Les forêts bleues de Fanny Lalande

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Liv court. Quand elle court, elle oublie. Elle endort à petites foulées le mal qui la ronge. Elle vit seule avec son père Charles. Deux étrangers dans une vie sombre. Quand il l’entraîne sur les lieux où elle a passé son enfance, là où elle a laissé Amadeus, son cheval blanc qui se meurt à présent, ses traumatismes enfouis refont surface.

Elle retrouve l’endroit où a disparu sa mère et les protagonistes d’alors, son ami Stéphane, son presque frère quand ils étaient petits, et le père de celui-ci. Les hommes rivalisent de masculinité stupide et arrogante. On hésite à choisir lequel d’entre eux cèle le plus de ténèbres.

Les forêts bleues est un roman sur la dissimulation. Sous les masques, les personnalités cachent leur vraie nature et L’auteure prend plaisir à brouiller les pistes, à perdre son lecteur dans le dédale des émotions éprouvées par son héroïne et lui dévoiler, peu à peu, des informations qu’il devine tues et qui s’imbriquent afin que tout s’éclaire, dans les toutes dernières pages.

Fanny Lalande est habile à peindre des tableaux mouvants, où la nature prend toute sa force, où le vent, la neige et surtout les forêts deviennent des éléments du récit, ces forêts, bleues des pins qui ne laissent pas passer la lumière, qui dissimulent des coins boueux, obscurs, des secrets prêts à vous engloutir. La langue est belle. La musique omniprésente. Aussi triste que les magnifiques bois désolés de la couverture.

Difficile d’en dire plus sans divulguer l’intrigue. Parfaitement maîtrisée, elle nous mène à poser différentes conjectures, puis tour à tour les abandonner toutes, tant il est toujours difficile d’envisager le pire.

Les forêts bleues / Fanny Lalande. Zone 52 Editions, 2020

Nouvelles de la zone 52

nouvelles zone 52

Quand un représentant du collectif Zone 52, « créé dans le but de réunir des gens partageant les mêmes passions pour le cinéma déglingos, la musique forte, les jeux vidéos épileptiques, les bouquins bigarrés », demande à des auteurs de lui écrire une nouvelle, il choisit forcément des individus bercés à la culture underground, croisés dans des concerts ou autres lieux de perdition, et dont on attend qu’ils laissent libre court à une imagination fertile, qu’ils produisent des textes ne s’embarrassant pas de bonne morale. Eh bien, à la lecture des vingt nouvelles réunies dans le présent recueil, on n’est pas déçus. Jérémie Grima a fait une bonne pioche.

Le jeu consistait à respecter comme unique directive « que la zone 52 fasse partie de leur histoire ». Et si on aboutit au final à des narrations très diverses, tirant leur inspiration de cerveaux plutôt déjantés, « plus névrosés que la moyenne » sans doute, elles possèdent néanmoins les points communs d’avoir été écrites avec sérieux, révélant de vrais talents dans le style et la construction, et de dire, chacune, quelque chose sur notre temps.

Certaines s’inscrivent dans le registre réaliste, tendance littérature noire, comme « Zoé 52 », d’Elodie Denis ou « Pins et Poisons » de Philippe Saidj. Ou dévoilent un univers plus intime ainsi que le fait Sam Guillerand  dans « Ma Zone 51 + 1 ». D’autres donnent dans le récit post-apocalyptique, comme « Pour nous d’abord ! » de Christophe Siébert, ou la SF (« La guerre des ondes » de Romain Strasser ou « Redneck » de Wilhem Horn). D’autres encore empruntent le chemin de l’anticipation, voire de la dystopie  avec « Dénonciation positive n° 16984-270549 » de David Didelot ou « En boule » de Marion Chemin.

Bref, il y en a pour tous les goûts. Mais qu’elles soient ultra violentes ou tendres, angoissantes ou qu’elles fassent rire jaune, qu’elles soient longues ou courtes, écrites par des nouvellistes confirmés ou non, toutes s’attardent sur les dysfonctionnements de notre monde ou de celui à venir, pour finalement former un ouvrage cohérent avec un but, atteint : vous émouvoir, vous secouer, vous sortir, ainsi que les auteurs l’ont tous eux-mêmes fait, de votre zone de confort.

Nouvelles de la zone 52 / Collectif. Ed. sous la direction de Jérémie Grima. Zone 52 Editions, 2019

Chronique publiée dans New Noise n°52 – février-mars 2020