En lettres de feu (Les Brillants tome 3) de Marcus Sakey

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Nick Cooper est un Brillant. Né dans les 80’s, il fait partie de la première génération, ce 1% de l’humanité (enfin, de l’Amérique) dotée de pouvoirs extraordinaires, d’aptitudes décuplées, ces êtres exceptionnels capables de prouesses physiques, psychologiques ou intellectuelles. On ne sait pas pourquoi ces anormaux sont nés avec de telles facultés. Ni s’ils sont animés des meilleures intentions. Ils font peur. Ils sont différents. Alors, on se méfie, on applique le principe de précaution. On les parque, on les puce, on les envoie dans des Académies, loin de leurs familles, on les dresse. Et on dresse les Normaux à avoir peur d’eux. Ce qui déclenche des réactions en chaîne ; des Normaux qui s’offusquent de ce qu’on fait endurer à ces surhumains mystérieux dont certains sont leurs proches, ou au contraire réclament leur éradication ; des Brillants qui entrent en résistance, se protègent ou s’arment pour riposter. Des morts dans les deux camps, l’avénement de la haine, l’escalade de la violence, la guerre civile.

J’ai dit, déjà, tout le bien que je pensais du premier volet de la trilogie. Le tome 2, Un monde meilleur, laissait augurer d’un final flamboyant. Le monde était au bord du chaos, les tensions s’étaient faites actions. Attaques terroristes, ripostes guerrières, le pays paralysé, plus de vivres dans les supermarchés, des blessés par milliers, dans les deux clans. Nick, ancien agent fédéral devenu conseiller du Président des Etats-Unis, était chargé de sauver le monde, sa famille, son amour…

En lettres de feu tient ses promesses et parvient à maintenir la tension jusqu’à la toute dernière ligne. Accessible, intelligente, littérature populaire dans ce qu’elle a de meilleur, la trilogie de Sakey captive d’autant plus qu’on approche de la fin. L’auteur use efficacement de tous les ressorts propres aux romans de « genre » et s’émancipe des étiquettes : roman à suspense, d’action, d’espionnage, d’anticipation, de guerre, thriller… On transpire, on court, on pleure, on doute avec Nick, qui cherche une issue sans savoir à qui il peut faire confiance. L’étau se resserre, les solutions s’amenuisent, les rebondissements s’enchaînent, le temps s’accélère, le dénouement est magistral…

Dit comme ça, on pourrait s’attendre à une oeuvre étalant un manichéisme digne d’un film ricain à gros budget, mais Les Brillants ne sont pas qu’un divertissement maitrisé, alternant scènes de bagarre et démonstrations de force de super-héros. C’est une réflexion sur les stratégies mises en oeuvre par les groupes qui rêvent du pouvoir ou comptent le garder. Sakey décortique des mécanismes que l’on reconnaît douloureusement : exploitation de la potentialité d’un danger, désignation de boucs émissaires, peur, repli sur soi, embrigadement, actes de terrorisme, répression aveugle… Quelque soit leur origine, certains sont prêts à sacrifier leur famille au profit de leur intérêt propre. Il y a des méchants des deux côtés, et des gentils aussi, des gens qui s’entraident tandis que d’autres se massacrent. La Série B se fait Roman noir. Images de camps de réfugiés, de bombes qui explosent, de corps mutilés, la violence n’est pas gratuite. Elle dit la difficulté à vivre ensemble, et elle rappelle que l’action des Brillants se déroule dans le monde d’ici et maintenant. Tu vas me manquer, Cooper.

En lettres de feu (Les Brillants tome 3) / Marcus Sakey. trad. de Sébastien Raizer. Gallimard (Série Noire), 2017

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Les brillants de Marcus Sakey

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1980. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, des enfants aux aptitudes individuelles exceptionnelles voient le jour, des enfants aux capacités mentales ou physiques décuplées, capables de se fondre dans une foule au point d’être invisibles ou de démonter les mécanismes boursiers, bref des anormaux dont les performances terrifient les humains de base. Une trentaine d’années plus tard, l’agent fédéral Nick Cooper, doté de la faculté de décrypter les pensées, est l’un d’entre eux, l’un de ces 1% d’êtres supérieurs, l’un de ces brillants. Une guerre civile s’annonce, entre ces anormaux et les autres. Cooper est chargé de traquer les terroristes, notamment le plus célèbre et dangereux d’entre eux, un brillant comme lui.

Pour fêter ses 70 ans d’existence, en plus d’une nouvelle maquette de couverture pour le coup très réussie, la Série Noire frappe fort en proposant ce thriller mâtiné de SF, véritable page-turner qui s’écarte des standards classiques du roman noir. Foisonnant, énergique, décalé, pop, les adjectifs ne manquent pas pour qualifier cet ovni littéraire, heureux mélange de roman d’espionnage à la James Bond et d’anticipation, mettant en scène des super héros à la Marvel. Rebondissements multiples au service d’une intrigue excellemment menée, style vif parfaitement traduit, scènes de baston originales, personnages attachants et complexes, cette fiction possède tous les ingrédients d’une bonne série B. Mais que l’on ne s’y trompe pas, cette uchronie si facile d’accès a parfaitement sa place dans une collection qui interroge la marche de notre monde. Marcus Sakey refuse tout manichéisme dans la réalité qu’il invente. Les bons ne sont pas toujours là où on les attend, les méchants non plus. La société dépeinte se découvre au fil des pages dans toute sa complexité et pose de vrais questionnements : comment accepter les gens différents, pourquoi avoir peur de ce que l’on ne connaît pas, la mise à l’écart d’une pan entier de la population est-elle légitime et sans conséquence ?

A la fin de cet étonnant polar ? Frustration ! Comme pour voir la suite de votre série télé préférée, il vous faudra attendre patiemment quelques mois avant d’en apprendre plus sur Nick Cooper, à moins que l’adaptation ciné ne sorte avant (Jared Leto est pressenti pour le rôle principal), car ce volume est le premier tome d’une trilogie à suivre.

Les brillants / Marcus Sakey. trad. de Sébastien Raizer. Gallimard. (Série noire), 2015

Chronique publiée dans New Noise n°27 – mai-juin 2015