonne définition de l’Angleterre capitaliste ?

Sans aucun doute. L’establishment britannique et l’establishment de l’UE ne peuvent être séparés. Ce sont les mêmes gens. Les gouvernements du Royaume-Uni ont cherché à transformer le NHS, à privatiser le chemin de fer et le noyau industriel, attaquer les syndicats, et c’est aussi ce que fait l’UE à une plus large échelle. L’Etat britannique nous a impliqués dans l’UE, nous y a enlisés, et a fait campagne pour que nous y restions. Il a cédé notre souveraineté et des milliards de livres venant des contribuables, il a trahi le peuple. Pour lutter contre la libéralisation du NHS et renationaliser les chemins de fer, protéger les salaires en encadrant le travail, eh bien, nous devons quitter l’UE car ses lois et directives s’opposent à de telles démarches, mais nous devons aussi changer de gouvernement. Nous gagnerions beaucoup à une nouvelle sorte de politique, et on dirait bien que c’est ce qui est en train d’arriver. On peut ne pas partager leurs idées, mais les succès du UKIP (Ndr : parti souverainiste très à droite), ou du SNP (Ndr : Scottish National Party : parti de centre gauche qui prône l’idée d’une Ecosse indépendante du Royaume-Uni dans l’UE), les changements au sein du Parti travailliste, représentent de grands bouleversements. Rejeter l’élite de Bruxelles a été pareil que rejeter l’élite britannique.

L’élite d’un pays n’inclut-elle pas aussi les intellectuels, les auteurs, les scientifiques, les poètes…? Ces gens-là sont-ils à rejeter comme ceux qui ont l’argent et le pouvoir ?

Cela dépend vraiment des définitions qu’on en a, et le terme est tendancieux, selon que l’on associe ou non élite à élitisme. Mais ces gens que tu mentionnes devraient vraiment être mis à part. On peut espérer, au contraire, que les écrivains, les poètes et les philosophes soient le plus éloignés possible de l’élite, pour qu’ils puissent se poser les bonnes questions. Mais il existe un mécanisme qui consiste à prendre des gens dans tel ou tel domaine, et les contrôler en leur offrant des récompenses financières et des honneurs. Pas tant en ce qui concerne la science, mais la culture. Les universités sont là pour canaliser la pensée, la contrôler et la réorienter, pour qu’elle se fonde dans l’élite. Si vous obéissez, si vous vous conformez, la vie est beaucoup plus facile.

Qui décide qui est le meilleur dans sa discipline ? Il y a des canons en littérature, par exemple, mais ils sont définis par une classe professionnelle qui impose ses règles, et même sa censure. Cependant, on ne devrait pas rejeter quelqu’un sous prétexte de sa naissance ou de sa fortune, mais écouter ce qu’il dit et chercher à comprendre ce en quoi il croit. Vous pouvez être issu de l’élite, et vous rebeller quand même. Faut être juste.

L’union Européenne n’était-elle pas une belle idée, au départ ? Son but n’était-il pas d’unir les peuples et d’arrêter les guerres ? Si non, pourquoi l’ont-ils faite ? Et pourquoi l’élite demeure-t-elle toujours très attachée à cette idée ?

L’idée de créer un Etat supranational européen date de bien avant la seconde guerre mondiale, même si le besoin de stopper de futurs conflits entre l’Allemagne et la France a été vraiment déterminant. Mais ce sont l’armée américaine et l’OTAN qui ont préservé la paix. C’est peut-être pour cette raison que tant de gouvernements européens en veulent aux Etats-Unis depuis. Il en va de même pour la Grande-Bretagne et la Russie. Faites une faveur à quelqu’un, et il ne vous le pardonnera jamais…

Il y a eu des idéalistes impliqués dans la formation de l’UE, je ne nierai jamais cela, et il y en a encore, mais en tant que personne qui refuse que l’Angleterre et la Grande-Bretagne soient divisées et ne soient plus que des régions d’un empire européen, je la rejette, et je la rejette aussi pour ses tendances politiques.

Il existe un autre argument qui dit que l’UE a été créée pour limiter les acquis sociaux obtenus à la fin de la seconde guerre mondiale, pour protéger le capitalisme et les élites occidentales. D’autres encore prétendent qu’elle a des fondements fascistes. Les Nazis étaient plus des suprématistes blancs que des nationalistes. Ils voulaient créer un superétat européen, mais ont été vaincus par des patriotes qui se sont battus pour sauver leur culture telle qu’elle s’exprimait à travers l’Etat nation. Nous nous sommes battues pour sauver la Grande-Bretagne, la Résistance française et les Forces Françaises Libres se sont battues pour sauver la France, les Russes se sont battus pour sauver la Russie, pas le communisme. Ils l’ont même appelée la Grande Guerre Patriotique. Il y a plein d’opinions différentes au sujet des origines de l’UE, et c’est pas mal d’y réfléchir.

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photo : Jaimie MacDonald
Dans ton roman, tous les Bons Européens partagent la même culture, une sorte de culture remixée et édulcorée. Ils écoutent des versions soft d’Abba, des Rubettes ou Jean Rotten. Les versions physiques, matérielles des livres et des disques sont interdites. La technologie, et notamment la numérisation, sont-elles dangereuses?

La technologie n’est pas dangereuse, mais l’utilisation qu’on en fait peut l’être. Dans le livre, la numérisation a été imposée comme moyen de contrôle social. Les humains ont développé des façons de faire passer l’information aux générations futures, ont tenté de vaincre la mort et le temps, de partager leur expérience et leur savoir, mais les versions numériques des livres, des films, des photos ou de l’Histoire existent uniquement dans le cyberespace. Par accident, ou intentionnellement, l’Histoire pourrait se perdre s’il n’y en avait pas d’archives physiques.

Publier des livres, physiques, et défendre la littérature anglaise, est-ce pour cela que tu as fondé London Books, ta maison d’édition ?

On a commencé London Books parce qu’il y avait tous ces vieux romans qui méritaient d’être publiés, selon nous. J’ai essayé d’y intéresser des éditeurs, et comme ils n’ont eu aucune réaction, on a décidé de les sortir nous-mêmes dans la collection London Classics. Je m’occupe de cette collection et notre but est de produire une série de romans qui sont le reflet d’une littérature oubliée, et rejetée, une littérature consciente socialement, et qui prend ses racines dans et autour du prolétariat londonien. C’est une autre vision de la ville. Si on avait plus d’argent, on aimerait publier plus de littérature contemporaine, donner leur chance à des auteurs émergents issus de la population dans son ensemble, mais nous sommes une petite maison, et nous gagnons notre vie en tant qu’auteurs, alors nous progressons très lentement. Nous voulons représenter une autre tradition, un pan de la littérature anglaise qui a été marginalisée.

Dans The Liberal Politics of Adolf Hitler, l’internet est devenu l’InterZone, un gigantesque réseau social où tout le monde partage la même information au même moment. L’internet n’est-il pas aussi un vaste espace de liberté et de démocratie ?

L’internet est un miracle de la science, où chacun peut, en théorie, contourner les régulateurs. Mais il y a des aspects négatifs. Je pense que c’est simplement une question de temps avant qu’il ne soit taxé et gagné par la surveillance intrusive. C’est déjà le cas, comme on le sait, et si on associe à l’internet une image décontractée, jeans et baskets, les compagnies qui le dirigent brassent des milliards de dollars.

Peut-être faut-il distinguer deux domaines : les opinions et l’information. Toute opinion imaginable peut s’exprimer, mais avec les followers de Twitter et les amis de Facebook, avoir un point de vue différent peut mener à se faire insulter d’une manière qui n’arriverait jamais dans la vie réelle. Des individus peuvent être détruits, et pas seulement par des trolls. Les gens ont peur de dire ce qu’ils pensent. Ainsi, on est plus connectés, et d’une certaine façon plus limités.

Quant à l’information, comment savoir ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas ? Des histoires peuvent être inventées, mises en circulation et considérées comme la vérité. Il semblerait que cela se soit passé sur une large échelle pendant les élections américaines. Je me suis emparé de cette idée dans The Liberal Politics of Adolf Hitler, pour montrer une société où les points de vue officiels sont pris pour argent comptant et où tout type d’argumentation est éliminé sous la pression des autres et le besoin d’auto-préservation de chacun.

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« L’intimité était suspecte. » La technologie permet une effrayante surveillance. La terreur est diffuse mais réelle. Tout le monde épie tout le monde. N’importe qui peut être un délateur et appeler les unités Cool ou Hardcore. (Et si je me souviens bien, Londres a été une des premières grandes villes à installer des caméras.) Penses-tu que les gens sont prêts à sacrifier leur liberté au profit de leur sécurité ?

L’idée que les caméras de surveillance puissent arrêter le crime, ou au moins localiser les criminels, est très attrayante. Je pense que la plupart des gens ont tendance à accepter ça comme étant une bonne chose. Mais il faut qu’il y ait une limite. Dès qu’on accepte les caméras, les limites sont dépassées, et c’est encore plus sournois et intrusif avec les ordinateurs et les téléphones portables. ça a conduit à un changement des mentalités. Les gens sont filmés, embarrassés, humiliés sur internet. Ils sont de plus en plus suivis, surveillés à travers leurs appareils. L’intimité n’est plus respectée comme elle l’était auparavant, il y a des espions, des délateurs partout, qui n’attendent qu’à propager des ragots, qu’à dénoncer les gens pour les plus insignifiants des « crimes ». ça devient de plus en plus mesquin. Bientôt, il n’y aura plus nulle part où se cacher, et ça pourrait devenir aussi grave que la privation de sommeil, qui sait. Les gens ont besoin d’intimité, de garder un peu de leurs secrets, ils ne peuvent pas être sur leurs gardes toutes les secondes de leur vie. Sinon, ils vont devenir dingues. Est-ce qu’on peut fonctionner en tant qu’individus si on ne peut jamais se détendre ? On a besoin d’intimité.

Les gens ne se complaisent-ils pas dans une forme de servitude volontaire ? Personne ne nous force à aller au Starbucks ou au MacDo plutôt qu’au pub (dans le roman, les Bons Européens vont au Tenderburger manger du panda). On ne nous oblige pas à acheter le dernier objet connecté ou à regarder des programmes télé débiles.

La plupart d’entre nous veulent une vie facile. Les dictateurs du futur sauront exploiter cette faille, j’en suis certain. Pourquoi faire souffrir les gens et les forcer à lutter contre vous ? Les leaders modernes ne seront pas des idéologues comme l’étaient Hitler et Staline. Les gens voudront les jouets et accepteront d’en payer le prix. Une version remixée de « Sixteen Tons » de Tennessee Ernie Ford (Ndr : chanson américaine de 1955 qui parle des conditions de vie des mineurs de fond, payés en bons d’achat utilisables uniquement dans les magasins de la compagnie qui les employait) sera la musique d’ambiance de tous les centres commerciaux du monde. Plus de souffrance physique mais une pression énorme pour continuer à trimer.

« Regarde ce qui se passe dans le monde, nous sommes capables de justifier les pires crimes. Nous pensons tous avoir raison. Les humains sont aveugles et destructeurs. Plus vite nous disparaîtrons, mieux ce sera pour la planète. »

Rupert, ton personnage de bureaucrate, est une sorte de libertarien. En tant que Bon Européen, il est encouragé à être cruel envers les animaux, à avoir des relations avec des femmes africaines, déportées et éduquées pour son plaisir sexuel. Il n’y a plus de valeurs « morales » dans l’EUE. Ceux qui ont le pouvoir peuvent faire ce qu’ils veulent. Sont-ils encore humains ?

Ils sont humains. Les humains peuvent tout justifier pour excuser leur comportement. C’est ce que fait Rupert en ce qui concerne les animaux et les femmes. Mais il est soutenu par ceux qui l’entourent, ce qui est essentiel. Il se voit lui-même comme étant très moral, bien plus que les Communs. Mais les questions morales sont différentes selon les gens, les sociétés, non ? Les exemples de cruauté envers les animaux et d’exploitation féminine sont cachés derrière l’étiquette « liberté de choix », et encore une fois, c’est ce qui se passe de nos jours. Ces carriéristes du futur ne font que pousser un peu plus loin ce que nous faisons aujourd’hui. Il y a des gens, ici, en Grande-Bretagne, et sûrement ailleurs, qui veulent montrer le mécanisme de l’abattage des animaux, afin d’être « honnêtes » sur la provenance de la viande, pour ensuite justifier le massacre comme étant « humain » et « nécessaire », et surtout comme étant un libre choix – un libre choix que nous faisons. C’est la même chose en ce qui concerne la prostitution et la pornographie. Ces gens-là pensent être de grands moralistes. Regarde ce qui se passe dans le monde, nous sommes capables de justifier les pires crimes. Nous pensons tous avoir raison. Les humains sont aveugles et destructeurs. Plus vite nous disparaîtrons, mieux ce sera pour la planète.

Il y a de nombreuses références à trois romans majeurs dans The Liberal Politics of Adolf Hitler, 1984 de George Orwell, Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley et Fahrenheit 451 de Ray Bradbury. Voulais-tu leur rendre hommage ou penses-tu que la fiction est plus efficace que le pamphlet comme lanceur d’alerte ?

