Ne plus écrire de Thierry Tuborg

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Quand on est écrivain, intituler son dernier roman Ne plus écrire, voilà qui n’est pas banal. Et compléter le titre d’un Tome 1, voilà qui rassure et forme un ensemble tout à fait emblématique de ce qu’est l’écrivain Tuborg. A savoir, un auteur qui se questionne sur la poursuite de la création littéraire et y répond par l’affirmative dans la foulée, parce qu’après tout, c’est lui le patron. Alors, évidemment, nous sommes ici dans un roman (c’est écrit dessus), et non pas dans un de ses journaux dans lequel Tuborg nous livre, à nous qui en redemand(i)ons, ses états d’âme et l’état de ses artères ou de ses comptes en banque depuis des années.

Mais faut pas nous la faire ! Tu crois qu’on t’a pas reconnu, Thierry, sous les traits de ton alter ego de papier, un certain Patrick Mardi ? Maligne mise en abîme, en tout cas, pour nous raconter comment c’est dur d’écrire, de trouver un éditeur, d’y renoncer, d’écrire tout de même, de garder un public et de gagner du fric. Rien n’est simple, il faut affronter seul les découragements, les blessures, les doutes.

Alors, pourquoi le faire, si personne ne vous lit ? Parce qu’il est impossible de faire autrement ! Ce vice qui le ronge, à savoir raconter des (ses) histoires, assembler des mots pour qu’ils sonnent joliment et disent des choses, il est bien incapable de ne pas y céder, même s’il semble s’y résigner, au début, faute de lecteurs. Tuborg nous conte donc un peu de la vie de Patrick, le fait tomber en amour (réciproque) d’une petite jeunette au minois à la Emma de Caunes (pourquoi se faire chier ?), devient vendeur de livres et de bonbons, et je ne vous dis rien de la fin.

L’histoire est prétexte. A digresser avec délice. Faire montre d’un recul jubilatoire accentué par la fiction. Régler quelques comptes, au passage. Placer des références. Faire quelques petits clins d’œil (merci). Parler musique, bière et bars. Décrire tics et tocs. Narrer angoisses, vieillesse et mort.

Avec son sens de la formule qui fait rire, Tuborg ne se prend pas au sérieux. Mais il le fait drôlement sérieusement.

Si tu veux qu’il sorte le tome 2, sinon faudra pas pleurer, c’est là : http://thierrytuborg.fr/catalogue.html

Ne plus écrire. Tome 1 / Thierry Tuborg. Les éditions relatives, 2019

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Les fantômes du Paradis / Premières Gymnopédies. Les années Stalag de Thierry Tuborg

 

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Il fallait bien deux volumes pour raconter l’itinéraire atypique d’un enfant du siècle dernier. C’est ce à quoi s’est employé Thierry Tuborg, à dix ans d’intervalle, dans cette autobiographie en deux tomes. Bien malin celui qui lira Les fantômes du paradis, où il nous narre son enfance jusqu’à ses quinze ans, et qui résistera à vouloir connaître la suite de ses aventures, Premières Gymnopédies. Les années Stalag, parues en 2007. Et pourquoi donc ? Parce que Tuborg est un personnage attachant, qu’il maîtrise les techniques narratives propres au genre, que sa bio se lit à la vitesse d’un morceau des Ramones. Et qu’il ne s’épargne pas. Qu’est-ce qu’on se marre ! Depuis cette scène où il pisse sur sa chaise pendant un concours de piano au Conservatoire, il lui a fallu prendre beaucoup de recul pour rendre aussi justement ce qui peut se passer dans la tête d’un gamin de dix ans, et faire rire de ses déboires avec tant d’obstination.

L’adulte a de la tendresse pour le gosse coriace qu’il était, c’est certain. Fanfaron, têtu à l’extrême, déterminé à vivre de la musique, petit Tuborg est une tête à claque irrésistible, et ces traits de caractère ne sauraient s’estomper avec l’âge, surtout à l’adolescence. Envie de découvrir le vaste monde, ce qu’il y a sous les jupes des filles, on ne peut pas dire que l’auteur ait été en retard pour multiplier les expériences, même (surtout ?) si ça faisait bien chier ses parents. Les anecdotes défilent, qui tissent le portrait d’un morveux qui doute tout en prétendant être très sûr de lui, qui se précipite tête baissée dans toutes les emmerdes possibles et réfléchit ensuite, de son émancipation à l’âge de seize ans en passant par la taule en ex-RFA, ou sa propension à tester tout ce qui peut déchirer la tronche.

Pourvu que ça bouge, que ça brûle ! Le style est alerte, l’autodérision omniprésente, et certains portraits au vitriol sont des plus jouissifs, Higelin se reconnaîtra. Le milieu rock bordelais de la fin des 70’s est planté avec beaucoup de sincérité, et le parcours de Stalag, groupe furieux dont il fut le chanteur est l’occasion pour lui d’aborder certaines frasques dont il n’est plus trop fier. Mais pas de regrets, non mais dis donc ! Tuborg ne mange pas de ce pain-là et l’on soupçonne le sieur d’en être resté un vrai de vrai. Un vrai quoi ? Un vrai punk !

http://www.thierrytuborg.fr

Les fantômes du Paradis / Thierry Tuborg. Les éditions relatives, 2017

Premières Gymnopédies. Les années Stalag / Thierry Tuborg. Le cercle séborrhéique, 2007