La contre-nature des choses de Tony Burgess

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Un homme marche, tête baissée, évitant de regarder devant lui, se forçant à ne surtout pas lever les yeux vers le ciel. Tous font comme lui. Plus personne ne regarde le ciel. Etrange, dès les premières pages, cette atmosphère dérangeante qui émane des pensées et des observations de ce narrateur. Il est seul parmi d’autres, cet homme, et il a peur d’avoir contracté les pires maladies, atteint qu’il est des symptômes d’infections terribles.

C’est lui qui nous explique en temps réel, au travers d’anecdotes, ce qui s’est passé. Il nous apprend où, il nous apprend quand. Il y a vingt ans, à Toronto, les morts ont commencé à ne pas mourir, à s’obstiner à bouger. Au début, on a cru qu’ils feraient du mal aux vivants, et puis non. Ils se contentaient de bouger, de rester là. De plus en plus nombreux. Il a bien fallu s’en débarrasser. Comment ? En les incinérant dans des grands fours. Mais ça rappelait de mauvais souvenirs. En les enterrant. Mais ils remontaient à la surface. C’est la société Déchets & co qui a trouvé la solution. Les envoyer en orbite autour de la terre. C’était rassurant. On pouvait les imaginer flottant dans les étoiles. Même si ça a changé le ciel.

Les zombies n’en finissent pas de fasciner. Si la littérature s’empare du mythe avec plus ou moins de bonheur, il faut du génie pour renouveler le genre, dépasser les clichés. Burgess y parvient et livre un court roman post-apocalyptique atrocement angoissant.

D’abord, l’auteur y dépeint une réalité affreusement normale. L’homme s’accommode de toutes les horreurs. Le narrateur ne s’étonne plus. Il vit et s’en contente. Il reste des cafés, des B&B tenus par des petites dames frêles, des toasts aux œufs et au bacon. Il reste des cachets qui riment avec zepam.

Ensuite, ce ne sont pas les zombies qui terrifient, ce sont les hommes. En particulier, un homme, Dixon, que le narrateur traque. Dixon vend les morts. Dixon tue les gens pour vendre les morts. Il les tue avec délectation, sadisme, en masse. La tâche est aisée. On envie les morts, alors on se laisse bercer de mensonges, parce qu’il est facile de croire qu’on sera tellement mieux, après la vie. Dixon ne se contente par de tuer, il a élevé la sauvagerie au rang de routine. Et si la puanteur, le sang, la merde et tous les fluides corporels, toutes les humeurs fétides se répandent, c’est bien parce qu’elles suintent des vivants et non pas de hordes de revenants d’un outre-monde, qu’elles soulèvent le cœur. Dixon est nécrophile, malade sexuel, cannibale… Scènes de torture, de viols, de tueries inventives, répétitives, obscènes portent le lecteur au bord de la nausée, le tout baignant dans une ambiance de solitude abyssale.

Burgess dresse le portrait d’une contre-humanité, questionne notre nature profonde. Les mots sont heurtés, joints en une langue hachée, frontale, d’une poésie étonnante, douloureuse. Une langue qui dit, en creux, notre capacité à demeurer humain si on chérit nos morts, si on se rappelle leur amour, et si on peut, encore un temps, contempler le ciel.

La contre-nature des choses / Tony Burgess. trad. de Hélène Frappat. Actes sud (Exofictions), 2018

Débâcle de Lize Spit

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Dans le petit village flamand de Bovenmeer, seulement trois enfants sont nés en 1988 : Eva, Pim et Laurens. A l’école, on les colle au fond de la classe et on bricole pour eux un apprentissage adapté à leur niveau. Ils forment donc un petit groupe distinct des autres enfants. Les « trois mousquetaires » se retrouvent de fait inséparables. Ils trainent, toujours ensemble. Un coup chez Pim, à la ferme. Un coup chez Laurens, à la charcuterie. Jamais chez Eva. Ses parents sont un peu débordés par leurs propres problèmes, il faut dire. Dépression sévère pour le père. Alcoolisme pour la mère. Gentils mais défaillants. On fait plus joyeux. Vélo, baignades, ennui, puberté, ennuis.