La fiction est une excellente façon de faire passer des idées car elle offre une liberté impossible ailleurs. A certains égards, The Liberal Politics of Adolf Hitler est un hommage à ces auteurs. Les livres que tu cites m’ont beaucoup inspiré quand je les ai lus la première fois, mais plus que tout, je trouve qu’ils reflètent la plupart des choses qui se passent aujourd’hui. La technologie est différente, et aucun d’entre eux n’avait prédit l’internet et la numérisation, et c’est peut-être la raison pour laquelle ils sont un peu oubliés maintenant, et pourtant le double langage orwellien, la manipulation génétique chez Huxley et la destruction par le feu des livres et des idées chez Bradbury sont des trouvailles toutes parfaitement pertinentes en 2016.

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The Liberal Politics of Adolf Hitler est très proche de 1984 dans sa narration (il est écrit au passé, les personnages personnifient leur fonction, il y a création d’une Novlangue, d’un univers effrayant), mais j’y vois plus d’ironie. Contrôleur Horace est très cynique et parfois très drôle, comme lorsqu’il affirme que « le meilleur Européen était ennuyeux, et conventionnel, et prêt à obéir à n’importe quel ordre. » Ton livre est moins désespéré, non ?

J’ai beaucoup ri en écrivant ce roman, souvent en jouant avec le langage, en montrant les aveuglements dont sont victimes des personnages comme Contrôleur Horace ou Rupert Ronsberger, et le reconditionnement de la culture m’a donné de bonnes raisons de rigoler aussi. J’espère que les gens saisiront l’humour. Alors oui, il est moins désespéré, il emprunte plus à la satire par moments.

Je suppose que c’est le reflet des époques différentes. Orwell l’a écrit peu de temps après la fin de la seconde guerre mondiale, et le monde qu’il a imaginé est enraciné dans cette horreur, alors que The Liberal Politics of Adolf Hitler reflète la vie en 2016, qui est beaucoup plus facile. Ceux qui veulent nous priver de nos droits sont plus susceptibles d’être sans nom et sans visage, leurs actions nous sont promues comme des avancées morales, et il est facile d’accepter leur propagande. Peut-être que la vérité est trop dure à admettre. Le parallèle peut être fait avec le refus des gens de se confronter à la réalité de l’industrie de la viande.

En lisant les descriptions des villes de l’EUE, j’avais l’impression d’être dans le Village du Prisonnier de Patrick McGoohan. Tout est lisse, propre. Tout semble parfait mais vous ne pouvez pas vous échapper et vous ne savez pas pourquoi vous êtes là. Tu aimais cette série télé ?

J’étais très jeune quand elle est passée la première fois, mais j’ai vu des épisodes depuis et je vois bien quelles comparaisons on peut faire, la psychologie, la folie, quelque chose de kafkaïen. Mais j’avais plus en tête Metropolis ou le Truman Show, avec les dômes de la Potzdamer Platz agrandis pour créer les Portes de l’est. Avec un monde à la Orange mécanique juste là, dehors. J’aurais pu y ajouter la tour Trump comme image de la Tour Nacrée (Ndr : Contrôleur Horace vit au sommet de la Tour Nacrée, dans un appartement de grand luxe, à Bruxelles) après les élections américaines.

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Comment ton livre a-t-il été perçu en Angleterre ? Tu étais pour le Brexit, mais très éloigné des idées du UKIP sous bien des aspects. N’as-tu pas craint les amalgames ?

Je pense que Nigel Farage et le UKIP ont raison à propos de l’UE. Sans eux, il n’y aurait pas eu de referendum et ça aurait été un désastre pour la Grande-Bretagne. Mais je ne suis pas d’accord avec eux au sujet de la politique intérieure et de leur attention excessive portée à l’immigration. Je n’ai pas peur des amalgames. Il y a des personnes de tous les partis qui ont voté pour quitter l’UE, dont un nombre conséquent de socialistes et d’anarchistes. Le vote pour l’indépendance a traversé les courants. J’ai le sentiment que si le scrutin se tenait demain, la victoire serait encore plus écrasante. Peu de ceux qui ont voté pour le maintien sont pro-UE. Beaucoup ont été influencés par la peur d’un effondrement économique, qui ne s’est pas produit, ou éprouvaient un malaise face à cette focalisation sur l’immigration. Malgré les mensonges du gouvernement, le pays n’est pas divisé.

Je sais que le futur n’est pas écrit, mais ne te fait-il pas du tout peur ? Tu as une confiance absolue en la sagesse de ton peuple ?

J’ai moins peur que si on avait voté pour rester dans l’UE. Si on avait choisi de se maintenir, on aurait légué de plus en plus de pouvoir à Bruxelles, on aurait gaspillé beaucoup d’argent là-dedans, et au final, on aurait fini par passer à l’euro. Je ne veux pas assister à la dissolution de l’Angleterre et de la Grande-Bretagne, et c’est ce qu’il se serait passé en fin de compte – et c’est toujours possible, l’establishment ici fera tout son possible pour ne pas respecter le vote. Je n’ai aucune confiance en notre classe politique pour donner suite au referendum.

Nous avons beaucoup de chance de ne pas faire partie de la monnaie unique. ça signifie que nous pouvons partir relativement facilement. Ce qui n’est pas le cas pour ceux qui sont dans la zone euro. La plupart des gens avec qui j’ai discuté sur le continent ont l’air d’être assommés, comme s’ils avaient laissé tomber. C’est l’impression que j’ai ressentie en parlant avec des amis en France, Grèce, Croatie, Allemagne. Quand la France se rebellera, parce que je suis sûre qu’elle le fera, elle devra affronter de gros problèmes, auxquels nous n’avons pas à faire face. J’ai plus peur pour les Français ou les Grecs que pour les Britanniques.

Dans ton Angleterre Libre, les gens lisent et écoutent du punk rock, ils vont au pub, ils chantent et boivent ensemble, ils ne mangent pas d’animaux et sont proches de la nature, ils sont non-violents mais résistent, ils ont des émotions. Si Heartland est ton enfer, est-ce que l’Angleterre Libre est ton paradis, ton utopie (si l’on excepte qu’ils vivent dans la peur) ? As-tu peur que ce paradis, cette Angleterre que tu aimes, ne soit en train de mourir ? Es-tu mélancolique par anticipation ?

Je ne pense pas qu’une société utopique soit possible, mais je suppose que j’en ai créé une version personnelle d’une certaine façon. Il y a une forme de patriotisme doux qui s’accorde bien avec une politique écologiste et le véganisme, avec des brins d’une pensée venue de l’est combinée à un paganisme local et au socialisme de la chrétienté. J’ai aussi relié les corps anarchistes du Conflit et des SousHumains au punk, et les gars du Wessex et le GB45 plus à une tradition Oï. J’aime des groupes issus de ces deux tendances, ils ont beaucoup en commun. D’aucuns désapprouveront, mais peut-être que mon cerveau fonctionne différemment.

L’Angleterre n’est pas en train de mourir. Elle évolue. Et c’est naturel. Mais c’est mieux d’évoluer selon la volonté du peuple, et de ne pas se plier aux directives des hommes d’affaires et des banquiers, des types qui, à l’autre bout du monde, considèrent Londres comme une opportunité d’investissement. La destruction de Londres et de sa culture est très triste, mais je reste optimiste. J’ai ressenti de l’exaltation alors que le soleil passait sur les toits et que le vote pour quitter l’UE était confirmé. Un frisson m’est passé sur la peau. ça a été l’un des plus beaux jours de ma vie.

Interview en partie publiée dans New Noise n°37 – janvier-février 2017

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John King : second interview (english version)

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Photo : Jaimie MacDonald
In your latest novel, a dystopia, there are no more countries in Europe, but a supranational State, the United State of Europe, run by a technocratic elite. Crats, Bureaus, Controllers are at the service of the centralised power based in Brussels and Berlin. In this New Democracy, “there is no more need for elections.” The Good Europeans are happy to respect the rules. Those who have incorrect ideas, the Commons, are considered as terrorists and must be monitored and repressed. As written on the back cover, « while set in the future, the book is very much about the here and now ». Do you really think that the Europeans live in a travesty of democracy, and that the EU is leading us to dictatorship?

I don’t think it’s that bad yet, but I do believe democracy is being eroded, and at a national level we have seen our elites transferring sovereignty to Brussels. There will always be people and organisations that want to control society, and while we have easy credit and a level of material prosperity, it would be a mistake to think this is no longer true. And so I do feel the EU could become a dictatorship one day, yes, but it would be very different to those we have seen in the past.

We are not talking about screaming leaders and marching soldiers and blitzkrieg invasions. It would be more subtle and longer lasting, achieved through the manipulation of law and a clever use of the internet, the slow brainwashing of populations as history is rewritten and a liberal veneer applied.

They say that the real strength of a totalitarian system is in its bureaucracy rather than its army, and I think of the brilliant novel Alone In Berlin, by Hans Fallada, the fear that the main characters feel, living in a society where nobody dares say what they think, as they are surrounded by informers. I always have George Orwell’s Nineteen Eighty-Four and the ‘power of the proles’ in my mind, where the only hope rests in the people, the potential strength of the masses if only they could unite. In these books, information is controlled and news distorted. What is true and what is not?

The EU’s mission to create a superstate has been played out across the generations, and for decades this slow-motion coup went on in the background, with anyone who questioned it insulted and smeared. But the EU is only a part of something bigger – globalisation, world government, the ever-increasing power of the banks and multinationals, the exploitation of the internet and new technologies.

Isn’t there a kind of provocation in the title you chose The Liberal Politics of Adolf Hitler, a kind of punk provocation?

The title is an absurdity, reflects the extent to which history has been distorted in the era of New Democracy. Hopefully people will only think about it for a few seconds before they move on from the literal meaning. It is doublespeak. Triplespeak even. Again, it matches the way language is warped in the novel. I didn’t think of it as a provocation, but you are right, and there are a lot of punk connections made in the book. As The Clash sang in White Man In Hammersmith Palais: ‘If Adolf Hitler flew in today, they’d send a limousine anyway.’

What unites the Good Europeans is uniformity, conformity, nothing but vacuum. They all think the same, eat the same. Do you consider that the EU denies the specificities, the identities of the different countries?

There has always been that element in society, but it has got bigger, become more accepted and influential. The novel takes things further, to the extent that the thoughts of these Good Europeans are self-censored, an extension of so-called political correctness, which can be stifling and destructive when language and behaviour is misunderstood. I believe in free speech and free thought, but I can see how the first of these at least is being attacked. If you obey the rules you will be rewarded… That is not new.

With regards the EU, what we see today is different to what we will see in a year’s time. It is becoming stronger, dominating national governments, looking to expand its borders, building an empire and thinking about forming an army. Eventually, it has to homogenise the cultures of Europe and create a single identity. It already has a flag, anthem, legislature, paramilitary force. It likes the idea of a giant theme-park full of tourist attractions, but does not want strong local feelings, as these threaten the success of The Project.

In the USE, new rules and regulations are constantly promulgated, rules that can’t be discussed, or understood, by the people. Because « change was good. Change meant progress ». The technos use new words to create new ideas, new absurd concepts. Is it easier to be obeyed when you’re not understood?

Simple feelgood slogans in public, complex and hidden regulations behind the scenes… Undemocratic law-making works its magic.  The idea that all change is good suits business as it means everything has to be replaced, which in turn increases profits. It is perpetual revolution for capitalists and a handy tool to force more debt and through that control on people. The truth is that some change is positive, some change is negative, and we need a balance, but at the moment people are branded backward-looking or nostalgic for trying to preserve or questions things. We see it in ever-changing gadgets and the weight of new regulations, and on a larger scale the disruption of communities through the lust for land and  property and privatisation.

How did you create that Newspeak, that new language, very efficient in your novel? Was it funny to do that?

It developed as I was writing the book, happened naturally, by using words and warping their meaning, adding some childish terms, a sort of ‘baby-talk’ in places, taking to extremes the way language is manipulated today. It was a lot of fun to do. Adding distortion and feedback and turning up the volume like King Tubby! But through words rather than sound.

In your world, History is rewritten. The heroes are the unifiers (Stalin, Hitler, Merkel, Napoleon…) whereas Churchill, for instance, was “a drunkard and a gangster, he was bitterly opposed to unification. He rejected the advances of men such as Controller Adolf and Controller Joe.” Good Europeans are convinced that “there has never been an England. It is a myth.” What’s the importance of History in the building of the future?

There are histories passed down through families and communities, and there are official histories. Both are open to distortion, whether accidental or intentional, and we interpret events according to our own beliefs, but at the state level there are other factors involved. History is essential to building the future, in my opinion. Those with power and wealth and a stake in the EU were furious at Leave voters in the aftermath of the EU referendum here in Britain. They say we are uneducated, stupid, confused, racist, too old. They just can’t accept the people’s view of history, their interpretation of events and sense of identity.

My novel White Trash looked at these same prejudices, the division between those with power and those without. The accusation that older people were somehow selfish and cruel for voting to leave the EU is revealing. The Remain campaign insisted that leaving the EU was somehow backward and inward looking, but this is not how the majority saw things. Voting for independence was all about the future, wanting to be free of an undemocratic system, looking to engage with the wider world. Older people were less afraid than the young, as they have seen the EU evolve, know its history and where it is going.

