One Two Three Four Ramones de Bruno Cadène, Xavier Bétaucourt et Eric Carlier

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Je suis d’ordinaire peu fan des biopics, surtout en BD, tant c’est très souvent opportuniste, convenu et moche. Le soin apporté à cette histoire des Ramones prouve qu’il ne faut jamais avoir d’a priori. En prenant Dee Dee comme narrateur de l’épopée du groupe, les auteurs ont su éviter l’écueil d’un récit trop linéaire et distancié. Dee Dee raconte, son enfance passée dans les bases militaires américaines en Allemagne sous la coupe d’un père alcolo et violent, son arrivée à NY et sa rencontre avec ses « frères », ses addictions, jusqu’à l’ultime morsure de l’héroïne. Si toutes les anecdotes connues sont évoquées (les concerts au CBGB, le look, la célèbre photo du premier album…), elles sont portées par un point de vue particulier, mêlées aux souvenirs perso, aux réflexions du bassiste, et livrées selon un découpage dynamique faisant la part belle aux flashbacks. Ruptures de tons, cassures de rythmes… la lecture se déroule au tempo d’un morceau des Ramones, énergique, tendue… comme les relations au sein du groupe. Le dessin en noir et blanc d’Eric Cartier, crade comme une ruelle de NY dans les 70’s, colle à la crasse des salles de concerts miteuses, des chiottes où se faire une ligne, du métro dégueu, des crottes de chien, des cellules de dégrisement. Faut avouer que le rose bonbon aurait mal posé l’ambiance, pas franchement fun, de l’époque et des rapports entre les frangins Ramones. Bref, One Two Three Four… Ramones ! est une œuvre qui ne se fout pas de la gueule du monde. C’est un hommage sensible, extrêmement élégant aux pionniers du punk ricain, très documenté (j’ai appris plein de trucs), soutenu par une vraie vision, basé sur de véritables choix narratifs explicités d’ailleurs en fin de volume. So, Hey ! Ho ! Let’s go !

One Two Three Four Ramones / Récit de Bruno Cadène et Xavier Bétaucourt. Dessin d’Éric Cartier. Futuropolis, 2017

Chronique publiée dans New Noise n°40 – septembre-octobre 2017

Adam Ant – the last punk rocker de Marc Dufaud

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J’avoue, j’étais raide dingue d’Adam Ant. Oui, je sais… J’en entends d’ici certains ricaner sous cape : « Haha, l’autre dandy british sorti d’un bal costumé du XVIIIème. Wouah, la honte ! » M’en fous, j’assume. Parce que même s’il faut reconnaître qu’Adam avait des arguments de nature à faire se pâmer les midinettes, il n’était pas qu’une (très) belle gueule. Ses deux premiers LP Dirk Wears White Sox (1979) et Kings of the Wild Frontier (80), s’il ne fallait en garder que deux, restent des putains de bons albums. Alors, merci à Marc Dufaud de s’être penché sur la carrière, ô combien extra-ordinaire et qui ne saurait être résumée au seul « Stand and Deliver » du bien nommé Warrior, et de signer cette odyssée de 600 pages retraçant, à l’aide de multiples sources, plus de 40 ans de la vie d’une star emblématique.

Stuart Goddard est né en 54, à Marylebone, quartier prolo du nord de Londres. D’un tempérament « vif », son intérêt et son don pour les études lui permettent de canaliser une énergie débordante et d’obtenir, à 11 ans, au vu de ses brillants résultats, un logement pour sa mère, divorcée. Il apprend seul la guitare et la basse et intègre, en 1973, Hornsey College, une école d’art où il développe son talent pour le dessin et découvre l’œuvre d’Allen Jones, marqueur durable de son attirance pour l’imagerie SM. La même année, il rejoint le groupe de pub rock Bazooka Joe, comme bassiste, le quitte début 76, le lendemain d’un concert des Sex Pistols et décide de composer ses propres chansons. Mais, rattrapé par une dépression larvée, il s’effondre.

OD, hallu, tentative de suicide, il tue Stuart pour renaître en Adam. 77 : les premiers concerts des Ants sont violents. Leader charismatique vêtu de cuir intégral avec masque du violeur de Cambridge, Adam rudoie le public, le cogne de son pied de micro. Une frange de fans hardcore commence à le suivre, tandis que s’érigent les premières critiques. Adam ne cache pas ses ambitions. C’est un bosseur acharné qui a la réussite comme seul horizon acceptable. A une époque où le futur n’existe pas, il veut durer, marquer. Il passe pour ambitieux, intransigeant, sérieux. Des qualificatifs qui sont autant d’insultes en pleine période punk. La presse underground l’éreinte. Les nombreux concerts en ouverture des Slits ou de Siouxsie n’y changent rien, et encore moins son apparition dans Jubilee, le film de Derek Jarman : il est à côté du mouvement, à part. Il devra attendre 78 pour signer chez Decca, label vieillissant, pour deux singles, que les radios refusent de diffuser.

