Mark SaFranko

« Sans vous, je ne serais rien d’autre qu’une voix dans le désert », affirme SaFranko dans la préface du fracas d’une vague, recueil de nouvelles publié en septembre chez Kicking Books. Vous ? Les éditeurs français qui, poursuivant le travail de feu les éditions 13e note, continuent à faire découvrir au public cet auteur magnifique. Il faut dire que, tel d’autres écrivains considérés ici comme majeurs, pour ne pas dire cultes, Fante, Stokoe ou Bukowski, il a souvent eu du mal à se faire publier, là-bas, aux Etats-Unis. La parution de Suicide, chez Inculte et la réédition de Putain d’Olivia ou encore d’Un faux pas chez La Dragonne ces derniers mois ont témoigné de cet intérêt français toujours vif. Si ses compatriotes le boudent, c’est peut-être parce que ses œuvres sont peuplées de losers dilettantes et désabusés, de types ordinaires englués dans les tracas de vies quotidiennes faites de frustrations, de boulots ternes, qu’on est loin du rêve américain. Ou simplement sont-ils incapables de voir, dans ses héros désarmants de normalité, dans les détails de leurs petits bouts d’existence, la force et la poésie. Tant pis pour eux.

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Photos : Ferdinand Wozniak

Ton œuvre, surtout lorsqu’il s’agit de tes romans mettant en scène ton alter ego Max Zajack (Putain d’Olivia, Confessions d’un loser, Dieu bénisse l’Amérique, Travaux forcés) est souvent décrite par les critiques comme appartenant au courant littéraire du « réalisme sale ». Ce mouvement, né dans les 80’s, incarné par des auteurs comme Bukowski, Carver ou John Fante, place au premier plan les Américains ordinaires, voire les dépossédés, et est identifiable à son style minimaliste, son emploi de mots simples. Te considères-tu représentatif de ce courant, ou d’un autre ?

Dans le cas des romans avec Zajack, probablement. Mais les étiquettes sont souvent trompeuses. Les lignes qui délimitent où débute telle catégorie et où finit telle autre sont très floues. Si l’on peut dire que mes romans sur Max sont bien du « réalisme sale », mes autres romans et nouvelles – la majorité de mon travail – englobent d’autres genres comme la fiction littéraire, psychologique, centrée sur les personnages, ou le suspense, l’horreur même parfois. Je n’en sais rien. Je suppose que c’est aux autres de le dire.

putain confessions dieu travaux

Ce qui frappe quand on lit tes romans, c’est leur apparente simplicité. Ils sonnent tellement juste, comme si leur écriture n’avait nécessité aucun effort. Je sais combien c’est extrêmement difficile de donner cette sensation de réalité, surtout en ce qui concerne les dialogues. Comment travailles-tu ? Pèses-tu chaque mot ? Fais-tu beaucoup de corrections ?

M’approcher de la forme de texte la plus rudimentaire possible, en le dépouillant un maximum, c’est ce que je cherche à faire, au fil des ans. Ce n’était pas le cas à mes débuts. Romans et nouvelles – ainsi que tout le reste – sont révisés sans fin. Je n’arrête pas d’apporter des modifications à mon travail, souvent même après qu’il ait été publié. Ainsi, la simplicité est d’une certaine façon une illusion : après dix, douze ou quatorze corrections, le texte tend à une plus grande fluidité. Et oui, chaque mot est pesé, pesé encore, et encore… pour finir très souvent par être tout bonnement supprimé. En tant qu’auteur, avec le temps, tu apprends des astuces qui te permettent de rendre cette soi-disant simplicité, cette lisibilité. Mais chaque nouvelle œuvre a son lot de défis à relever. C’est un processus sans fin, vraiment. C’est ce qui rend vivant l’acte d’écrire.

Penses-tu que les auteurs qui t’ont donné envie d’écrire toi-même (Henry Miller, Georges Simenon, Balzac, Flaubert, Dostoïevski…) influencent ton travail ?

Sans aucun doute. Je prends quelque chose chez tous les auteurs que j’adore, de Patricia Highsmith à Pascal Garnier. Ça peut être du point de vue philosophique, stylistique, ou encore autre chose. Tu sais ce qu’on dit : les bons auteurs empruntent, les grands auteurs volent. Qu’on s’en rende compte ou non, j’essaie d’être un voleur doué et discret.

Tes romans avec Max Zajack sont des romans autobiographiques, confessionnels. En France, on a un courant littéraire appelé « autofiction », constitué d’auteurs qui ne font, selon moi, que se regarder le nombril. Comment parviens-tu à toucher les gens à partir de tes expériences personnelles, à faire de ta vie une œuvre d’art ?