Where are the young going to hear the most honest history? From their families and communities, or from a government that is in bed with the banks and multinationals, a collection of careerists working for their own rewards? These attempts to turn families against each other, to divide young and old, is a disgrace.

A Free England, far from Heartland, still exists. These locals are seen as under-educated and dangerous by Good Europeans. « The Commons could never be left to their own devices. » Is this a version of the elite versus the people, as in true life?

Yes, and we see this beyond England, and it goes back through time. The kings and queens of the past, who intermarried and controlled Europe, have been replaced by an international set that preaches liberal values but does not live them. They share the same elitist culture of past royals and landowners, have a similar distaste for the masses. It is the same in France I am sure, and across Europe and the rest of the world.

Concerning the kings and queens, what do you think about the monarchy in the UK? doesn’t this system cost you a lot of money?

I think most people here like the queen. It might seem like a contradiction to some of my other views, and really it is, but I am not anti-monarchist and wouldn’t like to see it disbanded. I don’t feel subservient, feel they have no political power, represent a tradition and are a focal point for our country when it is being threatened. I don’t care about the wider monarchy though, the land-owners and all the rest of them.

There is a continuity many people like about the queen, as she has lived through so many stages of our modern history, but I don’t know what will happen when she dies. The royals do cost a lot of money, but the argument is that they pull in more through tourism. People say it would change society if we no longer had a king or queen, that we could have a president like other countries, but who would we get? Tony Blair? Nick Clegg? Sir Bob Geldof? I would much rather have Queen Elizabeth. I am pretty sure Johnny Rotten loves the queen as well.

One of your character in Free England says : « The old Saxon burr of the Southern and Eastern shires had been insulted for centuries by the Latin – and French-loving aristocracy, the Europeanised rulers of the pre-bubblehead days driving a racial prejudice that still persisted. » Do you feel that?

Yes. There is a big division in the English language, as well as the accents. It is the difference between ‘fuck’ and ‘copulate’ – one is a swear word and the other is ‘proper’ English. The monarchy and upper-class was often foreign / international, interbred and even spoke a different language to the masses. The natives were seen as low class and ignorant, as were their customs and culture. That is still true today.

European culture has always been prized as more sophisticated by the rich of this country, and when a new middle-class evolved it followed the pattern as they mimicked the upper-class. This brings us back to the European Union and the division between the feelings of the masses and the drives of the rich and those with power. It is a very old prejudice being replayed. Again, it is stripped bare in The Liberal Politics Of Adolf Hitler.

For you, the only way for people to recover their identity, to fight against the contempt of the elite, to be free, is to leave the EU? Brexit cannot be an end in itself…

It is not the only way, and voting to leave is not an end in itself, but it is a start, and it will certainly help us to preserve our identity. The vote to leave the EU was a major defeat for the elite, but they are still here, and the battle now is to make sure there is a proper Brexit, as they will do everything they can to not honour the decision. This involves leaving the ‘single market’ and customs union, and if we achieve this, the domestic battle will be over the nature of the society we build in the future. That never changes. But staying in the EU would have been a disaster. Half-leaving would be little better.

In your Free villages, people are quite self-sufficient. Values such as solidarity, friendship, respect of the elders are not empty words. Is localism the solution?

The Liberal Politics Of Adolf Hitler is a very green novel. It is all about localism. The decentralisation of power. People working for each other, beyond the profit motive.

As countries do not exist any more in the USE, and rebels fight for the defense of the English nation, is localism a form of patriotism in your novel?

I try to link localism and patriotism in the novel, as they are the same thing in many ways, even if expressed differently. That is maybe a provocation for some people, especially in some left-leaning and green and liberal circles, as any display of patriotism is seen as right-wing and evil. I think it is positive that people are cautious, but that reaction can also become bigoted in its own right. By seeing the common ground it is possible to bring people together. So yes, patriotism is localism and localism could be patriotic.

During the referendum campaign, people who were for leaving the EU have been accused of racism, which made you very angry. You use that formula in your book. The Commons are supposed to be racists, and « Racists questioned the centralisation of power. « Can you explain us?

It is easy to brand someone a racist or a fascist in order to shut down an argument. There are racists who voted to leave the EU, and there are racists who voted to remain I am sure, and the media focus on immigration was a way of distracting from the important issues. The other area of ‘debate’ was trade. That was it. There was hardly any discussion of where the EU is heading. It became a TV spectacle with politicians shouting at each other. For me and most people I know it has always been about the loss of democracy, identity, the corporate nature of the EU. But these ‘racist’ and ‘fascist’ smears have been around for decades.

I think those who throw the terms about so loosely are cheapening their meaning.

The EU is not to be blamed for all evils, though. England itself, and all its governments from at least the 80’s, are guilty of contempt towards its people, and proletarians suffered a lot with laws on the NHS, the railways, the education, the trade-unions, the employment contracts… When you write about the USE : « Love flowed when credit was available and profits increased », isn’t it a good definition of capitalistic Britain?

Definitely. The British establishment and the EU establishment can’t be separated. They are the same people. UK governments have looked to change the NHS, privatised the railways and other core industries, attacked the unions, and this is what the EU is doing on a larger scale. The British state took us into EU and kept us there and campaigned to remain during the referendum. It handed over sovereignty and billions of pounds of taxpayers money and betrayed the people. To fight back against the ‘liberalisation’ of the NHS and renationalise the railways, protect wages through the control of labour, well, we have to be outside the EU as it laws and directives oppose such moves, but we also need a change of government. We would benefit from a new sort of politics, and this seems to be happening. You don’t have to agree with them, but the success of the SNP and UKIP, the changes within Labour, are all big shifts. Rejecting the Brussels elite was the same as rejecting the British elite.

Doesn’t the elite of a country include also the intellectuals, the writers, the scientists, the poets…? Do those people have to be rejected like those who have the money and the power?

It’s down to definitions really, and the term is loaded, whether we are seeing the elite as elitist, but these people you mention should really be separate. If anything, you’d hope that writers and poets and philosophers are far removed from the elite, so that they can question things properly, but there is a system that takes people from these and other fields and controls them through financial rewards and honours. Not so much with science, but culture.  Universities are there to channel thought, to control and redirect it, and that in turn links into the elite – in my opinion. If you obey and fall into line, life is a lot easier.

Who decides who is the best in a specific field? There is a canon in literature, for instance, but that is decided by a professional class that imposes rules and even censorship. But we shouldn’t reject anyone for their background or their wealth, but listen to what they say and work out what they believe. You can be born into an elite, but rebel as well. We have to be fair.

Wasn’t the EU a beautiful idea at the beginning? Wasn’t its aim to unite people and stop wars?  If not, why did they build it? And why is the elite still so committed to this idea?

The idea to create a single European state goes back much further than the Second World War, though the need to stop future conflicts between Germany and France was clearly important. But it was the US military and NATO that preserved the peace. Maybe that is why so many European governments have been negative towards the US over the years. The same applies to Britain and Russia. Do someone a favour and they never forgive you…

There were idealists involved in the formation of the EU, I would never deny that, and there are now as well, but as someone who wants England and Britain to not be broken into regions of a European empire I reject it, and I also reject it for its political leanings.

There is another argument that says the EU was created to limit the social gains made after the end of the Second World War, to protect capitalism and the Western elites. Others say it has fascist foundations. The Nazis were white supremacists more than nationalists. They wanted to build a European superstate, but were defeated by patriots who fought to save their cultures as expressed through the nation state. We fought to save Britain, the French Resistance and Free French fought to save France, the Russians fought to save Russia, not communism. They call it the Great Patriotic War. There are a lot of different views on the origins of the EU, and I don’t think it is wrong to consider them.

In your novel, all the Good Europeans share the same culture, a kind of watered-down remixed culture. They listen to soft versions of Abba, The Rubbettes or Jean Rotten. Physical books or records are prohibited. Are technology and digitisation dangerous?

Technology isn’t dangerous, but the way it’s used can be. In the book, digitisation has been enforced as a means of social control. Humans evolved ways of passing information on to future generations, tried to beat death and time and share their experiences and knowledge, but digital versions of books, films, photos, history only exist in cyberspace. By accident or on purpose, history could be lost if there are no physical records.

To publish physical books and defend english literature, is that why you’ve created London Books?

We started London Books because there were these old London novels that we thought deserved to be in print, and while I tried to interest a couple of publishers, there was no reaction, and so we started to put them out ourselves under the London Classics imprint. I edit the London Classics and our aim is to produce a series that reflect a forgotten – and I believe dismissed – literature that is socially aware and for the most part based in and around working-class London. It is another view of the city. And if we had the resources we would like to print more new fiction, give a chance to emerging writers from the wider population, but we are small and our main work is as authors, so progress is very slow. We want to represent another tradition, a strand of English literature that has been marginalised.

In your novel, he internet has moved into InterZone, a large social network where everybody shares the same information at the same time. Isn’t the internet also a big space for freedom and democracy?

The internet is a miracle of science, means everyone can in theory bypass the controllers, but there are negatives, and I think it is only a matter of time before it is taxed and more intrusive surveillance is brought in. It is already happening, as we know, and while there is a casual jeans-and-trainers image applied to the internet, the companies driving it are billion-dollar concerns.

Maybe there are two areas to think about – opinions and news/information. Every opinion imaginable is out there, but with the ‘following’ of twitter and the ‘friends’ of facebook, holding a different view can see person insulted in a way that would never happen in real life. Individuals can be destroyed, and not just by trolls. People are scared to say what they think. So we are more connected, but in a way more restricted.

When it comes to information, how do we know what is true and what is not? Stories can be invented and circulated and accepted as truth, which seems to have happened on a large scale during the American election. I have taken this on in The Liberal Politics Of Adolf Hitler, shown a society where official views are accepted and any sort of argument has been removed through peer pressure and self-preservation.

« Privacy was suspect. » The technology allows a frightening surveillance. Terror is diffuse but real. Everybody is watching you, can be an informer and call the Cool or Hardcore Units. (and If I remember well, London was one of the first major cities to install security cameras). Do you think people are ready to sacrifice their freedom for their security?

There is a lot of appeal in the ability of surveillance cameras to stop crime, or at least track down those responsible, and I think most people tend to accept that as a good thing. But there has to be a limit. Once the cameras are accepted, then the boundary is pushed, and it is much more devious and intrusive inside computers and mobile phones. This has led to a change in mentality. People are filmed and embarrassed and shamed on the internet. They are increasingly tracked and monitored through their devices.

Privacy is no longer respected in the way it used to be, and there are spies and informers everywhere, waiting to tell tales, keen to brand people for the smallest of ‘crimes’. It is becoming more and more petty. Soon there will be nowhere to hide and it could be similar to sleep deprivation maybe. People need privacy and some secrecy and can’t be on guard every second of their lives. They will go mad. Can we still function as individuals if we can never relax? We need privacy.

Don’t people take pleasure in a voluntary servitude? Nobody is forced to go to Starbucks or MacDonald’s instead of pubs, or obliged to buy the latest connected gadget, or watch stupid TV programs.

Most of us like an easy life. The dictators of the future will exploit this, I am sure. Why make people suffer and force them to fight you? The modern leaders will not be ideologues in the same way as Hitler and Stalin. People will want the toys and accept the debt. A remixed version of Sixteen Tons by Tennessee Ernie Ford is going to play the shopping malls of the world. None of the physical hardship, but lots of pressure to keep working.

Rupert is a kind oh a libertarian. As a Good European, he is encouraged to be cruel with animals, to have sex with dates who come from Africa and have been deported, educated for his sexual pleasure. There are no more « moral » values in the USE. Those who have the power can do anything. Are they human anymore?

They are human, because humans can justify anything to excuse their behaviour, and that is what Rupert does when it comes to animals and dates, but he is backed up by those around him, which is essential. He sees himself as very moral, and more so than the commons, and really, people’s morals vary, don’t they, and between different societies as well. Those examples of animal cruelty and the exploitation of women are hidden behind the label ‘freedom of choice’, and again that is the same today.

These careerists of the future are only taking what we have now and moving it on. There are some people here in Britain, and probably elsewhere, who want to show the mechanics of animal slaughter, to be ‘honest’ about where meat comes from, and then to justify the killing as ‘humane’ and ‘necessary’, and above all as free choice – a free choice we make. The same applies to prostitution and pornography. They feel they are great moralists. Look across the world and we can justify the worst crimes. We all feel we are right. Humans are self-deceiving and destructive. The sooner we die out, the better for the planet.

There are lots of references to three major novels in The Liberal Politics of Adolf Hitler, George Orwell’s Nineteen Eighty-Four, Aldous Huxley’s Brave New World and Ray Bradbury’s Fahrenheit 451. Did you want to pay tribute to them or do you think that fiction is more effective than pamphlet as whistle-blower?

Fiction is a great way to get ideas across as it offers a freedom non-fiction does not. It can feel much more personal and immediate. The Liberal Politics Of Adolf Hitler is a tribute to those authors in some ways. The books you mention were inspiring when I first read them, but more than anything I feel they reflect much of what is happening today. The technology is different, as none of them predicted the internet and digitisation, and maybe they are overlooked a little now for that reason, and yet Orwellian doublespeak and Huxley’s genetic engineering and Bradbury’s burning of books and ideas are all totally relevant to 2016.