En octobre 79, il sort enfin son premier LP, Dirk Wears White Sox, chez Do it. L’album, post-punk, est nerveux, bizarre, aux paroles étranges ; les performances scéniques du groupe lui font gagner l’estime de nombreux fans, mais Adam veut plus. Il vise le n°1 des charts. Il demande les conseils de Malcolm McLaren. Qui lui pique ses musiciens pour fonder Bow Wow Wow. Adam est dévasté et devient la risée des fanzines. Mais l’adversité le galvanise.

Les 80’s seront Antmaniac ou ne seront pas. Six mois plus tard, l’album Kings of the Wild Frontier, signé chez CBS, l’installe au sommet. Chant tribal, double batterie, guitare puissante de Marco Pirroni, image flamboyante sauvage, veste de hussard à même la peau, bande blanche en travers du visage, l’icône est née. La « Antmusic » intime à des hordes de groupies de rejoindre la Ant Nation, et si les inconditionnels de la première heure se détachent du groupe, « Dog eat Dog » ou « Kings of the Wild Frontier » conquièrent le grand public anglais, américain (les clips tourneront en boucle sur la toute nouvelle MTV), japonais, australien… Adam est partout. A la Une de tous les tabloïds, dans toutes les émissions de télé (même pour enfants), en héros de bande dessinée, sur les stickers, jusqu’aux abat-jours (!) à son effigie.

But what goes up must come down. La chute n’en sera que plus spectaculaire. Sorti mi-novembre 81, le troisième LP « Prince Charming » déconcerte par sa nouveauté et ne rencontre pas le succès escompté. Le groupe est épuisé par les tournées interminables, la tension due à l’omniprésence dans la presse, et splitte. Qui a trop aimé, châtie trop. Les ventes des albums solo suivants (toujours avec son alter ego Pirroni) sont catastrophiques. Le monde se rit de lui.

En 1986, viré de CBS, désormais résident des US, il tente sa chance dans le cinéma, sans y parvenir. L’oisiveté ne vaut rien au bourreau de travail qu’est Adam, qui commence à montrer des signes de désordre mental. Harcelé par une folle durant des mois, il est fragilisé au point de sombrer. Hospitalisé, le diagnostic tombe, ce que l’on prenait pour une énergie positive suivie de phases de dépression passagère ordinaire est une maladie, il est bipolaire. Interné en HP (contre son gré) à de nombreuses reprises à son retour en Angleterre, suite à des agressions et des propos dans des passages télé pour le moins « hallucinants », il subit un traitement lourd : injections, pilules, enfermement. En 2001, Adam apparaît bouffi, bedonnant, négligé en première page de divers journaux à scandale qui s’en donnent à cœur joie.

Il faudra attendre 2010 pour qu’il reprenne son destin en main. Il crée son propre label Blue Black Hussar Ltd, et à force de concerts confidentiels, finit par remonter, tout en haut de l’affiches de plusieurs festivals. 2017 devrait voir la sortie de son 7ème album solo.

Adam Ant – The Last Punk Rocker / Marc Dufaud, Camion blanc, 2016

Chronique publiée dans New Noise n°39 – été 2017

Les fantômes du Paradis / Premières Gymnopédies. Les années Stalag de Thierry Tuborg

 

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Il fallait bien deux volumes pour raconter l’itinéraire atypique d’un enfant du siècle dernier. C’est ce à quoi s’est employé Thierry Tuborg, à dix ans d’intervalle, dans cette autobiographie en deux tomes. Bien malin celui qui lira Les fantômes du paradis, où il nous narre son enfance jusqu’à ses quinze ans, et qui résistera à vouloir connaître la suite de ses aventures, Premières Gymnopédies. Les années Stalag, parues en 2007. Et pourquoi donc ? Parce que Tuborg est un personnage attachant, qu’il maîtrise les techniques narratives propres au genre, que sa bio se lit à la vitesse d’un morceau des Ramones. Et qu’il ne s’épargne pas. Qu’est-ce qu’on se marre ! Depuis cette scène où il pisse sur sa chaise pendant un concours de piano au Conservatoire, il lui a fallu prendre beaucoup de recul pour rendre aussi justement ce qui peut se passer dans la tête d’un gamin de dix ans, et faire rire de ses déboires avec tant d’obstination.

L’adulte a de la tendresse pour le gosse coriace qu’il était, c’est certain. Fanfaron, têtu à l’extrême, déterminé à vivre de la musique, petit Tuborg est une tête à claque irrésistible, et ces traits de caractère ne sauraient s’estomper avec l’âge, surtout à l’adolescence. Envie de découvrir le vaste monde, ce qu’il y a sous les jupes des filles, on ne peut pas dire que l’auteur ait été en retard pour multiplier les expériences, même (surtout ?) si ça faisait bien chier ses parents. Les anecdotes défilent, qui tissent le portrait d’un morveux qui doute tout en prétendant être très sûr de lui, qui se précipite tête baissée dans toutes les emmerdes possibles et réfléchit ensuite, de son émancipation à l’âge de seize ans en passant par la taule en ex-RFA, ou sa propension à tester tout ce qui peut déchirer la tronche.