C’est une très bonne question à laquelle je ne suis pas sûr d’avoir de réponse satisfaisante. Je suppose que j’ai eu de la chance que mes lecteurs s’identifient aux dilemmes auxquels mes personnages, dont Max Zajack, sont confrontés. Peut-être aussi que c’est parce que je n’ai pas de problème pour rire de moi-même.

Faut-il aimer parler de soi pour être écrivain ? Tes livres en disent-ils long sur toi, même ceux qui ne sont autobiographiques ?

Malheureusement, j’adore parler, et parler de moi. Inévitablement, beaucoup des sujets qui me préoccupent dans la vie – l’amour, la mort, la passion, le meurtre, l’art – se frayent un chemin dans mon travail. Alors, oui, mes livres en disent sûrement beaucoup sur ce qui se trame en mon for intérieur, notamment sur mes doutes, mes contradictions et mes peurs. Mais je ne parle jamais de mon travail en cours, jamais avant qu’il ne soit terminé. Ça m’est arrivé à quelques occasions, et quel que soit le sujet que je pensais traiter, je n’ai finalement pas pu le coucher sur le papier. Les gens s’en sont emparés, en ont discuté longuement, et leur argumentation a révélé de sérieux doutes quant à ce que je pensais être sur le point d’écrire. Pour moi, c’est comme si l’énergie psychique produite par mon cerveau devait être comprimée au maximum pour être propulsée sur la page. La propager prématurément l’expose au risque d’être totalement gâchée.

L’utilisation du pronom « je » t’oblige-t-elle à dire la vérité ?

C’est complètement l’inverse ! Je pense que ça crée l’illusion de la vérité. Je dis souvent que dès que le stylo touche le papier, il n’y a plus de vérité qui tienne, surtout quand tu écris à la première personne. Tu te retrouves face à des postures, des déceptions, des illusions. Il y a tant de réalités existentielles possibles, même pour évoquer un moment de cette « vérité » – quoi que ça signifie – qu’elle est impossible à écrire. Le serait-elle, quel bénéfice aurait-elle sur l’art de la littérature ? Certains ont essayé. Le nom de Proust me vient à l’esprit. Céline. Henry Miller. Et tant d’autres. Mais peut-être vaut-il mieux partir d’un autre angle pour approcher la « vérité ».

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Penses-tu que tout le monde puisse être artiste ?

Ça dépend de la définition qu’on a du mot artiste. C’est un terme assez vague de nos jours, non ? J’en ai ma propre définition, mais on dirait qu’elle détonne avec le point de vue général. Je suis vieux jeu sur ce coup-là.

Bukowski avait l’alcool, Rob Roberge la dope. Tu as eu Olivia, entre autres. Dirais-tu qu’il faut avoir vécu, fait des expériences pour être écrivain ?

Certainement, mais je ne suis pas certain que les addictions que tu mentionnes caractérisent la vie. En partie, bien sûr, mais j’ai tendance à les considérer, les miennes y compris, comme des clichés. Je trouve qu’elles sont vraiment ennuyeuses et insipides désormais. C’était beaucoup plus intéressant quand certains problèmes étaient cachés et non débattus en littérature, l’énergie ainsi induite explosait ailleurs. Ces afflictions en elles-mêmes ne sont pas la vie. La vie est une pieuvre cosmique qui s’étend dans toutes les directions. La vraie vie, c’est sortir le chien, aller chez le docteur, se présenter au boulot chaque jour. Ainsi que chaque pensée et action qui vont de pair avec ces fameuses activités quotidiennes. Etre écrivain est une combinaison entre une multitude de choses : compulsions, incertitudes, perspicacité, talent, et tout un univers d’autres choses en lien direct avec la vie. Nous faisons tous l’expérience de la vie, chaque minute, à des degrés divers. Je pense que ta question se réfère à quelque chose – je déteste le terme de « sagesse » – né de l’expérience. Plus on vieillit, plus on en accumule. C’est ça, la vie. Je ne pense pas qu’on puisse avoir beaucoup accumulé de ce « quelque chose » à dix-huit ou vingt ans.

Max a toujours su qu’il serait écrivain. Cela a-t-il toujours été une évidence en ce qui te concerne ? Etait-ce impossible, pour toi, de ne pas écrire ?