The Liberal Politics of Adolf Hitler is very near 1984 in the narration (it is written in the past, the characters embody their functions, there is a creation of a Newspeak, of a frightening world) but I see more irony in it. Controller Horace is very cynical (« The best European was boring and conventional and ready to obey every order ») and sometimes very funny. Your book is less desperate, isn’t it?

I did laugh a lot when I was writing this book, often when playing with language, showing the self-deceptions of characters such as Controller Horace and Rupert Ronsberger, but the repackaging of culture meant I could have fun there as well. I hope people get the humour, and yes, it is less desperate than Nineteen Eighty-Four, more of a satire in places.

I suppose this reflects the different eras, as Orwell was writing shortly after the end of the Second World War, and the world he imagined was rooted in that horror, while The Liberal Politics Of Adolf Hitler reflects life in 2016, which is much easier. Those who want to strip back our rights are more likely to be faceless and nameless, their actions marketed as moral advancements, and it is easy to accept the propaganda. Maybe the reality is too terrible to admit. A parallel is there in people’s refusal to confront the meat industry.

As I read the description of the cities in the USE, I felt like I was in the Village of Patrick McGoohan’s The Prisoner. Everything is clean, fine but it is impossible to escape, and you don’t know why you’re here. Did you like that television series?

I was very young when it was first shown, but I have seen episodes since and can see the comparisons, the psychology and the madness, like something from Franz Kafka. Maybe I had the likes of Metropolis and The Truman Show in my head more, the Potzdamer Platz domes in Berlin enlarged for the East Side Gates. A Clockwork Orange world just outside. I could add Trump Tower as Pearly Tower after the American election.

How has your book been received in England? You were for Brexit but far from the UKIP ideas in many ways. Didn’t you fear the confusion?

I think Nigel Farage and UKIP are right about the EU, and without them there would have been no referendum, and Britain would have faced disaster, but I don’t agree with their domestic policies or the excessive focus on immigration. I don’t fear confusion. There are people from every party who voted to leave the EU, with big numbers of socialists and anarchists among them. The independence vote crossed over. My feeling is that if the vote was held tomorrow, the victory would be much greater. Few who voted to stay in the EU are pro-EU. Many were swayed by fears of an economic collapse, which has not happened, as well as an unease over the focus on immigration. Despite establishment lies, the country does not feel divided. At least not in terms of numbers.

I know that the future is unwritten but aren’t you afraid of it? Do you have absolute confidence in your people’s wisdom?

I feel less afraid that I would have done if we had voted to stay in the EU. If we had chosen to remain we would have seen more and more power handed to Brussels, more money wasted and, in time, we would have joined the euro. I don’t want to see Britain and England dissolved, and that is what would have happened eventually – and still could, because the establishment here will do everything it can to not honour the vote. I do not trust our political class to deliver on the referendum.

We are very lucky that we are not part of the single currency as it means we can make a relatively easy break. The same cannot be said for those in the eurozone. Most people I have spoken to on the continent seem crushed, as if they have given up. This is my impression talking to friends from France, Greece, Croatia, Germany. When France rebels, as I believe it will, there are going to be huge problems, the sort of things have not had to face. I am more afraid for the likes of France and Greece than I am for Britain.

In your Free England, people read and listen to punk rock, they go to the pub, they sing and drink together, they don’t eat animals and are close to nature, they are non-violent but resist, they have emotions. If Heartland is your hell, is Free England your heaven, your utopia (if we except the fear they live in)? Are you scared that this heaven, the England you love, is dying? Are you melancholic in anticipation?

I don’t think a Utopian society is possible, but I suppose I have created my own version in a way. There is a gentle patriotism that fits with green politics and veganism and strands of Eastern thought combined with a native paganism and the socialism of Christianity. I have punk links in the anarchist bodies Conflict and the Subhumans, while the Wessex Boys and GB45 follow the Oi Oi tradition. I like bands from both these areas, feel they have a great deal in common. Others won’t agree, but maybe my brain is wired up differently.

England isn’t dying. It is evolving. Which is natural. But it is better evolving from the people up, not have its direction shaped by businessmen and bankers, people from the other side of the globe who see London as nothing more than an investment opportunity. The destruction of London and its culture is very sad, but I am an optimist. I was elated as the sun came up over the rooftops and the vote to leave the EU was confirmed. My skin tingled. It was one of the happiest days of my life.

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Interview published in New Noise n°37 – january-february 2017

The Liberal Politics of Adolf Hitler de John King

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Rupert Rosenberg ne se pose pas de questions, il croit et ça le rend heureux. C’est un Bureau, un Crate de niveau B-, mais il sera bientôt A-, puis A+, puis Super, et pourquoi pas un jour Contrôleur ? Il fait son job avec zèle et sa hiérarchie apprécie. Il est un maillon essentiel au développement de la Nouvelle Démocratie. Il œuvre, depuis Londres, pour l’Etat Uni d’Europe, l’EUE. Les pays n’existent plus, les Bons Européens aiment le Nouvel Ordre, les Technos font les lois et ces lois sont justes, elles visent le bonheur, à travers un marché complètement ouvert où les profits sont encouragés. L’EUE a éduqué les masses, tendrement. Il reste des zones dangereuses, insoumises où des individus n’ont pas compris encore la joie qu’ils tireraient à se plier aux règles, des zones où il demeure des degrés inacceptables d’Anglitude, de Britannité, au-delà du Mur. Là-bas, des Locaux, des Communs, des Singes, vivent dans ce qu’ils appellent des Villes Anglaises Libres qui ne sont que des Zones Réactionnaires réfractaires à la culture homogène de Heartland. Comme partout, ils seront bientôt matés, en douceur. Le travail de Rupert ? Analyser les profils de Communs, vérifier que leurs actes ou leurs pensées incorrectes ne mettent pas en péril le pouvoir chéri de Bruxelles ou de Berlin. Sur son terminal, des visages défilent. Les terroristes sont prêts à tout. Sur son ordinateur, il inspecte des fiches signalétiques. Il peut se rendre virtuellement chez les individus suspects. Au moindre doute, il envoie les unités Cool, voire Hardcore, pour de plus amples vérifications. Les brigades sont là pour appliquer la répression si besoin. Et il passe à une autre fiche. Le passé n’a pas d’intérêt, seul le Changement est bon. Le Changement signifie le Progrès. Sur son écran de veille, les portraits des grands unificateurs : Adenauer, César, Charlemagne, Napoléon, Staline, Hitler, Juncker, Merkel. Sa tâche accomplie, il peut se relâcher, aller au Tenderburger manger du kangourou, du panda, se choisir une partenaire pour la soirée, une soumise venue d’Afrique ou d’Asie, sauvée de la barbarie et gracieusement éduquée dans un camp spécial pour assouvir ses plaisirs sexuels.

Horace Starski est Contrôleur. Il habite au sommet de la Tour Monnet, à Bruxelles. Au-dessus de lui, il n’y a que le président de l’EUE. Nommé, comme lui. Pour son mérite, son implication. Les élections n’existent plus. A quoi bon ? On ne peut pas se fier au Peuple pour faire les bons choix. Et le peuple européen en est très heureux. Horace veille à ce que les lois et directives soient appliquées, à ce que les Technos en inventent toujours de nouvelles, parce non seulement le Changement est important, mais aussi la rapidité à laquelle il se produit. La Vérité est un processus qui a besoin de muter, d’émerger sous des formes continuellement renouvelées. Il fait du bon travail. Heartland peut dormir tranquille. Sous leurs dômes de verre, les villes européennes sont protégées. La climatisation est bien réglée, l’air aseptisé. Les animaux sauvages sont éradiqués. A l’extérieur, quelques zones de résistance subsistent, où les racistes remettent en question la centralisation du pouvoir, mais elles seront vite annexées. Les Bons Européens ont compris ce qui est bien pour eux. Avec leurs Paumes, ces terminaux intégrés au creux de leurs mains, ils peuvent déployer dans la seconde toute information suspecte sur l’InterZone, cet immense réseau social. Ils sont leurs propres gardiens. Everybody is watching you. Horace vit dans le luxe. Il en est digne. Il doit partir en mission à Londres. Il n’en a pas envie. Cette ville lui rappelle l’Ancienne Angleterre qu’il a contribué à détruire, elle lui rappelle un ancien amour. Parce qu’il a des souvenirs d’avant. Des souvenirs qui le rendent triste. Il n’aime pas ça.

Kenny Jackson est un Commun, il vit au-delà de la Reading Line, dans un village (encore) anglais. Ici, pas de dôme, pas de climatisation. Le froid mord les visages. Mais il y a le pub, la bière, les amis pour réchauffer les cœurs. Kenny s’est improvisé bibliothécaire. Il collecte les livres qui ont échappé à la destruction. C’est interdit. Comme les vinyles. L’EUE ne tolère que la culture digitalisée, plus facile à contrôler, à recycler. Ici, les gens ont une mémoire. Ils savent la Guerre et leur fierté de l’avoir gagnée. Churchill n’est pas un traître, c’est un héros. Kenny est membre des GB45. Il voudrait reconquérir Londres, dont on l’a chassé enfant. Il risque gros. Il n’y a pas de caméras de surveillance ici, pas d’InterZone, mais peut-être des espions.

Les trois personnages principaux convergent vers Londres.

John King est en colère contre la technocratie et les dérives bureaucratiques de l’Union Européenne, vous l’aurez compris. Et quand il est en colère, il écrit. Un pamphlet ? Non, une fiction, une dystopie féroce. Il crée un monde, il raconte un futur plausible qui emprunte à son maître Orwell son efficacité narrative. Comme dans 1984, le récit se déroule au passé et s’incarne au travers de quelques personnages, avatars de figures qui deviennent emblématiques de leur monde.

Partant du postulat que le véritable pouvoir est à Bruxelles et Berlin, dans les mains des financiers et des bureaucrates, il force le trait et imagine l’univers aseptisé, homogénéisé dans lequel, selon lui, l’UE est en train, sans violence, de précipiter les peuples européens. Il ose et ça fonctionne. Il ose invoquer le nom d’Hitler pour mettre en garde contre un révisionnisme historique et culturel qu’il juge dangereux. L’UE, à coup de décrets et de règles, impose à tous un modèle standardisé, un immense marché où chacun d’entre nous allons acheter les mêmes produits, manger la même malbouffe, vivre la même vie robotique, sans saveur et sans émotion. Il interroge la démocratie. Certaines lois qui régissent notre existence quotidienne ont été édictées d’en haut, de là-bas, sans qu’on nous demande notre avis. Les gouvernements nationaux n’ont aucun pouvoir. Les élections ne servent à rien. Nous nous complaisons, selon lui, dans un simulacre de suffrage universel.

The Liberal Politics of Adolf Hitler se veut un avertissement. Si l’ironie y est plus présente que dans 1984 (Rupert en tenue de soirée, attifé d’un polo rose Lacoste et d’une casquette blanche à la Rubbettes est irrésistible), il n’en est pas moins efficace par le malaise qu’il instille et les nombreuses questions dérangeantes qu’il suscite.

Doit-on tout accepter pour finir par tous se ressembler ? Doit-on parler la même langue, une novlangue vide de sens sous prétexte de mieux se comprendre ? Faut-il se précipiter sur toutes les dernières technologies et se laisser épier, observer sous prétexte de sécurité ?

John King frappe fort, il tabasse même. L’uniformisation de la culture, la gentrification, la négation du passé, tout ça le gonfle sévère. Et que dire du mépris du peuple par les élites, de la cruauté envers les animaux, du double-langage et de cette servitude volontaire dont nous faisons preuve, par flemme et grâce à une propagande savamment instaurée ?

The Liberal Politics of Adolf Hitler oppose deux mondes. Celui, robotique, froid et répressif des villes de l’EUE. Malheur à qui refuse de se conformer, de travailler pour le profit. Et celui des villages dissidents. Là, King donne toute la mesure de son talent. Quand il dépeint l’Angleterre qu’il aime, les pubs, la musique, la littérature, la solidarité, l’amour. Ce monde qu’il a peur de voir disparaître avec les grandes chaînes commerciales, la standardisation des cultures et des paysages. Cette colère qu’il exprime quand on lui nie sa fierté d’être anglais, d’appartenir à un peuple qui a gagné la guerre et veut continuer à boire sa bière dans des pintes.

John King a écrit The Liberal Politics of Adolf Hitler pour dénoncer les excès de la technocratie et convaincre ses contemporains de quitter l’Union Européenne. Il est heureux que le Brexit l’ait emporté. Il n’y aurait donc pas que des adeptes du UKIP dans ce camp ? Il semblerait qu’il existe un courant de pensée en Angleterre dont les médias se sont peu fait le relais, un courant humaniste, qui s’insurge contre le libéralisme outrancier, défend les services publics et les syndicats, croit que les solutions sont à trouver dans le local, veut récupérer sa voix au chapitre.