Pourvu que ça bouge, que ça brûle ! Le style est alerte, l’autodérision omniprésente, et certains portraits au vitriol sont des plus jouissifs, Higelin se reconnaîtra. Le milieu rock bordelais de la fin des 70’s est planté avec beaucoup de sincérité, et le parcours de Stalag, groupe furieux dont il fut le chanteur est l’occasion pour lui d’aborder certaines frasques dont il n’est plus trop fier. Mais pas de regrets, non mais dis donc ! Tuborg ne mange pas de ce pain-là et l’on soupçonne le sieur d’en être resté un vrai de vrai. Un vrai quoi ? Un vrai punk !

http://www.thierrytuborg.fr

Les fantômes du Paradis / Thierry Tuborg. Les éditions relatives, 2017

Premières Gymnopédies. Les années Stalag / Thierry Tuborg. Le cercle séborrhéique, 2007

Ecopunk : les punks, de la cause animale à l’écologie radicale de Fabien Hein et Dom Blake

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« Le punk est mort » affirmait, dès 1978, le collectif Crass, qui ne faisait pas dans la dentelle pour s’insurger contre un mouvement originel n’étant plus que le reflet de lui-même à force de compromission. Vendus, récupérés, les Clash ou autres Siouxsie dont les albums caracolaient en tête des charts. Morts pour autant, les punks ? Non ! Revenant aux sources, des groupes fortement politisés font rapidement leur apparition. Refus de toute forme de domination, radicalité, DIY sont les mots d’ordre de la deuxième génération punk qui n’aura de cesse, jusqu’à nos jours, de se réinventer. Le courant anarcho-punk se développe dans les 80’s, en Angleterre d’abord avec Conflict en figure de proue, descendants légitimes de Crass, les premiers à avoir associé autosuffisance, écologie et insurrection.

Les Américains leur emboitent le pas ; les Dead Kennedys ou MDC s’en prennent au système néolibéral qui broie le vivant, écrase l’homme et exploite la nature. La cause animale sera l’emblème universel de la résistance à l’oppression. Associations de défense des animaux (Animal Liberation Front, ou People for the Ethical Treatment of Animals), groupes hardcore (Black Flag, Suicidal Tendencies, DOA) ou membres de la scène punk antispéciste (NOFX) ne cesseront de tisser des liens. Le végétarisme allait de soi en GB dans les 80’s, le véganisme prend de l’ampleur aux USA dès les 90’s, éthiques couplées à une critique du capitalisme et de l’industrie agro-alimentaire. Industrie qui ne tarde pas à récupérer les fruits de ce mode de vie et à se faire du blé en proposant des produits véganes à grande échelle. Véganarchistes et freeganistes, (récup., exploration des poubelles) s’en offusquent, préconisant de se soustraire aux impératifs de la société marchande en consommant le moins possible.

Autre menace, dont les punks se font également l’écho dès les années 80 : celle de l’aliénation par la technologie. Discharge en 82, et plus tard le courant crust punk US (Amebix, Antisect) dénonceront l’avènement de l’homme machine et ses conséquences sur la nature. De même, la société automobile avec sa pollution, sa dangerosité, les aménagements urbains qu’elle impose, froissaient déjà Buzzcocks en 78 (« Fast Cars »). En 1999, les Ecossais Oi Polloi (« No More Roads ») appellent à une action directe, au sabotage des infrastructures, comme le prônait l’organisation Earth First! Dans cette logique, le skate, le vélo ou les pieds deviennent furieusement punks…

Ses différentes problématiques se synthétisent, entre le début des 80’s et les années 2000, dans un mouvement : les écopunks, dont beaucoup, conscients de la récupération dont leurs idées font l’objet, cherchent à réinscrire « les pratiques et attributs de la scène punk dans une réflexion et une action politiques plus globales ». Pour faire avancer la cause écologiste, la démarche individuelle de « renoncement à » ne suffit plus, il faut un nouveau projet politique, collectif, autour de trois idées fortes, consensuelles : la critique du néolibéralisme, l’action directe, l’autosuffisance. Encore faut-il s’entendre sur les modalités de l’action. Méthodes pacifistes s’opposent aux appels à la révolte généralisée, aux sabotages soutenus par un collectif tel Class War. Répression, arrestations, condamnations lourdes de nombreux « écoterroristes » seront dénoncées par divers groupes, dont Rise Against en 2014 par exemple. Détruire ou construire ne sont d’ailleurs pas antinomiques. Depuis les 90’s, des communautés se constituent, loin des villes et partout dans le monde, qui expérimentent vie collective et autosuffisance, avec pour bande son, du punk !