J’étais très jeune quand je me suis mis, naïvement, à viser cette idée. A ce stade, c’était plus un fantasme qu’autre chose. Je ne savais pas comment m’y prendre, et je n’avais aucun discernement sur ce que je faisais. D’une certaine façon, ça n’a pas changé. Mais la compulsion s’est très tôt emparée de moi pour ne plus me quitter. Quand vous êtes atteint de cette compulsion, vous devriez être capable d’en faire quelque chose de valable. Ce n’est pas toujours le cas. Patricia Highsmith a dit une fois : « l’art est une addiction. C’est pour ça qu’il y a tant de mauvais artistes. » Tout ça n’est donc pas seulement une question de persévérance. Et il ne faut jamais sous-estimer le fait d’avoir de la chance et de bonnes relations.

T’es-tu déjà demandé pourquoi écrire ?

Oui, tous les jours. Je n’ai pas la réponse et il est trop tard, maintenant, pour que je m’en soucie.

Tes romans Suicide et Un faux pas sont des romans noirs, un autre genre de fiction. As-tu travaillé différemment pour les composer ? As-tu suivi un plan plus détaillé ?

Pour moi, ils ont l’air de faire partie d’un même processus de création. Mais ces romans sont construits assez différemment, en fait, car leur narration repose sur une intrigue rigoureuse. Cela dit, quand tu écris un roman ou une nouvelle, beaucoup de choses se greffent auxquelles tu ne t’attendais pas. Tu ne peux pas toujours prévoir où les choses vont te mener. En tout cas, moi, je ne peux pas.

suicide faux pas

Dans tous tes romans, les relations entre les hommes et les femmes sont violentes, perturbées, passionnées. A part le sexe, ils partagent peu de tendresse ou de complicité. Penses-tu, comme Max, qu’un homme est incapable de comprendre une femme ?

C’est si terrible que ça ? J’espère que non. Quoiqu’il en soit, c’est une question à laquelle il est très difficile de répondre. Je ne crois pas qu’aucun d’entre nous puisse être compris. Comprendre une autre personne, homme ou femme, est un immense océan à traverser. Je ne pense pas que cela soit possible.

Ou ne crois-tu pas, que Max est quelqu’un de très dur à comprendre, tout comme toi, surtout pour une femme ? 

Je suppose que c’est à elles que tu devrais demander.

Considères-tu que le bonheur ne vaille pas la peine d’être écrit ?

Il vaudrait la peine s’il était suffisamment intéressant. Peut-être que la notion de satisfaction serait plus appropriée. Parce qu’on est tous plus ou moins insatisfaits, non ? Notre incapacité à la sérénité, cette agitation anxieuse, c’est ce qui garde la création artistique en mouvement, même si cette agitation n’est qu’intérieure. C’est plus intéressant à approcher que le bonheur, à mon avis.

J’ai lu que tu ne t’intéresses pas à la politique. Tu ne penses pas que toute œuvre d’art est politique ?

Quelqu’un m’a dit en France récemment que mon travail était politique même si le sujet me laisse indifférent. C’est peut-être vrai. Je suis parfaitement conscient de ce qui se passe dans le monde, mais le jeu politicien m’indiffère ; voilà une façon de répondre plus justement à cette question. Je suppose qu’il est toujours possible d’assigner une position politique à une œuvre d’art si on le veut. C’est au spectateur de se faire son idée.

Tu as écrit beaucoup de nouvelles. Tu as même dit que c’est ce que tu préférais. Qu’est-ce qu’une « bonne » nouvelle, selon toi ?

Impossible à dire. Tu le sais en la lisant. Il y en a tant de géniales, de tant de sortes différentes, qu’il est difficile d’en choisir ne serait-ce que quelques-unes. Certaines me viennent à l’esprit : Pas après minuit, de Daphné du Maurier, La Mort en été de Yukio Mishima, Mort à Venise de Thomas Mann. Presque tout Carver. La plupart des nouvelles de Highsmith. Toutes celles de Paul Bowles. Tchekhov. Tolstoï. Isaac Bashevis Singer. Et tellement, tellement d’autres. J’avoue être moins intéressé par les nouvelles plus contemporaines, enfin celles que j’ai lu dernièrement.

fracas incident

Quelle différence y a-t-il entre écrire un roman et une nouvelle ?

Le procédé est très différent, c’est évident. J’aime écrire le premier jet d’une nouvelle dans l’urgence, en une journée si possible. Ça a à voir avec l’énergie, l’élan, la dynamique, capturer la foudre. Bien sûr, je retravaillerai ensuite dessus pendant des mois, voire des années. Avec le roman, tu es confronté au fait de devoir peindre une plus vaste toile, pourtant j’aime aussi poser le premier jet le plus rapidement possible. La nouvelle doit tendre à la perfection, en fin de compte, et le roman à la complexité. Mais c’est là une manière très simpliste de définir les différences.

De la même façon, comme tu es également poète, peintre et musicien, quelles sont les différences entre écrire de la poésie, des chansons, de la fiction, et peindre ?