Quand on lui dit qu’on est triste que l’Angleterre parte de l’UE, King répond qu’elle quitte l’UE, pas l’Europe. Quand on lui dit que c’était une belle idée au départ, pour empêcher les guerres, il répond qu’il y a peu de chance que l’Angleterre déclare la guerre à l’Allemagne. Quand on lui demande s’il n’a pas peur de l’avenir, il répond qu’il ne faut pas mésestimer le peuple anglais, sa capacité à se réinventer, à intégrer de nouveaux arrivants et de nouvelles idées, à puiser dans son passé la force de se bâtir un avenir radieux.

Well, the future is unwritten.

The Liberal Politics of Adolf Hitler / John King. London Books, 2016

Human punk de John King

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Eté 1977. Slough, banlieue de Londres.

Trois accords de guitare, riffs hargneux, deux minutes trente de pure adrénaline, le punk rock des Sex Pistols ou des Clash ne s’embarrasse pas de fioritures et de leçons de solfège pour dégommer les Yes et autres Genesis. Les paroles invitent à l’émeute, l’énergie électrise un été torride et Joe, 15 ans, s’éveille à la vie. Le punk l’exalte, le révèle, le trouve : « Et c’est ce qui est génial avec la musique, surtout avec les nouveaux groupes, parce qu’ils mettent en mots tout ce qu’on pense. Comme l’album The Clash. Les chansons, elles résument notre vie. Ce disque, il était déjà là, en nous, il attendait juste que quelqu’un l’écrive. »

Joe est un bon petit gars. Il a des parents, des embrouilles, des espoirs. Il occupe ses journées à cueillir des cerises pour quelques livres afin de pouvoir se payer des disques et les superbes Doc Martens dix œillets dont il rêve. Quelques pintes au pub, il faut bien grandir. Des concerts magiques, tout regarder, tout noter pour ne rien oublier. Un pote avec qui se marrer. La vie, quoi.

L’univers de Joe s’écroule au cours d’une soirée où, lui et son ami Smiles tombent sur une bande de types qui, sous prétexte de se faire des petits punks, les dérouillent et les jettent dans le canal. Smiles est déjà peu gâté par l’existence ; sa mère s’est suicidée quand il était gamin et il est élevé par un père surnommé « Staline » pour ses méthodes d’enseignement. Joe se tire bien physiquement de cette agression, mais Smiles met plus de temps à remonter, plonge dans le coma quelques jours et garde de graves séquelles.

Joe, psychologiquement, s’en remet difficilement. Il passe plusieurs années à se reconstruire. Etouffé par la culpabilité d’avoir mieux résisté que son copain, il s’exile. Il lui faudraé atteindre l’Asie pour se retrouver. A son retour à Londres, il monte son entreprise de disques d’occasion et fait le DJ dans des pubs.

Human punk est Le roman punk et Le roman sur l’adolescence. Il a bouleversé ma vie. Il ne m’a pas quitté depuis sa sortie en France, en 2003, comme s’il avait toujours été là, en moi, et que j’attendais juste que quelqu’un l’écrive. L’annonce de sa réédition prochaine chez Points m’a donné envie de le relire. Le choc est toujours là.

Roman à la sensibilité exacerbée, le trait est délicat, le ton est juste quand il s’agit d’évoquer les émois propres à cet âge qui arrache à l’enfance et fait douloureusement prendre conscience des injustices du monde.

Roman social, presque naturaliste, il raconte aussi l’époque, à travers les yeux du petit punk, témoin des bouleversements qui agitent l’Angleterre de cette fin des 70’s, du début des 80’s : les attentats de l’IRA font des morts ; le National Front gagne du terrain, la gauche se radicalise dans un dernier sursaut avant l’arrivée prochaine de la dame de fer. «Les conservateurs étaient maîtres dans l’art du slogan simple (…) et tapaient chaque fois dans le mille (…) Le parti travailliste se bousillait tout seul en cellules d’étudiants qui enculaient les mouches sur des points de procédure, tandis que la presse conservatrice continuait de vendre ses conneries, exploitant les cibles habituelles, déclarant que des millions partaient en aide aux mères célibataires, aux femmes battues, aux lesbiennes, aux réfugiés, aux héroïnomanes. »

Respect des différences, autodérision, conscience et méfiance politiques, la philosophie punk est noble, loin des clichés rances sur les crêteux décérébrés amateurs de bière tiède et de slogans faciles.

Roman à consonances fortement autobiographiques, comment ne pas entendre John dans les mots de Joe ? : « L’école ne nous apportait rien. Le punk, c’était ça notre éducation, les paroles qui reflétaient ce qu’on vivait, visaient droit dans les choses qu’on voyait, pensait, les noms des gens qui avaient droit à notre respect parce qu’ils écrivaient de l’intérieur sur l’extérieur, et non pas de l’extérieur, comme la plupart du temps. Tout ce que nous offrait l’école, c’était un disque rayé, l’aiguille coincée sur des dates de batailles et des hommes politiques, les têtes de nos seigneurs et maîtres soigneusement reproduites, leurs vêtements richement colorés, écrasant de leurs donjons la lie au-dehors, la masse des paysans tout gris parqués dans des cabanes au-delà des remparts de la ville, des serfs sans visage nourris de navets.(…) C’était si ennuyeux, si hors de la réalité qu’on finissait par croire les profs qui nous disaient qu’on était incapables d’assimiler la culture. »

« Certaines personnes trouvent leurs idées dans les livres, mais pour nous, des gens comme Rotten, Strummer, Pursey et Weller étaient les plus grands auteurs, ceux qui produisaient une littérature qui nous parlait de nos vies. Ils n’avaient besoin de rien contrefaire, d’aucune recherche, ils écrivaient simplement sur ce qui s’agitait en eux, et parlaient à des millions d’autres gens qui ressentaient la même chose. C’étaient des auteurs authentiques, contemporains, ceux qui parlent de la vie de tous les jours, comme on en a si peu eu en Angleterre, des auteurs qui parlaient sous forme de musique parce qu’ils n’avaient jamais songé à le faire sous forme de livre, étant complètement hors de la sphère littéraire, sans aucune des références classiques. Et c’est ça qui les rendait si particuliers, c’est que leurs références étaient les nôtres, elles se trouvaient là, dans nos vies, et non dans la Grèce antique, à des milliers de kilomètres, à des milliers d’années de nous ».

Alors, remercions Rotten, Strummer, Pursey et Weller pour avoir autorisé King à écrire, lui dire qu’il en était capable, qu’il avait en lui cette force qui pousse à être acteur de sa vie en se foutant du qu’en dira-ton, ce refus de rentrer dans le moule, cette rage qui vient du punk et qui ne se renie pas, jamais.

Human Punk / John King. trad. de Alain Defossé. Ed. de l’olivier, 2003

Les malchanceux de Bryan Stanley Johnson / 44 jours : the damned united de David Peace / Football factory de John King

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Tant qu’il y aura du foot… il y aura de bons romans sur le foot.

Dans Football Factory, les héros sont les supporters des diverses équipes londoniennes, des méchants hooligans tels qu’on les voit au journal de 20h. Ca fait mal, très mal un coup de boule de hooligan ! L’écriture est agressive et le propos violent. Enfants dégénérés d’une société britannique sur le point d’imploser, les personnages de John King dérangent parce qu’ils nous renvoient une image qu’on préfèrerait cacher sous le tapis. On ne les aime pas ? Et alors ! Ils sont là quand même. Et si leur seul plaisir c’est d’aller se démonter la tête entre camps adverses, en quoi ça nous gêne ? C’est pas bien ? C’est sûr. En attendant, c’est en gagnant ces combats dérisoires qu’ils se trouvent une place dans une famille, un clan solidaire, avec ses codes, une mini-société qui les acceptent enfin pour ce qu’ils sont.

The damned United, dont Tom Hooper a d’ailleurs tiré un fabuleux film sorti en 2009, raconte le destin de Brian Clough, ancien brillant footballeur, puis brillant entraîneur de Derby, au moment où il prend les commandes de Leeds et a 44 jours pour faire ses preuves. Ou l’Ascension et La chute d’un homme. Les joueurs de Leeds sont habitués aux tricheries, aux pots-de-vin, sont prêts à tous les coups bas pour rester en haut du classement. Brian Clough se heurte, au propre comme au figuré, à l’équipe, résolue à conserver ses privilèges de gagneuse même s’il faut pour cela perdre son âme.

Les malchanceux est un roman extraordinaire. Paru en 1969, écrit pas B.S. Johnson, écrivain surdoué et touche-à-tout qui se suicidera en 1972 à 40 ans, ce court récit est constitué de 27 chapitres qui peuvent être lus (hormis le premier et le dernier) dans n’importe quel ordre. Quidam éditeur a parfaitement respecté ce choix et nous propose un coffret rempli de feuillets non reliés. L’effet est saisissant. On découvre, au fil de notre désir, les pensées intimes du narrateur. L’occasion d’un match de foot pour lequel il doit écrire un papier comme reporter sportif, le ramène dans une ville où il rencontra son meilleur ami, décédé d’un cancer depuis. Ses souvenirs et réflexions sur l’amitié ou l’humanité défilent, dans un désordre qui finit curieusement par trouver une vraie cohérence.

Les malchanceux / Bryan Stanley Johnson. trad. par Françoise Marel. Quidam éditeur, 2009. 44 jours : The damned United / David Peace. trad. de Daniel Lemoine. Rivages, 2008. Football Factory / John King. trad. de l’anglais Alain Defossé. Alpha Bleue. 1998

John King : something about England (English version)

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Photo : Philippe Matsas/Opale
In your latest novel, Skinheads, your three characters, Terry, Ray and Laurel, embody three different periods of the skinhead movement. Can you tell us about them, the music they listen and about this movement which seems to have been so popular in Great Britain?

 Terry is a teenager in the late 1960s and is drawn to the skinhead style, music and way of life generally. His music is ska, fresh from Jamaica and doing well in the charts. Ray, meanwhile, is an early-80s version of the skinhead scene, his music Oi, which is essentially punk. His style of dress is slightly different, but he represents one of the skinheads wings. These can crossover, if course, when it comes to the music, and Lol, while not really a skinhead, loves the end result of this fusion, which is referred to as ska-punk and has come back into England via the US, where bands such as Rancid are big fans of the Oi bands and ska, whether the original sounds of Prince Buster or the 2-Tone of The Specials.

The music Terry listens in 1969 is performed by people in England or does it come directly from Jamaica?

The music is by Jamaicans, some of them living in England. There were a lot of records that were made specifically for the skinhead-reggae market as well, many including the word ‘skinhead’ in the title. These songs sold very well and were big hits in the popular charts, so there was a crossover into the general population.

In France, though we copy everything coming from your country, we have ignored the original movement of 1969. The only skinheads who have crossed the channel are the nazis and racist ones, at the beginning of the 80’s, and later, in opposition, those we call the redskins. So the skinheads in England are not, or at least not all, the fascists presented by the press?

 Definitely not. But if is about definitions. If someone has a short haircut does that make them a skinhead? It is an easy stereotype, maybe due to the militaristic look, but it is only an element.

In Skinheads, Terry is upset by a TV programme called Skinheads and Swastikas, in which skinheads are presented as boneheads. The original members of the movement must be very angry always to be shown under this negative image?

It is annoying for Terry, but he is used to the distortion, but it’s not just skinheads who are shown in this way. It is a stereotype that is applied to the white working-class by those in power and within the media. There is little protection for this element of society and so it easy for those with power and influence to dismiss their opinions. For instance, if you oppose British membership of the European Union, you are often called ‘narrow-minded’ or even ‘racist’.

Maybe I’m wrong, but I think that if we have had only the nazi version here, it has to do with the feeling of being « proud to be English ». In France, this feeling of national pride is always linked with extreme right ideas and political parties. Don’t you think that this difference could come from the second world war (which is very present in your novels), because the English people could have get representations of themselves as heroes and not the French? Or is it the fact that you live on an island that influences your way of thinking ?

 I think there is a lot of truth in the fact we are an island and that were on the right side in the last war, but our media and political classes promote the same prejudices here, insist that if you are patriotic and/or don’t believe in being ruled by Brussels then you must be an extremist. Having said that, the extreme Left and Right have never been as strong here as they are on the Continent. Maybe this goes back to the difference between Protestant and Catholic thinking, the clash between free will and fate, the fact that we don’t have a supreme leader such as the Pope. The English, British and Scandinavian countries are more liberal in their thinking I feel. Britain has traditionally be a place that welcomes refugees, whether it was Protestants persecuted in Europe, the Jews who fled the pogroms in Russia in the 19th Century, the Poles and Free French during the Second World War.

Your characters are proud to belong to the working class, to incarnate proletarian values such as solidarity, work, being able to take care of one’s family. They are skinheads from father to son and don’t want to change the society, they want to do their best. They are very far from the punks who rejected the boring life of their parents, no ?

 There are a lot of different sorts of punk, and this is something I tried to show in my novel Human Punk. I always found that idea of punks being ‘bored’ more of a hippy attitude invented by people such as Malcolm McLaren, that middle-class element punk had in its very early days. How could teenagers be ‘bored’ or consider people who had fought in the war and survived the Blitz and decades of hardship dull? That is my stance. So I think the difference between punks and skinheads isn’t always so different in the UK as maybe it is in Europe, although I acknowledge that the core values of punk, such as do-it-yourself ethics, did make it something special.

Is this because Thatcher has destroyed this notion of pride among the working class that some skinheads have become more radical ?