Fabien Hein, sociologue, continue avec Ecopunk son exploration des diverses facettes d’un mouvement qui l’inspire pour ses recherches. Après Do it yourself ! : autodétermination et culture punk (2012) ou Ma petite entreprise punk : sociologie du système D (2011), il donne ici une lecture innovante d’une contre-culture toujours en quête de renouvellement. Clair, extrêmement documenté, soucieux de resituer les idées dans leur contexte historique, pointu mais abordable, Ecopunk est une somme, un pavé, une masse dans la gueule de ceux qui prétendent que le punk n’a plus rien à dire.

Ecopunk : les punks, de la cause animale à l’écologie radicale / Fabien Hein et Dom Blake. Le passager clandestin, 2016

Chronique publiée dans New Noise n°38 – avril-mai 2017

Kate Bush : le temps du rêve de Frédéric Delâge

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Kate Bush est une fée, une créature des forêts et des lacs, délicate, énigmatique, insaisissable. Quand, en 1978, elle sort son « Wuthering Heights », elle n’a que dix-neuf ans et le timbre de sa voix, sa pureté juvénile ensorcellent le monde entier. Sa plastique est parfaite alors, son minois adorable, mais elle n’a rien d’une poupée créée pour plaire. Elle n’est pas une marionnette façonnée pour faire un tube éphémère. C’est une artiste qui compose, écrit, cultive déjà une singularité assumée. Si elle semble touchée par la grâce, elle ne doit son talent qu’à un travail acharné et la certitude qu’elle ne pourra s’épanouir que dans son art. Kate Bush est exigeante, envers elle-même. C’est une artiste totale qui ne présente son travail que lorsqu’elle l’estime proche de la perfection. C’est ce perfectionnisme qui l’a fait attendre trente-cinq ans avant de remonter sur scène. La tournée The Tour of Life, en 79, avec ces spectacles chorégraphiés de 2h30, avait été si intense qu’elle l’avait laissée au bord de l’épuisement et elle n’a consenti à renouveler l’expérience, avec les concerts de Before the Dawn, à Londres, en 2014, que lorsqu’elle s’est sentie prête à le faire. C’est certainement cet engagement qui explique la longévité exceptionnelle de sa carrière. Ses onze albums, distillés avec parcimonie au long de cinq décennies, ont tous été classés dans le top 10 britannique.

Kate Bush est discrète. Elle craint les effets pervers de la notoriété. Elle n’accorde d’interviews que pour parler de son travail. Au point d’être accusée par les tabloïds d’avoir des secrets à cacher, d’entretenir le mystère par calcul, mais sa réponse est simple : « Je suis quelqu’un de très normal et il n’y a vraiment rien de sensationnel à dévoiler. Je ne parlerais pas de certaines choses privées avec ma propre mère, alors pourquoi le ferais-je avec quelqu’un d’autre ? »

Donc, c’est au travers de sa musique que Frédéric Delâge nous dévoile des pans du personnage. En passant au crible chaque album, chaque morceau, minutieusement, il dresse un portrait, en creux, de l’artiste. Et l’on apprend beaucoup. Kate Bush est obsédée par des thèmes récurrents, leitmotivs qui hantent ses paroles : l’amour au-delà de la mort, vision ô combien romantique et fantastique de notre passage sur terre ; la folie sombre ; l’exaltation de la nature… Elle puise son imagination dans la littérature ou le cinéma : « The Infant Kiss » s’inspire du Tour d’écrou d’Henry James, « The Wedding List » de La mariée était en noir de Truffaut… Kate Bush est une touche à tout, brillante et curieuse : elle apprend la danse, la réalisation pour proposer des clips d’une beauté à couper le souffle ; elle s’intéresse aux innovations technologiques : elle est une des premières, dans son LP Never for Ever à utiliser le Fairlight CMI, un échantillonneur numérique (les bruits de verre brisé dans « Babooshka » viennent de là), ou un micro-casque ; elle participe activement aux séances, toujours très longues, de mixages… Kate Bush est fidèle : à sa famille, très proche, à ses musiciens et amis (David Gilmour, Peter Gabriel), à sa maison de disque EMI… Kate Bush est obstinée, doucement tenace. Elle ne s’en laisse pas compter et tient à garder le contrôle sur tous les aspects de ses créations. Elle bouscule les codes, prend des risques, se renouvelle sans cesse, depuis bientôt quarante ans.

