Life From a Window : Paul Weller et l’Angleterre pop de Nicolas Sauvage

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Les Français n’y entendent rien. Paul qui ?, demandent-ils quand on évoque le nom de Paul Weller. De ce côté-ci de la Manche, Paul + musique anglaise = McCartney, point barre. Ok, je schématise, j’axiomatise, je raccourcis. Mais quand même, le public froggy est bien passé à côté d’une icône de la pop made in England. Que dis-je une icône ? Une star ! Un Dieu vivant ! On parle du Modfather quand même ! Il fallait bien un bouquin de 500 pages pour remettre ce Paul-là dans l’équation. C’est Nicolas Sauvage qui s’y colle en détaillant par le menu le parcours du man of class qui a délivré en 2018 son quatorzième album solo.

Paul Weller nait en 1958 à Woking, une petite ville à trente-cinq kilomètres de Londres. De son enfance, il gardera une affection particulière pour les groupes qui l’ont bercée, les Beatles, les Kinks, les Who.

En 72, son premier groupe propose des reprises très éloignées de la mode prog ou glam du moment. De cette formation émergera le trio The Jam (Weller/guitare-chant, Bruce Foxton/basse, Rick Buckler/batterie) qui se hissera rapidement au rang de gloire nationale.

En 1977, en pleine période punk, le tube « In the city », avec ces paroles réalistes à la Clash, les raccroche un temps à cette scène. Le quiproquo sera de courte durée. Ce n’est pas le punk qui fait vibrer Weller qui affirme depuis toujours un penchant pour la soul, le ska, le rocksteady, le rétro, et depuis 75 pour les rétroviseurs. Ceux accrochés aux scooters des mods. La renaissance de ce mouvement initié par des fils de prolétaires au sortir de la seconde guerre mondiale, qui écoutaient du modern jazz, étaient sensibles à l’existentialisme, à la Nouvelle Vague, à la mode italienne, l’enthousiasme.

En 79, le troisième revival mod, coïncidant avec la sortie de Quadrophenia, fait des Jam son étendard. En 82, après dix ans d’existence, et alors que The Gift, leur sixième album est en tête des charts, Weller met un terme à l’aventure.

Son amour de la soul, du funk, des musiques noires, de la Motown, des Small Faces, il l’exprimera avec The Style Council, qu’il fait grimper au sommet des tops, avec « Shout to the Top», notamment, en 1984, avant de subir quelques revers de fortune, pour ne pas dire échecs commerciaux. En 89, Weller se retrouve sans groupe, sans label, sans projet, à 31 ans.

Son 1er album solo, Paul Weller, reçoit un accueil mitigé en 92 mais prouve sa volonté de ne pas quitter la scène.

Les mid- 90’s marquent son retour en grâce. Face à la déferlante Nirvana, Pearl Jam ou autres Soundgarden, la Britpop, dans un regain de fierté, se réapproprie les standards de la britannitude. Blur, puis Oasis, à grands coups de Parka et Desert Boots revisitent les cultures mods et skins. Dans ce contexte, Weller devient la figure emblématique de ce retour aux sources so british. Stanley Road, en 95, son 3e album solo sera son plus gros succès commercial. Son single « Hung Up » se place entre « Girls and Boys » de Blur et « Supersonic » d’Oasis, ce qui permet de mesurer à quel point la France a boudé l’artiste.

Au cours de la décennie suivante et jusqu’à aujourd’hui, Weller ne cessera de surprendre, de prendre des risques, de se réinventer.

Vous ne saviez rien de Weller, ou presque ? Eh bien, après la lecture de Life From a Window vous saurez tout. Le livre de Nicolas Sauvage vise à l’exhaustivité et analyse chaque morceau, vidéo, collaboration, concert, mettant un point d’honneur à ne pas relayer les frasques de sa vie privée. Son parcours est mêlé à celui de la musique britannique, ses albums replacés dans le contexte de leur époque. Tout est dit.

Les critiques français n’ont jamais compris Weller. Peut-être multiplie-t-il trop les différentes références. Ou qu’il est si anglais qu’on ne pourra jamais le saisir, qu’il demeurera aussi incompréhensible que la jelly, qu’il passe sous nos radars, et que c’est justement pour ça que ses compatriotes l’aiment tant.

Life From a Window : Paul Weller et l’Angleterre pop / Nicolas Sauvage. Camion blanc, 2019