 My thinking really is that Teds, rockers, skinheads, punks etc are manifestations of the mass culture, so skinheads were in a way a reaction in style against the long-haired, university-educated hippies of the late 1960s. For many working-class people in England, Thatcher appealed to them because she offered them ways to express their pride – through her rightful defence of the Falklands against fascist Argentina, her selling of houses to council tenants, her support for the self-employed who were penalised by the Left. Personally, I don’t like Thatcher and I think she did a lot of damage to my country and its culture, but there were policies that appealed to large sections of the working-class majority who weren’t strongly unionised.

Skinheads is the last episode of a trilogy, the Satellite Cycle, with Human Punk and White Trash. All situated in Slough, they recount forty years of British history, from 1969 to 2008. Are they realistic, almost naturalist novels, because there are autobiographical elements in them ? In fact, we don’t know many things about you, except that you were born in Slough and that you like the Sex Pistols, the Clash and Chelsea Football Club. Where are you from ? What did you do before you became a writer ?

 I draw on my life, even though they are of course fiction, so there is an element of reality to the stories. My life before writing was normal, I suppose. I grew up around Slough and Uxbridge, and was interested in music, drinking and football as a youth. When I left school I did various jobs – worked in a warehouse, a factory, painting houses, and for the local council. In my twenties I learned how to do production work on magazines and did this for a couple of years, then at 26 went travelling – Sri Lanka, India, Nepal, Thailand, Malaysia, China, the US, Mexico, Guatemala, etc. I crossed the Soviet Union on the Transiberian Express, travelled from Sydney to Perth in Australia, drove from New York to California. I began writing The Football Factory in the early 1990s, when I was back in England, and it was accepted in 1995. Since then I have written full-time.

In your previous trilogy, (The Football Factory, Headhunters and England Away), you also fought against some clichés about the hooligans. In these novels, Tom and his mates, supporters of Chelsea, are not the stupid guys we expect. You wanted these disturbing proletarian voices to be heard because they are usually not listened to ?

 Yes, and also because ‘football hooliganism’ was always exaggerated, made more important than it was, and I found the people condemning it hypocritical when they were cutting benefits for old people and conducting wars in which thousands died. My idea is that football is a spectacle and characters such as Tommy Johnson are easy targets for the poison of the political and media elite. I wanted to show the frustration and powerlessness of these ordinary English young men.

I am right if I say that, eventually, your two trilogies talk about the same thing : the fact to find a new family to live intensely a passion, music, football or fights against other supporters, to stand united against the rest of the world, to have a more exciting life ?

 They connect, definitely. The Football Factory Trilogy is more concerned with groups maybe, whereas the Satellite Cycle going more into the individuality of the characters, their locations and dreams.

I have read that you have been classified as an author who writes about football. But writing about football is not writing about the game but about the people, especially in England, and it has become almost a literary tradition, don’t you think ?

 That is often said, I know, but I have never written a book about football. Maybe I will one day. As you say, I have written about characters who go to football, but their lives are much broader, and the novels are political. It is the same with Skinheads, which is essentially about a family rather than just the skinhead way of life.

The Football Factory was your first published novel. It was a huge success, sold more than 200 000 copies in the UK. Had you written other books, maybe unpublished, before ? Has it changed your life ? Was it hard to deal with this new fame ?

 I have a manuscript I wrote before The Football Factory. It is a travel story, about the years I spent travelling. It is naive and maybe not that good, but one day I will rewrite it as my last novel, call it The Boy Who Searched For God, or something similar. It is nearly 200,000 words long, so there is a lot of material there, so maybe it will need to be two books. My life has only really changed in that because the books have sold decently I have been able to write full-time. I don’t see myself as famous. I’m not in that ‘literary world’, still do the same things I’ve always done and have the same friends. It’s easy to be anonymous when you are an author. I wouldn’t want to be famous. I just like writing my books.

Your novels deal with the notion of popular culture, and its transmission. Do you want to claim that the subculture of your characters, made of specific music, readings and values, is worth the one you can get at school ?

 Definitely. There’s formal learning and the education you get from your family and friends and the culture in which you grow-up, the passing down of first-hand experience and knowledge, free from political and social interference. I never went to university, but don’t feel it is a handicap. In some ways it means I can think freely, that I don’t have to obey too many rules when it comes to writing.

The transmission of this peculiar English way of lifetakes place also in the pubs and the stadiums, popular places where all the generations meet. Thats why Terry wants to reopen the Union Jack Club?

The Union Jack Club was formed by people from different countries, all of them proud to be British. I wanted to get across the truth that the past saw integration and acceptance, that the idea of being British was / is wider than one of ethnic background. People from the Commonwealth were considered British, while the likes of the Poles who stayed after the Second World War were keen to embrace a new, more open way of life. Terry wants to reopen the Union Jack Club because it holds the past but also the future. The book has a theme of haunting, most obviously in his memories of April.

One thing struck me. Joe in Human Punk grows up listening to the words of Rotten, Strummer, Weller or Pursey. Ray, in Skinheads, find a kind of peace when he reads 1984 by Orwell, Brave New World by Aldous Huxley, Fahrenheit 451 by Bradbury, and the movie A Clockwork Orange is often quoted in your books. These references are just the same which constituted my own culture (and Bukowski as far as I am concerned). These works have built your personality too ? Isn’t is strange to think about this community, around the world, sharing the same culture ? Do you think that these novels have the same impact on the youth nowadays ?

 Yes, those people have influenced me a great deal – I also love Bukowski, and other American writers such as Hubert Selby Jr and John Fante – and for those punk singer/songwriters were like authors, but talking about things I was interested in, ideas that connected with my life. It’s great people share the same culture in different countries, find inspiration in the same music and literature. I like the novels of Camus and Zola, can identify with these authors, even though I can only read them in translation. There are ways of thinking that link us across all the divisions of language, country, age.

In France, a lot of people are very fond of english culture. We love your sense of humour, your language, your music. We have watched hundreds of times The Monty Python Flying Circus, The Avengers, The Prisoner, Bottom, Ab Fab, or more recently The Misfits. Do you think that England is always playing this cultural leading role today? What is new in music for instance?

 I think England still has its old energy, despite globalisation and the crass materialism the West is suffering. The humour is still here – ’Orrible, Benidorm, Inbetweeners, Citizen Khan for instance – while music changed with the arrival of techno, drum n bass and jungle, even Sixties-influenced bands such as Oasis and Blur. Today there are young punk bands, a renewed interest in rockabilly and mod and ska, but the innovative new music over the last decade or more is electronic I think. Dubstep is big and clever. Kids I know are into this sort of stuff and have a lot of good ideas, using the new technology in interesting ways, just as people did in the past. I like a lot of the cut-up material that has evolved – Tricky, Massive Attack, DJ Shadow from the US – who I saw last Christmas and though was brilliant. This reminds me of David Bowie in the Seventies – and I was and remain a massive fan of Bowie. I think culture moves in circles, repeats and mutates into something that is new but also older and deep-rooted. It is exciting. Nothing stands alone. We all link it someone and something else.

Female characters, through Terry’s dead wife April and sexy Angie, are more important in your latest novel. Has it something to do with the fact that Skinheads seems more optimistic than your other works ? Even naughty bad boys will be saved by love?

I think all my novels have strong female characters, despite the throwaway language of some of the males, while White Trash is centred around a nurse called Ruby James. Headhunters is really about the unity of men and women, the argument that people from the same background and culture have more in common than those linked merely by their sex. Of course, April and Angie are skinhead girls, love the same things as Terry, so there is a natural attraction, although Terry still feels loyal to April. Skinheads is optimistic and hopefully balances the trilogy that includes Human Punk and White Trash. A person and a culture is reflecting and then renewing itself.

I see your novels as rock novels, even punk novels. Speedy, exciting, angry, violent and moving. It has something to do with the subjects, the omnipresent music, but also the style, the rhythm. Do you agree with me?

 Me too! I suppose I write ‘punk prose’, having been influenced by the music and much as novels, and I do like that speed and movement, the flows of consciousness. I work more and more on the rhythms, which is what interests me, the flow and use of language.

The construction of your novels is very peculiar. There are many flashbacks. You insist on specific dates for your characters as individuals, you mix periods of their lives in a non chronological way. I think thats why nostalgia is so perceptible. Your work is fun and melancholic, speedy and sad, like a song of Madness. Are you afraid of the time that goes by or is it the expression of the English soul?

With Skinheads I wrote the contemporary sections in the past tense and the sections set in the past in the present tense. I did this to link and merge the stories and also the lives of the characters. In some ways time in a circle, as well as a straight line, depending on you mood and way of thinking. I fear wasting time, as I know it is precious, and will soon be gone, but I still let it pass too easily. I have always felt this way, but it is becoming more extreme as I get older. It is interesting that several French journalists have mentioned ‘nostalgia’, as I don’t really see Skinheads as nostalgic, although I have tried to look at things I feel have been dismissed or ignored.

You are often compared to Irvine Welsh. Both of you are aside from a more classical British literature. What makes you so specific?

I know Irvine and I suppose the link is that we are the same age and have similar interests and influences, and this comes across in our writing maybe. There are a few other writers of the same age and general approach, even if their styles vary – Alan Warner, Alex Wheetle, David Peace, for example.

Irvine Welsh has said that it was a tragedy that he was so bad at the two thinks he loved most, music and football. Have you suffered the same curse?

 Depends on the order. I would have wanted to be a footballer first, but I wasn’t good enough, although at night when I can’t sleep I imagine myself as a kid coming on as a substitute for Chelsea and scoring four or five goals, then going on to appear for England. My second choice would be someone in a band – a lead singer or guitarist. But again, that never happened. So yes, Irvine knows what he’s talking about. He is a good man.

What are your plans ? I have heard that you are trying to make a movie based on Human Punk, is it true ? Are you working on a new novel ? And what about your publishing house London Books ?

 We’re trying to get Human Punk made and I’m working on an album based on The Prison House. The song have all been written and are there at the rough stage, so I’m trying to work out how to make it and find the money. I want to get it out next year.

Do you mean that you have written the lyrics of the songs ? What about the music ? Whom are you working with on that project?

The Prison House album is based on my novel of the same name, and I have written the lyrics, which draw on the text of the book, while fPrice guitarist Leigh Heggarty has come up with the music, some of it with my input. The Ruts rhythm section of Dave Ruffy and Segs Jennings will hopefully be on the record, while we have to decide on a singer yet. I am producing the record, trying to learn more about how the process works. It is a lot of fun, and writing lyrics is relaxing after working on novels. The Human Punk film will take longer – we have a good screenplay, but film is dependent on raising the cash.

Yesterday, I have watched again the movie Nick Love made from The Football Factory. I like it very much. What do you think of it ? Wasn’it strange to see your characters come to life on the screen?

I think it’s a very good film, and it is certainly well respected, regarded as the best of the genre. The novel is more political, so the film operates on another level, but it works and I am happy with the end result. Because of the subject matter it is something that could easily have been done badly, so it is a relief it turned out so well. It was strange seeing the characters on the screen at first, but then the book re-emerged. Now I have two versions of The Football Factory in my head, rather than just the one!

Are you working on a new novel?

I have to finish the last story on a collection of shorts and rewrite some of a novel I have done the first draft on – Slaughterhouse Prayer – which is an animal-rights themed book, as I have been a vegetarian for thirty years and a vegan for much of that time. It is a subject I’ve wanted to write about seriously for a long time, but it has been difficult to get right.

Can you tell us about London Books ?

Next year we will hopefully release another couple of books in our London Classics series with London Books, and maybe even a brand-new title.

So I am keeping busy, which is good, as writing is a release, keeps me sane.

Interview published in New Noise n°13 – november-december 2012

John King : something about England

Pourquoi ne pas me lancer dans des interviews in english, et pourquoi, puisque New Noise me laisse toute latitude, ne pas contacter un auteur qui a bouleversé ma vie ? John King ! Après moult recherches, John King n’a pas de site internet, pas de compte facebook, pas d’agent… mais il est éditeur à London Books. So, je lui adresse un petit mail, avec comme objet : « A message in a bottle to you, Mr King ». Et le lendemain, il répond : « I received your bottle and opened it and read the message and thank you for your kind words. I’m more than happy to do an interview ». Touchant, n’est-il pas ? Le début d’une correspondance qui dure depuis… Thank you so much, Mr King.
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Photo : Philippe Matsas/Opale
Ah ! L’Angleterre… ses bus à impériale, sa reine, ses jolis écureuils dans ses parcs, ses cups of tea… Oui, bon, si c’est le raffinement des moquettes ou le chic spécieux d’une politesse toute britannique qui vous attirent, passez votre chemin. Les héros des romans de John King sont plus prompts à vous marcher sur les Docs, sans s’excuser en plus, qu’à vous servir des scones sur des plateaux en porcelaine. Son monde est peuplé de prolos, de skinheads, de hooligans. Et qui sont les vrais gentlemen ? Peut-être ceux-là mêmes qui forment la lie des sujets de Sa Gracieuse Majesté, ces fiers représentants d’une classe ouvrière en voie de disparition. King démantèle les clichés aussi sûrement que ses personnages se démontent la tête, à coups de bière ou de poings dans la gueule. Mais attention, avec classe, on reste en Angleterre. Sir ? Yes, Sir John King.
Dans ton dernier roman, Skinheads (éd. Au Diable Vauvert), tu fais évoluer trois personnages principaux, Terry, la cinquantaine, son neveu Ray, qui approche des quarante ans, et Lol, le fils de Terry, quinze ans. Ils incarnent trois périodes différentes du mouvement skinheads. Tu peux nous parler d’eux, de la musique qu’ils écoutent, et de ce courant qui a été si populaire en Grande-Bretagne ?