Kate Bush : le temps du rêve / Frédéric Delâge. Le mot et le reste, 2017

Les chérubins électriques de Guillaume Serp

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« A Paris, il ne se passait plus rien et l’on rêvait de Londres. A Londres, il ne se passait plus rien et l’on rêvait de New-York. A New York, il ne se passait plus rien et l’on rêvait de Berlin. A Berlin, il ne se passait plus rien. »

1978. Paris. Quartiers friqués. Les 70’s marquent le pas, entraînant dans leur agonie les illusions d’un monde meilleur. Déjà, les 80’s s’annoncent, qui emporteront avec elles tout idée d’utopie, feront du matérialisme et de la superficialité les valeurs clés d’une décennie désespérante. Dans cet entre-deux temporel, certains inventent la fête et les excès comme unique but de l’existence, « avant que tout saute ». Philippe, le narrateur, a 19 ans. Il est déjà revenu de tout. Il fait partie des jeunes gens modernes. Son avenir s’inscrit au jour le jour, son emploi du temps se résume à la prochaine party, dans n’importe quel appart de bourge où il y aura assez d’alcool et de dope pour se défoncer, ou dans un club select tel le Gibus, le Palace ou le Rose Bonbon. Les filles sont belles, elles se font appeler Cassandre ou Deliciosa, elles prennent la pose et portent, comme lui, du cuir et du plastique rouge. L’argent est fait pour être dépensé, surtout quand il n’est pas à vous. Le fric est le sésame qui ouvre toutes les portes pourvu qu’on soit condescendant, chic et dandy. Décadent, flambeur et flamboyant, Philippe se déhanche au son des Stinky Toys, des B-52’s et d’Amanda Lear, chante dans le groupe New Wave Philippe et les Chics Types, baise sans lendemain et prétend écrire un roman. Son ennui est intersidéral, sa dépendance multiple, à la coke, à l’héro, au champagne. Oscar Wilde du 20ème, il médit avec panache, se fait ardemment casser la gueule. D’overdoses pathétiques en tentatives de sevrage répétées, il observe, cruel, le microcosme vain des nuits branchées parisiennes et sa propre vacuité : « Je me regardais vivre plus que je ne vivais, et j’employais mon sommeil à me regarder rêver. De moi, d’ailleurs. » Bourgeois bohème avant l’heure, parangon d’une génération dorée autant que vide, désenchantée comme dirait l’autre, désabusée pour le moins, Philippe est drôle, cynique, lucide à pleurer.

Pretty vacant. Le punk a glissé sur la capitale, le No Future s’est fait individualiste et snob.

L’époque est colorée et froide. Philippe cherche à inventer la modernité, en se brûlant les ailes en public.

La première édition Des chérubins électriques date de 1983. Son auteur, Guillaume Israel « Serp », 22 ans, y raconte, dans ce roman autobiographique, une jeunesse privilégiée en pleine déliquescence. Chanteur de Modern Guy, il a sorti un album deux ans plus tôt, Une nouvelle vie. Paroles en français, musique synthétique, romance métallique, le single « Electrique Sylvie », connut un bref succès. Philippe, son double littéraire pourrait certes agacer, s’il ne s’obstinait à s’autodétruire avec un acharnement méritoire, et si Serp n’y faisait preuve d’un talent exceptionnel d’écriture. Peinture naturaliste d’une période et d’un milieu, le roman a acquis son statut de roman culte. Le fait que Serp, nihiliste charismatique ait réussi à mourir d’une overdose d’alcool et de médicaments en 1987, à 27 ans, n’y est certainement pas pour rien.

Les chérubins électriques / Guillaume Serp. Rivages poche, 2016

Porcelain de Moby

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De Moby, je ne connaissais pas grand chose. Je me souvenais de sa dégaine de geek, d’éternel (quoique chauve) étudiant propre sur lui, de ses tubes électro interplanétaires très mainstream dans les années 2000. Je le pensais gay, lisse, issu de la planète branchouille New-Yorkaise. Comme quoi, je me gourais.

Son autobio commence en 89. Moby a alors 24 ans et vit dans une usine désaffectée à Stamford, 75 bornes de NY. Barricadé dans un appart sordide, sans chauffage, sans eau courante, sans chiottes, avec pour voisins des toxicos, des dealers, et des coups de feu comme fond sonore, il est heureux : synthé Casio, boîte à rythmes, séquenceur, table de mixage, sampler, il fait de la musique. La fac est un ancien souvenir. Trop de crises de panique, trop d’alcool. Pas son truc. Il finit par déménager dans le Lower Manhattan, (il y a plus glamour, à l’époque) et démarche clubs et labels pour vivre de son art, jusqu’à décrocher un contrat de DJ au mythique club Mars. Les voguers, composés surtout de gays et drag-queens blacks et latinos, l’adorent. Il explose le Dance Floor. Paradoxe, il est presque une image inversée de son public. Blanc, hétéro, croyant, abstinent et straight dans un monde de drogues et d’excès. Il faut l’imaginer, petit vegan, poussant son skate plombé de caisses de vinyles dans les flaques sanglantes des abattoirs du Meatpacking District. Tandis que les émeutes, le Sida, la pauvreté, le crack, les règlements de compte déciment des quartiers entiers de New York, il fait danser les foules sur ses mix décomplexés et ses compos allègres.