En 2002, l’été de leurs 14 ans, les deux garçons décident que noter à l’aveuglette les filles sur la seule chose qui compte, leur physique, ne suffit pas. Il faut les voir à poil pour être sûrs. Ils inventent un jeu très excitant. Pour gagner une somme rondelette, elles devront résoudre une énigme proposée par Eva. A chaque mauvaise réponse, elles enlèveront un vêtement. Sale jeu qui finit mal… En 2015, Eva, qui vit désormais à Bruxelles, revient sur les terres de son adolescence. Elle n’y est pas retournée depuis des années. Elle se souvient de tout. Elle sait exactement pourquoi elle revient.

Bouleversant, dérangeant, d’une beauté glaciale, les mots manquent pour décrire ce premier roman de Lize Spit et les émotions intenses que l’on ressent à sa lecture. Tout y est si parfaitement maitrisé, la construction narrative, faite d’allers et retours entre passé et présent, la description du milieu social et géographique dans lequel grandissent les trois gosses, la tension continue…

Les mots d’Eva sonnent juste. La petite fille, l’ado complexée, un peu paumée puis la jeune femme triste, terne que l’héroïne est devenue, prennent vie tour à tour, sans mièvrerie ni naïveté, et si le portrait psychologique est des plus fouillés, il n’ennuie jamais. Les personnages plus secondaires, comme Tessie, la jeune sœur d’Eva, enfant gracile, fragile, qui perd pied sous nos yeux, ou le frère de Pim, si poignant, secouent, remuent, mettent à genoux.

Tout le roman se lit le cœur serré, avec la conviction que l’issue ne peut être que douloureuse, mais une scène en particulier, inoubliable, brutale à l’extrême, terriblement perverse, place d’emblée Lize Spit au rang des meilleurs auteurs à la fois de romans noirs et de romans sur l’adolescence.

Débâcle / Lize Spit. trad. de Emmanuelle Tardif. Actes Sud, 2018

La disparition de Karen Carpenter de Clovis Goux

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Clovis Goux n’est pas fan des Carpenters, pas même de la moitié féminine du duo, Karen. Son livre n’est pas une bio à la gloire d’une énième icône sacrifiée sur l’autel du star system. Faut dire que la pop du dit groupe, niaise jusqu’à l’écœurement, est dure à avaler. Trop de sirop tue le sirop. Non, ce qui l’intéresse dans ce court récit, tenant plus de l’essai que du déroulement chronologique d’anecdotes concernant la fratrie Carpenter, c’est que la vie de la chanteuse semble plaquée au destin des USA, que sa chute semble un symbole du déclin du rêve américain. Clovis Goux a choisi un bon angle d’attaque pour parvenir à nous intéresser à la vie de Karen dont, au départ, on se foutait autant que de la mort de Johnny. Tout est dans le symbole, on vous dit.

La jeune Carpenter, donc, est et restera tout au long de son existence, un emblème de la classe moyenne et de ses valeurs traditionalistes. Ce n’est pas un hasard si le groupe rencontre un succès énorme au début des 70’s. Richard et sa sœur sont les enfants modèles de l’Amérique blanche conservatrice, celle qui n’a pas eu voix au chapitre durant toute cette période agitée anti-vietnam, celle qui prend sa revanche, maintenant que l’assassinat de Kennedy a fait perdre aux idéalistes leur innocence, maintenant que le Summer of love est loin. Les hordes de hippies chevelues digèrent leurs remontées d’acide. L’heure est au retour à l’ordre. Les Carpenters, Nixon l’a bien compris, sont une arme au service de la famille, du pays, de Dieu. Leurs chansons, des reprises de vieux standards pour la plupart, glorifient l’amour, le vrai, celui qui implique que la mère reste à sa place, à la maison et qu’elle accomplisse ce pour quoi elle est faite, les courses.