Terry était ado à la fin des années soixante. Crâne rasé, Docs Martens rouge cerise, blouson Harrington, polo Fred Perry ou chemise Ben Sherman, Levi’s 501 cigarette, il incarne le mouvement skinhead original, son style, sa musique, son mode de vie. Il écoute du ska, cette musique fraîchement débarquée de la Jamaïque qui a su conquérir une place de choix dans les charts : Laurel Aitken, Jimmy Cliff, Clancy Eccles, Dave Barker, Ansell Collins des morceaux emblématiques comme The Israelites de Desmond Dekker and the Aces ou Skinhead Moonstomp de Symarip.

Ray, quant à lui, représente la scène skinhead du début des années quatre-vingt. Sa musique ? Du Oi. Du punk essentiellement : Sham 69, les Cockney Rejects, Angelic Upstarts, 4-Skins, The Last Resort, Blitz, The Business, Infa-Riot, Cock Sparrer, ou encore Menace. Même s’il s’habille légèrement différemment, sobre MA1 vert et DM à bout ferré, il illustre une des branches du mouvement. Bien sûr, quand il s’agit de musique, ces deux courants se retrouvent, se mêlent. Lol, qui n’est pas tout à fait un skinhead, aime le résultat que donne la fusion de ces deux périodes musicales. Ce mélange, ce ska-punk, est arrivé en Angleterre par les Etats-Unis, où des groupes comme Rancid sont de grands fans de Oi et de ska, tandis que les premiers skins s’éclataient sur Prince Buster ou sur le son 2-Tone des Specials, par exemple.

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La musique que Terry écoute en 1969 est faite par des musiciens en Angleterre ou est-elle exportée directement de Jamaïque ?

Elle était faite par des Jamaïcains, dont certains vivaient en Angleterre. Il y avait énormément de disques produits spécialement pour alimenter le marché skinhead-reggae, dont beaucoup avaient d’ailleurs le mot skinhead dans le titre. Ces disques se vendaient super bien et beaucoup sont parvenus en haut de classement dans les charts. Il y avait donc un vrai mélange, des échanges qui touchaient le cœur des masses populaires.

skinheadreggae          ska with laurel

 En France, alors qu’on copie tout ce qui vient d’Outre-Manche, on semble avoir largement ignoré le mouvement original de 1969. On connaît des skins principalement le courant facho et raciste des 80’s, puis, en opposition, les redskins. Ainsi, les skinheads en Angleterre, ne sont pas, en tous cas pas tous, les fascistes que nous a présentés la presse ?

Absolument pas. Mais c’est une question de définition. Est-ce que le simple fait de se raser la tête fait de quelqu’un un skinhead ? C’est un stéréotype un peu trop facile, peut-être dû à ce look para-militaire. Les Boneheads, ces skins néo-nazis, sont seulement une infime minorité extirpée d’un ensemble beaucoup plus vaste.

Dans Skinheads, Terry est très agacé par la diffusion d’un documentaire à la télé, appelé Skinheads and Swastikas, dans lequel les skins sont présentés comme étant tous des fachos. Les membres du mouvement doivent être très en colère qu’on les associe toujours à cette image négative.

Ça ennuie Terry, même s’il est habitué à cette déformation de la vérité. Mais il n’y a pas que les skinheads qui sont montrés de cette façon. La classe laborieuse blanche doit faire face à de nombreux préjugés, mis en avant par les médias et ceux qui détiennent le pouvoir. Elle a peu de moyens de se défendre, alors c’est facile pour pour les milieux influents de ne pas l’écouter, de ne pas relayer ses opinions. Par exemple, celui qui s’oppose à l’adhésion de la Grande-Bretagne à l’Union Européenne est souvent présenté comme étant étroit d’esprit, voire raciste.

john king skinheads 2

« La Grande-Bretagne a toujours été une terre d’asile pour les réfugiés, qu’il s’agisse des protestants persécutés en Europe, des juifs qui ont fui les pogroms en Russie au dix-neuvième siècle, des Polonais et des Français Libres pendant la seconde guerre mondiale. »

J’ai peut-être tort, mais j’ai l’impression que si nous n’avons eu que la version nazie des skins ici, ça a à voir avec ce sentiment d’être « fier d’être Anglais ». En France, la fierté nationale est toujours liée aux idées et aux partis d’extrême droite. Tu penses que cette différence pourrait venir de la seconde guerre mondiale, très présente dans tes romans, où les Anglais ont pu se construire des images héroïques d’eux-mêmes ? Ou alors, c’est le fait de vivre sur une île qui influence votre façon de penser ?

Effectivement, c’est très vrai, le fait d’être une île et d’avoir été du bon côté pendant la dernière guerre ont sûrement un impact considérable sur la représentation que le peuple se fait de lui-même. Néanmoins, nous devons faire face ici aussi à de forts préjugés, soutenus par les médias et la classe politique. Ils prétendent que si tu te considères comme patriote et/ou que tu refuses de te faire dicter tes choix par Bruxelles, alors tu es forcément un dangereux extrémiste. Ceci dit, les mouvances extrêmes, qu’elles soient de droite ou de gauche, n’ont jamais été aussi puissantes ici qu’elles le sont sur le Continent. Peut-être que cela vient de la différence entre la pensée protestante et catholique, à ce clivage entre croire au libre arbitre et croire au destin, ou au fait que nous n’avons pas de leader suprême comme le Pape. J’ai l’impression que les Anglais, les Britanniques et les pays scandinaves ont une forme de pensée plus progressiste. La Grande-Bretagne a toujours été une terre d’asile pour les réfugiés, qu’il s’agisse des Protestants persécutés en Europe, des juifs qui ont fui les pogroms en Russie au dix-neuvième siècle, des Polonais et des Français Libres pendant la seconde guerre mondiale.

john king skinhead 3

Tes personnages sont fiers d’appartenir à la classe ouvrière, d’incarner des valeurs prolétariennes comme la solidarité, le travail, la capacité à nourrir sa famille. Ils sont skinheads de père en fils et ne veulent pas changer la société, seulement faire de leur mieux. Ils sont très éloignés des punks qui rejetaient la vie barbante de leurs parents, non ?

Il y a différentes sortes de punks, comme j’ai essayé de le montrer dans mon roman Human Punk. J’ai toujours pensé que cette idée du punk qui « s’ennuie » était plus une posture hippy, middle-class, un truc inventé de toutes pièces par des mecs comme Malcolm McLaren, que ça n’était pas vrai, en réalité, dans les premiers temps du mouvement. Comment les gamins auraient-ils pu être ennuyés par, ou considérer comme ennuyeux, ceux qui avaient lutté pendant la guerre, avaient survécu au Blitz et à des décennies de privation ? C’est ma position. Je crois, donc, qu’il n’y a pas autant de différences entre les skinheads et les punks au Royaume-Uni, certainement moins qu’il y en a dans le reste de l’Europe. Mais je reconnais que certaines valeurs inhérentes au punk, comme la notion du do-it-yourself, ont fait de ce mouvement quelque chose de très particulier.

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Est-ce parce Thatcher a détruit ce sentiment de fierté dans la classe ouvrière que certains skins se sont radicalisés ?

Je pense sincèrement que les Teds, les rockers, les skinheads, les punks… sont des expressions de la culture de masse. Ainsi, les skinheads étaient, d’une certaine façon, la manifestation d’une réaction, très stylée, contre les hippies à cheveux longs qui sortaient des universités à la fin des années soixante. Thatcher a attiré beaucoup de gens issus de la classe ouvrière en Angleterre justement parce que, selon eux, elle leur offrait des moyens d’exprimer leur fierté – à travers sa défense légitime des Malouines contre l’Argentine fasciste, en leur permettant de devenir propriétaires, en soutenant les travailleurs indépendants qui étaient pénalisés par la gauche. Personnellement, je n’aime pas Thatcher. Elle a fait beaucoup de torts à mon pays et à sa culture. Néanmoins, elle a mis en place des politiques qui ont attiré une majorité de la classe prolétarienne qui n’était pas suffisamment syndiquée.

Skinheads est le dernier épisode d’une trilogie, le cycle satellite, avec Human Punk (éd. de l’Olivier) et White Trash (à paraître Au Diable Vauvert). Tous situés à Slough, ils racontent quarante ans d’histoire britannique, de 1969 à 2008. Ce sont des romans réalistes, presque naturalistes. Est-ce parce qu’ils contiennent des éléments autobiographiques ? En fait, on connaît peu de choses sur toi, hormis le fait que tu es né à Slough, que tu aimes les Sex Pistols et les Clash et que tu es supporter de Chelsea. Que faisais-tu avant d’écrire ?

J’écris sur ce que je connais, sur ma vie. Même si ce sont des fictions, il y a forcément des éléments tirés de la réalité dans mes histoires. Avant d’être consacrée à l’écriture, ma vie était normale, je suppose. J’ai grandi aux environs de Slough et d’Uxbridge. Quand j’étais gamin, j’aimais la musique, le foot et boire un coup. J’ai fait différents boulots après avoir quitté l’école – j’ai bossé en usine, j’ai été manutentionnaire, peintre en bâtiment, employé dans une municipalité. Quand j’ai atteint la vingtaine, j’ai travaillé pour des revues en tant que secrétaire de rédaction. Je faisais un peu de mise en page, des relectures, je m’occupais des relations avec la presse. J’ai fait ça quelques années. A vingt-six ans, j’ai décidé de voyager. J’ai parcouru le Sri Lanka, l’Inde, le Népal, la Thaïlande, la Malaisie, la Chine, les Etats-Unis, le Mexique, le Guatemala… J’ai traversé l’Union Soviétique à bord du Transsibérien, j’ai visité l’Australie de Sydney à Perth, j’ai fait le trajet de New York jusqu’en Californie. J’ai commencé à écrire Football Factory au début des années quatre-vingt dix, à mon retour en Angleterre, et il a été accepté en 1995. Depuis, j’écris à plein temps.

sexpistols nevermind              the clash

Dans ta précédente trilogie, (Football Factory, La meute, Aux couleurs de l’Angleterre),(éd. de l’Olivier) tu combattais déjà certains clichés, sur les hooligans cette fois. Dans ces romans, Tom et ses potes, supporters de Chelsea, ne sont pas les gars stupides auxquels on s’attend. Tu voulais faire entendre ces dérangeantes voix du peuple, justement parce qu’habituellement on ne les entend pas ?

Oui, et aussi parce qu’on a dit tant de choses exagérées au sujet de l’hooliganisme dans le football. On a énormément surestimé l’ampleur du phénomène. Et puis, je trouvais ça tellement hypocrite de la part des gens qui le condamnaient, ceux-là mêmes qui ont baissé les pensions de retraite et qui ont engagé le pays dans des guerres où des milliers d’hommes sont morts. Le foot est devenu un spectacle et des personnages comme Tommy Johnson sont des cibles faciles sur lesquelles les élites politiciennes et médiatiques peuvent déverser leur fiel. Je voulais montrer la frustration et l’impuissance de ces jeunes anglais ordinaires.

En fin de compte, tes deux trilogies parlent de la même chose : du fait de trouver une nouvelle famille pour vivre intensément une passion, qu’il s’agisse de la musique, du football ou de la baston entre supporters, du fait de rester unis contre le reste du monde, de se créer une vie plus excitante.

Il y a des correspondances entre elles, sans aucun doute. La trilogie sur le football s’intéresse peut-être plus aux groupes, alors que le cycle satellite est plus centré sur l’individualité des personnages, leur environnement, leurs rêves.

J’ai lu que tu avais été rangé dans la catégorie « auteur qui écrit sur le football ». Mais écrire sur le foot, et surtout en Angleterre, ce n’est pas écrire sur le sport mais sur le peuple, non ?

C’est ce qu’on dit souvent de moi, effectivement. Mais je n’ai jamais écrit de livre sur le foot. Peut-être que je le ferai d’ailleurs, un jour. Comme tu le soulignes, j’ai écrit sur des personnages qui assistent à des matchs de foot, mais leurs vies ne se limitent pas à ça, leur horizon est beaucoup plus vaste. Et à ce titre, ces romans sont politiques. C’est la même chose avec Skinheads, qui parle beaucoup plus de la vie d’une famille que du seul mode de vie skinhead.

« Par le passé, il y a eu de forts mouvements d’intégration, d’assimilation, je voulais rappeler cette réalité, mettre en avant que le sentiment d’être Britannique englobait/englobe une notion plus vaste que la simple origine ethnique. »

Football Factory a été ton premier roman publié. Il a bénéficié d’un énorme succès vendu à plus de 200 000 exemplaires rien qu’au Royaume Uni. Avais-tu écrit d’autres romans, peut-être refusés, avant ? Est-ce que ça a changé ta vie ? Ca a été dur de gérer cette soudaine notoriété ?