En 90, son remix de Go, samplé au thème de Laura Palmer de Twin Peaks cartonne dans le monde entier et il enchaîne les tournées. Londres, Berlin, Amsterdam, Paris… L’heure est aux raves immenses, à l’euphorie : « C’est nous qui avions tout créé, tout imaginé, nous, des milliers de personnes éparpillées dans différentes villes du monde, qui organisions des événements pour des milliers de personnes en extase (…) Nous qui inventions de nouvelles formes musicales : des hymnes futuristes et joyeux qui étaient la bande-son de ce nouveau monde en cours de création. »

Puis, imperceptiblement, l’époque change et la joie s’éteint. « En 93, les choses avaient évolué, la musique était de plus en plus sombre et les drogues de plus en plus dures. (…) J’étais le camarade Trotski des raves, le mec rayé de la carte. » En 95, Moby se remet à picoler, sort son album Everything Is Wrong, au succès mitigé, multiplie les expériences sexuelles et s’éloigne de la religion « J’avais adopté le christianisme à treize ans, âge où j’avais commencé à me masturber (…) J’ai fini par quitter le mouvement de jeunesse (chrétienne) et continué à me masturber. » En 96, Animal Rights, album de punk-rock lo-fi saturé de guitare se plante lamentablement : « l’album était un échec. La tournée était un échec (…) En toute logique, j’étais un échec. »

Concerts devant vingt personnes, moral dans les chaussettes, long passage à vide durant lequel, il « rêve de se prendre une cuite et de se réveiller mort », jusqu’en 99, année qui clôt le récit, à la veille de la sortie de Play, et de « Porcelain ». Moby sortira 18, avec « We Are All Made Of Stars » en 2002, puis Hotel, avec « Lift Me Up » en 2005. Mais c’est une autre histoire.

Dans Porcelain, Moby se met à poil. Sur scène, souvent, au sens littéral. Et au figuré, tant il ne s’épargne pas dans ce portrait drôle, sincère, touchant. Il confie ses doutes, assume ses choix, raconte ses hontes, avec une humilité désarmante et une autodérision redoutable. Il signe au final un livre rempli de joie, d’excès et de bols de céréales, une peinture très fine des euphoriques et lointaines 90’s.

Porcelain / Moby. trad. de Cécile Dutheil de La Rochère. Seuil. 2016

Chronique publiée dans New Noise n°37 – janvier-février 2017

Riot grrrls : chronique d’une révolution punk féministe de Manon Labry

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Le mouvement punk de la fin des 70’s avait laissé croire aux femmes qu’elles avaient leur place dans le milieu rock. A la fin des 80’s, le retour de bâton fait mal. Il faut se rendre à l’évidence, le rock est redevenu le royaume du mâle, la sueur en concert sent la testostérone. Une décennie a suffi pour gentiment écarter du devant de la scène, et de la fosse, ces drôles de mammifères qui s’acharnent à ne pas pisser debout. Dix ans de MTV, de consumérisme (autant dire de passivité) ; de reaganisme avec ses gentilles lois anti-avortement ; de capitalisme marketé. Dix ans qu’on fait comprendre aux filles qu’elles sont belles quand elles se taisent. Disparues, enterrées Patti Smith, Siouxsie, Poly Styrene, ou Ari Up. Il y a bien L7 pour débroussailler à la hache les ronces qui se dressent sur leur chemin vers le succès, mais les groupes féminins sont rares et toutes ne rêvent pas de bûcheronnage.

Dans cette moitié d’humanité à qui on refuse le droit de s’amuser comme leurs petits copains, il y en a que ça énerve beaucoup. Ras le bol de se faire écraser les pompes, qu’elles soient ou non à talons. Ras le bol d’entendre « à poil » dès qu’une nana ose tenir une guitare. Ras le bol de la culture mainstream qui véhicule les clichés sexistes les plus éculés. Ras le bol du capitalisme qui exclut toutes les minorités. La colère est bonne conseillère. Il est temps d’inventer un rock féministe, anti-capitaliste, un rock qui s’empare de sujets peu exploités jusque là (l’inceste, le viol, les violences domestiques…), un punk rock pluriel et novateur, sans icône, sans tête de gondole. Le but sera de faire. DIY à tous les étages. Soit « Ouvre-la, n’importe comment, mais Ouvre-la ».

1991. Dans différents coins des USA, sans concertation préalable, telle une génération spontanée, des femmes vont se servir des méthodes testées par leurs aîné(e)s pour exister dans ce monde de brutes. A Olympia, dans l’Etat du Washington, et à Washington, DC, notamment, on assiste à la naissance d’une sous-culture aux références musicales communes, un rock tapageur qui laisse exprimer toute leur rage contenue. Kathleen Hanna, Kathi Wilcox et Tobi Vail fondent Bikini Kill. Allison Wolfe, Molly Neuman lancent Bratmobile, tandis que Tracey Sawyer et Corin Tucker créent Heavens to Betsy.