Mais voilà, Karen n’est pas qu’une sœur et une fille, elle est aussi un être humain, douée pour le chant et la batterie, qui souffre et désespère de s’exprimer autrement que comme l’ombre de son frère. Les disques se vendent par millions et Karen maigrit à vue d’œil. Le Dulcolax, ce puissant laxatif qu’elle gobe du matin au soir, lui permet d’effacer ses rondeurs adolescentes, de se conformer à l’image qu’on attend d’une star, en même temps que, paradoxalement, perdre trop de poids lui donne l’illusion de contrôler enfin son destin. Karen meurt d’épuisement en 1982, à trente-deux ans, squelettique à se briser les os.

C’est avec beaucoup de finesse dans l’analyse autant que dans le style, non dénué d’humour, que Clovis Goux dresse un portrait au vitriol d’une certaine Amérique prête à dévorer ses enfants en même temps qu’elle tue ses rêves. Idéal consumériste avec ses centres commerciaux, ses shows télé sponsorisés par des marques de dentifrice, archétype féminin de la ménagère joyeuse : tout cela s’écroule au début des 80’s. Les pauvres ne passent pas la seconde et les petites filles sages crient leur révolte en se faisant crever de faim.

La disparition de Karen Carpenter / Clovis Goux. Actes sud (Rocks), 2017

Chronique publiée dans New Noise n°42 – janvier-févier 2018

La forteresse impossible de Jason Rekulak

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New Jersey. 1987. Trois potes de quatorze ans, Billy, Alf et Clark, voient leur existence bouleversée en une seconde sismique. Rien ne les avait préparés au choc qu’ils subissent ce matin tranquille dans leur petite vie tranquille. Vanna White, la sublime présentatrice de La roue de la fortune, ce jeu télé que l’Amérique regarde religieusement chaque soir que Dieu bénit, Vanna White fait la Une de Playboy. Derrière son comptoir, l’unique kiosquier de la petite ville tranquille de Wetbridge, Mr Zelinsky veille. Derrière son dos, sur la plus haute étagère, Vanna fait de l’œil aux trois jouvenceaux. La couv est aguichante. Les pages intérieures sont remplies d’une délicieuse promesse. Cette revue, il la leur faut. Ils ont l’argent pour l’acheter, mais pas l’âge. Après avoir exploré et testé toutes les solutions, une conclusion s’impose : se rapprocher de Mary, la fille de Zelinsky, férue d’informatique, comme Billy. C’est donc lui qui s’y colle.

Quel gracieux roman que celui-là ! Jason Rekulak explore en délicatesse cet âge de tous les possibles. Il ne force pas le trait, n’outre pas les relations entre ses personnages, qui sonnent juste. Les tourments qu’ils endurent sont à la fois immenses et éphémères, leurs conneries énormes et sans conséquence. L’amitié et l’amour semblent vouloir durer toujours. Rekulak prend le temps de creuser les caractères et les liens qui les unissent, sans manichéisme, finement, les rendant tous attachants et drôles, non sans rappeler Stand by Me, cette autre œuvre au regard tendre sur l’adolescence. Il prend le temps de dépeindre l’existence paisible de cette bourgade américaine éloignée de l’agitation des grandes mégalopoles. Pas de centres commerciaux en périphérie, pas de téléphones portables, d’internet. L’informatique en était à ses balbutiements et n’avait pas encore bouleversé les modes de vie. On allait au vidéoclub louer des films et on se donnait rendez-vous sous le grand arbre. Les années 80 prennent des allures de 50’s, tant cette époque paraît lointaine. Elles ne sont pas clinquantes, pas sépia non plus. La forteresse impossible n’est pas un roman passéiste, nostalgique d’une ère révolue. Ce n’était pas mieux avant, simplement différent. Et rien ne changera jamais les adolescents.

La forteresse impossible / Jason Rekulak. trad. de Héloïse Esquié. Actes sud, 2017

La glace et le sel de José Luis Zàrate

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« Je suis certain que l’hiver a embarqué à bord ».