J’ai un manuscrit, écrit avant Football Factory. C’est une histoire de voyage, qui parle des années que j’ai passées à voyager. C’est une œuvre très naïve, sûrement peu aboutie et peut-être pas si bonne que ça, mais je la retravaillerai un jour. Elle constituera mon roman ultime et s’appellera Le garçon qui était à la recherche de Dieu, quelque chose dans ce goût-là. Elle fait 200 000 mots pour l’instant, ce qui représente une bonne base à partir de laquelle avancer, et peut-être que je finirai par en faire deux volumes. Ma vie a changé dans la mesure où mes bouquins se sont bien vendus et que ça m’a permis de consacrer tout mon temps à l’écriture. Je ne me considère pas comme quelqu’un de célèbre. Je ne fais pas partie de la « sphère littéraire ». Je continue à faire les mêmes choses qu’avant et j’ai les mêmes amis. C’est facile de rester anonyme quand on est écrivain. Je n’ai jamais couru après la célébrité. Je veux juste écrire mes livres.

football_factory headhunters england awy

Tes romans traitent de la notion de culture populaire, et de sa transmission. Est-ce que tu veux dire que la sous-culture de tes personnages, faite de musique, de lecture et de valeurs spécifiques, vaut celle qu’on peut acquérir à l’école ?

Complètement. Il existe une culture officielle, mais aussi toute une éducation qu’on acquiert grâce à sa famille, ses amis, la culture du milieu dans lequel on grandit, cet apprentissage qui se transmet par l’expérience directe, loin des interférences sociales et politiques. Je ne suis jamais allé à l’université, mais je ne ressens pas cela comme un handicap. D’une certaine façon, ça signifie que je suis capable de penser librement, que je n’ai pas à me conformer à trop de règles en ce qui concerne l’écriture.

John NB1

La transmission de cette English way of life si particulière s’opère aussi dans les pubs ou les stades, où toutes les générations se mélangent. Est-ce pour ça que Terry veut rouvrir l’Union Jack Club, ce pub laissé à l’abandon ?

L’Union Jack Club avait été ouvert par des gens venus de différents pays, tous fiers d’être britanniques. Par le passé, il y a eu de forts mouvements d’intégration, d’assimilation, je voulais rappeler cette réalité, mettre en avant que le sentiment d’être Britannique englobait/englobe une notion plus vaste que la simple origine ethnique. Des gens venus de différentes parties du Commonwealth étaient considérés comme Britanniques, de même que les Polonais qui sont restés ici après la seconde guerre mondiale étaient désireux d’adopter un nouveau mode de vie plus, plus ouvert. Terry veut rouvrir l’Union Jack Club parce qu’il incarne non seulement le passé, mais aussi l’avenir. Il y a des fantômes dans ce pub, comme dans sa vie, à travers le souvenir de April, sa femme décédée.

Une chose m’a frappée à la lecture de tes romans. Joe, dans Human Punk, grandit en écoutant les mots de Rotten, Strummer, Weller ou Pursey. Ray, dans Skinheads, trouve une sorte de paix en lisant 1984 d’Orwell, Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley, Fahrenheit 451 de Bradbury, et le film Orange mécanique est très souvent cité. Ces références sont les mêmes qui ont constitué ma propre culture. Et la tienne ? Est-ce que ce n’est pas étrange de penser à cette communauté, dans le monde, qui partage ces mêmes repères ?

En effet, ces gens ont eu une énorme influence sur moi. J’adore aussi Bukowski, et d’autres auteurs américains comme Hubert Selby Jr et John Fante, ou les romans de Zola et de Camus, qui sont des auteurs auxquels je peux facilement m’identifier, même si je ne peux pas les lire dans le texte. Pour moi, Rotten ou Strummer, ces chanteurs/compositeurs étaient comme des auteurs, mais qui parlaient de choses qui m’intéressaient, d’idées qui faisaient écho à ma propre vie. C’est génial cette idée que des gens partagent la même culture dans des pays différents, qu’ils trouvent leur inspiration dans la même musique, la même littérature. Il y a des façons de penser qui nous unissent au-delà de toute considération de langue, de pays ou d’âge.

« Je suppose que j’écris de la prose punk, parce que j’ai été influencé par la musique autant que par la littérature. »

En France, beaucoup de regards sont tournés vers l’Angleterre, qui adorent votre sens de l’humour, votre langue, votre musique. On a vu des centaines de fois Le Monty Python Flying Circus, Chapeau melon et bottes de cuir, Le prisonnier, Bottom, Ab Fab ou plus récemment les Misfits. Penses-tu que l’Angleterre joue toujours ce rôle de moteur culturel aujourd’hui ?

L’Angleterre n’a rien perdu de sa vieille énergie, en dépit de la globalisation et du matérialisme crasse dont l’Ouest souffre. L’humour reste bien vivant, avec Orrible, Benidorm, Inbetweeners, Citizen Khan, par exemple. En ce qui concerne la musique, elle a complètement changé avec l’arrivée de la techno, de la drum’n’bass, et de la jungle. Ça a influencé même des groupes tournés vers les années soixante comme Blur ou Oasis. Aujourd’hui, il y a de jeunes groupes punks, un regain d’intérêt pour le rockabilly, le ska et la culture mod. Mais je crois que la véritable innovation musicale des dix dernières années se trouve dans l’électro. Le dubstep, ça c’est énorme, et intelligent. Des gamins que je connais sont dans ce genre de trucs et ont plein de bonnes idées. Ils utilisent les nouvelles technologies pour explorer des voies intéressantes, comme d’autres l’ont fait avant eux. J’aime beaucoup les groupes qui utilisent le cut-up, les samples, et qui ont su évoluer, comme Tricky, Massive Attack, ou les américains de DJ Shadow, que j’ai vus à Noël dernier, c’était fabuleux. Tout ça me rappelle David Bowie dans les années soixante-dix. J’étais et je demeure un grand fan de Bowie. Je pense que la culture progresse en cercles. Elle se répète et mute en quelque chose de nouveau mais elle s’appuie également sur des références plus anciennes, des racines profondes. C’est très excitant. Rien n’est isolé. Nous sommes tous liés à quelqu’un ou quelque chose.

Les personnages féminins, à travers April, la femme disparue de Terry, et la sexy Angie, me semblent tenir une place plus importante dans ton dernier roman. Est-ce que ça a à voir avec le fait que Skinheads est plus optimiste que tes autres livres ?

Je trouve qu’il y a des personnages féminins forts dans tous mes romans, malgré le discours désinvolte de certains de mes héros masculins. Dans White Trash, l’infirmière Ruby James, est même le personnage central. La meute parle principalement de l’unité entre les hommes et les femmes, du fait que partager une même culture, un même environnement va au-delà des simples questions du sexe. Bien sûr, April et Angie sont des filles skinheads et aiment les même choses que lui, il y a donc une attirance naturelle. Skinheads clôt la trilogie sur une note optimiste, c’est vrai. Ça parle de comment une personne, une culture, en s’appuyant sur des racines profondes, se renouvelle, se projette dans l’avenir.

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Pour moi, tes romans sont des romans rock, même punk rock. Speed, excitants, en colère, violents et touchants. C’est dû aux thèmes, à la musique omniprésente mais aussi au style, au rythme. Tu es d’accord avec ça ?

Absolument ! Je suppose que j’écris de la prose punk, parce que j’ai été influencé par la musique autant que par la littérature. J’adore cette rapidité et ce mouvement, ces flux de conscience. Je travaille de plus en plus sur le rythme. C’est ça qui m’intéresse, le débit, la cadence et l’utilisation du langage.

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JoeStrummer

La construction de tes romans est très particulière. Tu utilises beaucoup les flashbacks. Tu mets en avant des dates qui touchent tes héros en tant qu’individus, et tu les inclues dans le récit de façon non chronologique. Je trouve que c’est ce qui fait que l’on perçoit tant de nostalgie. Tu as peur du temps qui passe ?

Dans Skinheads, j’ai employé le passé pour écrire les passages qui se déroulent dans le présent, et le présent pour les passages qui ont lieu dans le passé. J’ai utilisé ce procédé pour lier et mélanger les histoires et les vies des personnages. D’une certaine façon, le temps qui passe peut être perçu comme un cercle ou comme une ligne droite, tout dépend de votre état d’esprit ou de votre façon d’envisager les choses. J’ai peur de prendre du temps car je sais combien c’est précieux, et fugace, même si je continue à le laisser filer trop facilement. J’ai toujours ressenti ça, mais ça devient de plus en plus vrai au fur et à mesure que je vieillis. Néanmoins, je ne vois pas Skinheads comme étant un livre nostalgique, même si j’aborde des sujets qui, à mon sentiment, ont été bafoués ou ignorés par le passé.

Tu es souvent comparé à Irvine Welsh. Vous êtes tous les deux à part dans le monde de la littérature britannique contemporaine. Qu’est-ce qui vous rend si spécifiques ?

Je connais bien Irvine. Je suppose que ce qui nous lie vient du fait qu’on a le même âge et qu’on partage les mêmes centres d’intérêt, les mêmes influences, ainsi que, peut-être, une écriture assez semblable. Il y a quelques autres auteurs qui ont le même âge et la même vision du monde que nous, dans des styles très différents, Alan Warner, Alex Wheetle, David Peace, par exemple.

Irvine Welsh a dit que c’était une tragédie pour lui d’être aussi nul dans les deux domaines qu’il affectionne le plus, la musique et le foot. Tu as été frappé par la même malédiction ?

Pas dans le même ordre. J’aurais voulu être footballeur avant tout, mais je n’étais pas assez bon. Quand je n’arrive pas à dormir, je continue à m’imaginer gamin, remplaçant à Chelsea, je marque quatre ou cinq buts, et j’intègre l’équipe d’Angleterre. En deuxième, j’aurais bien aimé faire partie d’un groupe. J’aurais été lead singer ou guitariste. Mais, cette fois encore, ça n’est pas arrivé. Alors oui, Irvine sait de quoi il parle, le brave homme.

Quels sont tes projets ? J’ai entendu dire que tu essayais de monter un film à partir de Human Punk.

Je tente effectivement de monter un film basé sur Human Punk, et je travaille sur un album fondé sur un autre de mes romans, Prison House. Toutes les chansons sont écrites et en sont au stade d’ébauches, alors j’essaie de trouver l’argent pour le faire. J’aimerais le sortir l’année prochaine.

prison house

Tu veux dire que tu as écrit les paroles des chansons ? Qu’en est-il de la musique ?

Oui, j’ai écrit les textes, à partir du roman. C’est Leigh Heggarty, guitariste de renom qui a fait la musique, même si j’y ai apporté ma faible contribution. Dave Ruffy and Segs Jennings, des Ruts, assureront la section rythmique de l’enregistrement, avec un peu de chance. Il nous reste à trouver un chanteur. Je suis le producteur de l’album et j’ai du boulot pour comprendre comment tout ça fonctionne. On s’amuse beaucoup. C’est très reposant d’écrire des paroles. Le projet de film prendra plus longtemps. Nous avons un bon scénario, mais la réussite du projet dépendra de notre capacité à lever des fonds.

A propos de film, j’ai revu récemment le film que Nick Love avait réalisé à partir de Football Factory. Je l’aime beaucoup. Qu’en penses-tu ? C’est drôle de voir ses personnages incarnés au cinéma ?

C’est un très bon film. Il est très respecté, considéré comme le meilleur du genre. Le roman est plus politique mais ça fonctionne et je suis très content du résultat. Etant donné le sujet, ça aurait très bien pu être mal interprété, j’ai été vraiment soulagé quand je l’ai vu. Au début, ça fait très bizarre de voir ses personnages incarnés à l’écran, et puis le roman remonte à la surface. Maintenant, j’ai deux versions de Football Factory dans la tête plutôt qu’une seule.

football factory film

Tu travailles sur un nouveau roman ?

En ce qui concerne l’écriture, je progresse sagement. Je dois finir la dernière histoire d’un recueil de nouvelles et retravailler sur un roman dont j’ai terminé le premier jet. Il s’appellera Slaughterhouse Prayer, la prière de l’abattoir. C’est un roman qui traite des droits de l’animal, étant donné que je suis végétarien depuis trente ans, et végétalien la plupart du temps. C’est un sujet qui me tient à cœur, dont j’aimerais parler sérieusement depuis longtemps, mais qui est difficile à traiter.

Où en est ta maison d’édition, London Books ?

Pour ce qui est de mon boulot d’éditeur, (il a créé London Books avec un autre auteur, Martin Knight, leur but étant de (ré)éditer des auteurs oubliés comme Simon Blumenfeld, James Curtis, Alan Sillitoe ou Gerald Kersh, ou de nouveaux écrivains, afin de défendre une littérature anglaise marginalisée) avec un peu de chance, j’espère sortir l’année prochaine deux bouquins dans notre collection London Classics, et peut-être même une nouveauté.

Donc, j’ai de quoi m’occuper, ce qui est bien. Ecrire agit sur moi comme une libération, c’est ça qui m’empêche de devenir dingue.

Alan Sillitoe & John King
Alan Sillitoe et John King

dédicace Noise b

Johndédicace

Interview publiée dans New Noise n°13 – novembre-décembre 2012