C’est une révolte ? Non, Sires. C’est une révolution !, ainsi que le proclame le bandeau qui barre le cœur noir sur la première démo du collectif, Revolution Girl Style Now ! Echange d’informations par le biais de fanzines (Girls Germs, Jigsaw, Chainsaw…), organisation de conférences, de concerts… Le but : inciter, inspirer. Et ça marche. Les riot grrrls essaiment, font des petites. Mouvant, tentaculaire, le mouvement tire sa force d’une multitude de cellules, décidées à promouvoir une culture destinée à rester underground, où l’on prône la solidarité entre femmes, le respect de l’individu, le refus de se vendre. Evidemment, de tels actes de rébellion ne plaisent pas à tout le monde : intimidations, agressions lors de concerts, elles résistent. Imaginez ces pauvres petites musiciennes fragiles exiger des mecs qu’ils reculent pour laisser les filles du public passer au premier rang, au nom de Girls to the front, et qu’ils obéissent ! (jetez un œil au court doc sur viméo.com/11737681 pour vous convaincre de leur ténacité).

Manon Labry connaît son sujet (pour y avoir consacré une thèse Le cas de la sous-culture punk féministe américaine. Vers une redéfinition de la relation dialectique «mainstream»-«underground» ?) et ne s’embarrasse pas ici de jargon universitaire pour dire tout le bien qu’elle en pense. Le ton est caustique, l’écriture vive et bien énervée dans cet essai subjectif, très drôle, rédigé à la première personne. En France, les riot grrrls demeuraient un mouvement mal connu qui méritait qu’on s’y intéresse avec fougue. Manon Labry prend parti pour la cause, resitue les obstacles, les questionnements qu’elles ont dû affronter, qui les ont fait plier, sans rompre. The Julie Ruin ou Sleater-Kinney sont les descendantes directes de ce combat. Elles attendent que leurs petites sœurs se joignent à la fête.

Rebel girl, rebel girl you are the queen of my world!

Riot grrrls : chronique d’une révolution punk féministe / Manon Labry. Zones, 2016

Chronique publiée dans New Noise n°35 – septembre-octobre 2016

Rock & littérature : là où le rock rencontre les mots de Rafael Panza

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Si vous êtes des lecteurs assidus de New Noise, vous connaissez Rafael Panza pour lire régulièrement ses chroniques éclairées dans votre mag préféré. Vous le savez donc passionné de rock. Peut-être ignorez-vous que l’homme a des lettres et qu’il affectionne également la littérature. Si, c’est possible. Il ne se contente pas d’écouter de la musique amplifiée ou de lire des livres sans image, il analyse les rapports entre les deux. Et il le fait avec un soin universitaire, terme qui, je vous le rappelle, n’est pas synonyme d’ennui. Combien d’entre nous se sont entendu dire : « ça, c’est un roman rock », ou « ça, c’est un groupe intello » (sous entendu, qui sait lire) ? Eh bien, il ne suffit pas de le dire, encore faut-il le prouver. C’est ce à quoi s’attelle l’auteur, lors d’une démonstration dense mais claire, pointue mais abordable.

Voici quelques éléments d’une thèse difficile à résumer dans une chronique.

I : Le rock dans la littérature ou Qu’est-ce qu’un roman rock ? L’étude de romans emblématiques, Human Punk de John King, High Fidelity de Nick Hornby, Teen Spirit de Virginie Despentes ou Rue des martyrs de Patrick Eudeline, pour ne citer qu’eux, dévoile plusieurs points communs :

  • reprise de thèmes chers aux groupes de rock (la bande de potes et de musiciens, la critique de la société moderne, les addictions, le rêve d’un ailleurs),
  • mise en lumière de motifs rock (le rockeur/antihéros, le rock comme religion),
  • utilisation de morceaux rock comme moteur narratif (pour créer une ambiance, une émotion, coller à l’état d’esprit du héros),
  • création d’un style (emploi d’un langage vraisemblable au service d’un tempo fait d’alternances de différents rythmes, le tout mâtiné d’humour noir).

II : la littérature dans le rock ou En quoi un morceau, un album s’apparente-t-il à de la littérature ? Dylan, par exemple, avec « Like a Rolling Stone », se réapproprie un ensemble de structures littéraires et esthétiques de la Beat generation :

  • construction lexicale faite d’inversions et de métaphores,
  • apparition de personnages étranges,
  • mix de différents niveaux de langages.

Ces figures, associées à un ton particulier et une structure déséquilibrée donnent une idée de la chute sociale ainsi que l’envisageait Ginsberg.

Noir Désir, en développant, tel Rousseau, une mise en avant introspective et intime, en tendant au lyrisme par la musique, en citant dans ses paroles des auteurs tel Lautréamont, esthétise les poétiques romantiques comme le rejet de la société moderne, industrielle et capitaliste.