Dans Dracula, le roman de Bram Stoker, l’être suprêmement maléfique arrivait à Londres à fond de cale à bord du Déméter. Dans la soute, de mystérieuses caisses remplies de terre, à l’abri de la lumière du jour, gisaient. La goélette était vide de tout équipage. Seul le capitaine, attaché au gouvernail, mort, était retrouvé. Qu’avait-il bien pu se passer au cours de la traversée ? C’est ce qu’imagine José Luis Zàrate, dans ce court roman sensuel et envoutant. Les aventures maritimes, le vase clos et les péripéties qu’elles induisent sont à la source de nombreux récits exaltants. Le long périple du Déméter, en cette année 1897, ne pouvait qu’être propice à l’imagination et aux spéculations.

En plus du capitaine, cinq matelots, deux officiers de pont et un cuisinier embarquent, chargés de transporter une cinquantaine de caissons dont ils ignorent le contenu jusqu’en Angleterre. Ils partent de Varna, en Bulgarie, et devront traverser la Mer Noire, la Mer Egée, la Méditerranée et longer les côtes européennes. Le voilier souffre, gémit, se plaint. A la chaleur de plomb des jours où l’on ne peut se cacher du soleil, à la morsure du sel et de la sueur, succèdent les nuits glaciales. Des phénomènes inexplicables se multiplient. Les hommes sont comme envoutés, hypnotisés par une entité énigmatique. Les rats noirs quittent le navire, se précipitant dans les flots, fuyant la cale et les rats blancs qui veillent. Est-ce la peste ? Ou un fléau pire encore qui frappe le Démeter ? Une calamité qui consume les âmes ?

Les faits sont relatés par le capitaine. Dans son journal de bord, destiné à la postérité. Et surtout à travers ses pensées, indignes d’être notées, inavouables. Car il lutte contre un mal plus puissant que la force qui décime son équipage : son attirance pour les hommes dont il a la charge. Les torses glabres et dénudés lui inspirent mille envies le jour. Ses nuits sont pleines de rêves d’étreintes, de cous embrassés jusqu’au sang. Des rêves, vraiment ?

La symbolique sexuelle parcourait l’œuvre initiale de Stoker. Zàrate s’en empare et la décline à l’envi. Ce qui tue les marins, c’est bien sûr cette présence impalpable terrée en soute. C’est surtout le désir d’un homme, un désir qu’il ne peut contenir, une soif inapaisable malgré la culpabilité qui le détruit inexorablement, portée par le souvenir d’un amant lynché par la foule, il y a longtemps.

Zàrate revisite le thème du vampire dans toute sa splendeur originelle. Point de monstres qui volent ou jouent du piano pour envouter leur belle ici. Les adorateurs d’une bit-lit édulcorée pour ado seront déçus. Si les phénomènes fantastiques se multiplient dans l’espace fermé du vaisseau bientôt fantôme, les scènes horrifiques sont éclipsées au profit d’une introspection qui terrifie plus le capitaine que des mésaventures factuelles même terribles. L’étrange, souligné par de nombreuses références à des mythes et superstitions locales, (comme ces strigoi, ces oiseaux de nuit qui sucent la chair humaine, ou ces monstres du Ghana, des rats dont on soude la mâchoire, laissant pousser leurs dents), porté par le déchainement des éléments naturels, est insinué, érotique, intense comme les pulsions.

La glace et le sel / José Luis Zàrate. trad. de Sébastien Rutés (Mexique). Actes Sud (exofictions), 2017

Anima de Wadji Mouawad

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En rentrant chez lui, Wahhch Debch trouve le cadavre de sa femme, atrocement mutilé. La police canadienne identifie rapidement le meurtrier, un Indien mohawk retranché dans sa réserve, mais montre peu d’enthousiasme à l’idée d’aller l’arrêter. Wahhch se lance donc seul à sa poursuite.

Publié dans une collection de littérature générale, le roman de Wajdi Mouawad est assurément un roman noir. Il en a tous les ingrédients : une enquête criminelle, la peinture d’un milieu (ici, de plusieurs), une analyse approfondie de l’environnement social et culturel dans lequel vivent les protagonistes, une volonté de décrire l’état d’un monde en souffrance pour en souligner les dysfonctionnements. Il est aussi un roman d’une grande tenue, et d’une extrême rigueur quant à la langue et la construction. Il est, surtout, étrange, dérangeant et beau. Le parti pris de l’auteur aurait pu finir par alourdir son propos : à celle des humains qui constituent les (anti)héros de son histoire, il mêle la parole des animaux qui croisent leur route. Chaque chapitre a pour titre le nom latin d’un animal qui explique ce qu’il voit, et dit ce qu’il pense de la situation. Il faut quelques lignes au lecteur avant de comprendre si le narrateur est un chat, un poisson rouge ou une chauve-souris. Cette invention narrative fonctionne parfaitement. Loin de créer de la lassitude, elle stimule au contraire la curiosité et permet de faire avancer l’aventure sans jamais lasser. Le chien d’un paysan aboie ? Son maître lui ordonne de se taire. Pourtant, ce chien désirait simplement alerter Wahhch sur le fait qu’une petite abeille s’était égarée sur son col de chemise. Et la dite abeille de décrire sa peur d’avoir quitté sa ruche, la douceur de la peau de l’homme et l’angoisse profonde qu’elle sent émaner de lui.

Surtout, cette astuce littéraire remet l’homme à sa place, une place unique, celle du plus redoutable des prédateurs envers tous les êtres de la Création. Par touches poétiques successives, on comprend ce qui se joue. Subtilement, on plonge dans l’horreur. Les assassinats sauvages d’un meurtrier en fuite sont abominables, ils ne sont pourtant que des faits divers sordides comparés au massacre de Sabra et Chatila, ou au génocide des Mohawks, dont il est finalement question ici. La prise de conscience de la cruauté absolue des hommes fait de la lecture de ce livre un moment éprouvant. Néanmoins, elle change notre perception du monde. Et c’est rare. Il a fallu des années à son auteur pour l’écrire, il a fait des recherches poussées sur tous les animaux qu’il fait parler. Il s’en dégage une telle proximité avec les animaux qui nous côtoient et que nous ne voyons plus, leur regard est si bienveillant à notre encontre que, certes, notre cœur est lourd et nos larmes ne sont jamais loin ; mais si l’on reste capable de s’émouvoir de la détresse d’une fourmi perdue sur un genou, alors peut-être que tout n’est pas perdu.

Anima / Wajdi Mouawad. Actes sud, 2012

Les animaux de compagnie de Bragi Olafsson

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Imaginez : vous rentrez de voyage et vous avez dans l’idée de passer une soirée tranquille chez vous. Ecouter les disques que vous avez achetés, vous détendre… et vous préparer à recevoir la magnifique créature que vous avez rencontrée dans l’avion.

Vous mettez de l’eau à chauffer pour vous faire un thé et soudain, subrepticement, du coin de l’œil, vous apercevez une vieille connaissance qui s’apprête à sonner à votre porte. Et vous n’avez pas du tout envie de lui ouvrir. Alors, vous faites le mort. Et quand cette vieille connaissance insiste, s’acharne après votre sonnette, et décide de rentrer par une fenêtre, que faites-vous ?

Emil, le héros de ce roman hilarant, pris de panique, se précipite dans sa chambre et se glisse sous son lit. Mauvaise idée ! Il assiste alors, dans cette position inconfortable, lors d’une soirée interminable, au désordre, au chaos qui s’insinue dans son appartement, incarné par un homme qu’Emil déteste et s’était juré de fuir comme la peste. Cet Havardur, croisé des années plus tôt lors d’un voyage en Angleterre terminé en cauchemar, s’installe dans son fauteuil, boit son cognac, fume ses cigares, reçoit ses amis, et entreprend de flirter avec sa future conquête.

Si pour vous les Islandais sont un peuple plutôt austère et peu enclin à la rigolade, alors ce roman vous fera revenir avec bonheur sur vos préjugés tant l’auteur manie le cynisme et l’autodérision avec jubilation.

Les animaux de compagnie / Bragi Olafsson. trad. de Robert Guillemette. Actes Sud, 2011