Pink Floyd et son concept album Animals, s’écarte de La ferme des animaux d’Orwell, jusqu’à créer une poétique originale, fondée sur des images sonores notamment.

Avec « Venus in Furs », adaptation de Léopold von Sacher-Masoch, Le Velvet fait revivre musicalement les caractéristiques du livre (on entend le plaisir dans la douleur, le malaise) mais les déterritorialise en les réimplantant dans un autre mode d’expression, la chanson rock. Nous ne sommes plus dans l’imitation mais dans la production personnelle.

Fichtre ! De quoi briller, entre deux bières, dans les concerts en ville ! Vous pouvez remercier Rafael Panza qui s’attaque à un sujet plus ardu qu’il n’y paraît et réussit l’exploit de ne pas jamais perdre le lecteur. Didactique sans se la péter prof, il répète, reformule, explicite si besoin et étaye son propos de nombreuses définitions et citations. De même que les oeuvres qu’il dissèque, il s’adresse à un public de connaisseurs, qui comprend les références, les clins d’oeil, un public curieux, intelligent, comme vous l’êtes, si vous lisez New Noise.

Rock & littérature : là où le rock rencontre les mots / Rafael Panza. Camion blanc, 2016

Chronique publiée dans New Noise n°34 – juillet-août 2016

L’odyssée du pingouin cannibale de Yann Kerninon

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Ou les aventures désopilantes (mais pas que) du plus grand groupe de Fuck Métal (ben, c’est le seul).

Deux pingouins sont sur la banquise. L’un dit : « Tiens, on dirait que tu portes un smoking.» L’autre répond : « Et qu’est-ce qui te dit que je n’en porte pas un ? »

Qu’est-ce qui te dit que pas ? ou Who says I’m not ? Oui, pourquoi ne pas être un pingouin cannibale, ne pas fonder un groupe de Fuck Métal répondant au nom de Cannibal Penguin et ne pas monter sur scène ? C’est la question que s’est posée Yann Kerninon, futur (mais pas encore) chanteur-guitariste, un matin, dans sa trente-sixième année. Alors que chacun sait que Dieu est mort, que l’Homme est confronté à l’absurdité Radicale de la vie, au non-sens du monde contemporain, pourquoi ne pas conjurer le néant et l’angoisse en décidant de faire qu’il se passe quelque chose, soit réunir des pirates du vide pour se tenir chaud ?

L’odyssée raconte la genèse et les débuts du groupe. Car Cannibal Penguin n’est pas qu’un concept, c’est un vrai groupe, avec de vraies compos, qui a sauvé Yann Kerninon du suicide et du désastre.

Pour y parvenir, il lui a fallu définir les 10 commandements du Fuck Métal (qui sont 11) :

1. Pour faire du Fuck métal, bois de la bière

2. Si tu sais bien jouer de ton instrument, ne fais pas du Fuck Métal

3. Si tu es nul, vas-y !!! Yeah ! Fuck Métal !

4. Adore les pingouins cannibales

5. Fais ce que tu veux

6. Fais n’importe quoi, mais fais-le bien…

7. Si tu fais des fausses notes, monte la disto et dis que c’est ça le Fuck Métal (cf. Kurt Cobain)

8. Si tu veux te suicider, prends plutôt une bière

9. Si tu veux toujours te suicider, compose une ballade trash sur les pingouins cannibales.

10. Si tu crois que tu chantes trop aigu ou trop grave, dis que c’est comme ça que se chante le Fuck Métal.

11. Le Fuck Métal c’est toi !

Il lui a aussi fallu trouver des comparses capables de respecter ces préceptes et d’oser affronter le ridicule, se constituer un répertoire (« Love the wrong way » : slow sodomite ; « Anarchy in the UK » version zouk ; « La chenille » version Fuck Métal…), trouver la force de (faire) rire et y aller à fond, « jouer mal, jouer fort, jouer faux, mais le faire triomphalement, avec audace et style. »

Mais attention, Cannibal Penguin n’est pas (seulement) une farce de bouffons adeptes de la gaudriole. C’est un art de vivre, l’incarnation du punk et non plus son idolâtrie, une réponse au grand n’importe quoi qu’est le monde.

Né aux débuts des 70’s, Yann Kerninon est un enfant du vide, de la fin des utopies. Pour se consoler, il a eu recours aux Sex Pistols, aux Monty Pythons et à la philosophie (il est prof de philo). Son récit est brillant et rare. Il y parle de Nietzsche, Bourdieu, Heidegger ou Camus. Il livre ses considérations profondes sur le sens de la vie, la place de l’art, l’attraction du suicide. Il sait faire rire et pleurer. Dandy, dada, magicien, cycliste, il a trouvé le remède au mal de vivre, il a réussi à conjurer le réel, la vieillesse et la fin de l’amour, il a fait un miracle : Cannibal Penguin.

L’odyssée du pingouin cannibale / Yann Kerninon. Buchet Chastel, 2016