Quand je peins, je débranche toute une partie de mon cerveau. C’est une sensation très jouissive, une sorte de méditation zen. Bien sûr entrecoupée d’un sentiment de frustration, vu que je suis incapable de réaliser ce que j’avais en tête à cause de mes lacunes en la matière ! Pour moi, la poésie exprime une sorte de moment d’illumination, une prise de conscience philosophique qui se manifeste souvent sous la forme de la première pensée le matin quand j’ouvre les yeux. La musique vient d’ailleurs. C’est difficile à décrire. La plupart du temps, c’est une pure sensation, surtout quand je compose de la musique instrumentale. Quand j’y associe des paroles, c’est encore autre chose, car ça implique un mécanisme complètement différent, et les poser sur une mélodie ou une suite d’accords fait encore appel à une nouvelle compétence. Je pourrais te donner plus de détails, mais on y serait encore demain.

Snug Harbor with guitar

Tu as fait plein de boulots différents au cours de ton existence. Tu as été : analyste des risques, conseiller conjugal, manutentionnaire, professeur, assistant paysagiste, livreur, conducteur de camions, vendeur de prêt-à-porter, astrologue, cuistot, employé de fast-food, banquier, correcteur, musicien de bar, chargé de paiement des pensions de retraite, brasseur, journaliste, magasinier, chauffeur. Vis-tu de ta plume aujourd’hui ?

Eh bien, tout dépend de quel type de vie tu parles. Tu le sais, le monde de l’édition est un monde de gros sous. Et uniquement de gros sous. Pour les éditeurs et les agents, c’est du business, rien d’autre. Ils ont besoin de payer leur loyer et de faire du bénéfice. Alors, en tant qu’auteur, si tu vends en quantités suffisantes, tu fais partie de leur monde. Dans le cas contraire, tu es hors-jeu. C’est la réalité, dure et expéditive. C’est extrêmement difficile de gagner de l’argent comme écrivain aujourd’hui. On ne peut pas dire que je gagne bien ma vie, loin s’en faut. Il semblerait que je sois un écrivain « culte », quoi que cela veuille dire, ce qui est clairement associé au fait de se faire beaucoup de blé. Mais c’est une grave erreur de penser que distinction et mérite vont de pair avec l’argent. Ça n’a vraiment rien à voir.

Tu fais souvent référence aux arts divinatoires dans tes romans. Crois-tu au destin ? Aimerais-tu connaître le tien ?

Je crois au destin, mais je pense qu’il est impossible à connaître pour soi-même au-delà de pressentiments par-ci par-là, qui peuvent être trompeurs. Nous sommes des aveugles guidant des aveugles. Personne ne sait rien, selon moi. Céline a écrit un jour une phrase du type : « Tout ce qu’on saisit de la vie, c’est le mystère entourant le mystère. » C’est ça, notre destin.

Tu es un artiste si prolifique. Cela exprime-t-il ta peur de mourir ? Penses-tu qu’il y a quelque chose après la mort ?

Peut-être bien que mes compulsions cachent ma peur de la mort, je n’en sais rien. Consciemment, tout ce que je sais, c’est que j’éprouve le besoin irrépressible et constant de faire quelque chose. Produire, quelle qu’en soit la raison, est extrêmement important pour moi. Le temps est précieux et je déteste en gâcher. Et pratiquement tout ce qui est artistique m’attire. La plupart du temps, je me fous de savoir si le résultat est considéré comme bon, valable, selon les normes. Quant à ta deuxième question, c’est l’interrogation ultime, n’est-ce-pas ? Je ne sais absolument pas s’il y a quelque chose au-delà de la tombe. La seule objection que j’oppose aux non-croyants est : « comment pouvez-vous être si certains qu’il n’y a rien ? Cette rigidité est trop dogmatique pour moi. Mais je reconnais ouvertement mes doutes cosmiques. Récemment, l’idée m’a intrigué qu’on pourrait très bien se retrouver, après la vie, dans une réalité impossible à concevoir. Et si il y avait vraiment quelque chose après la mort, mais que ce quelque chose soit au-delà de tout ce qu’on peut imaginer ? Qui sait ? Mais peut-être qu’en fin de compte, il n’y a rien, juste le grand sommeil dont on ne se réveille pas.

Ou alors, comme tu as lu Sartre et Camus, penses-tu que le plus absurde serait d’avoir vécu pour rien, sans rien avoir créé ?

Au-delà de mes propres appétences, je n’accorde aucune valeur particulière à l’activité comparée à l’oisiveté. Quel sens donner à « vivre pour rien » ? Si j’en étais capable, j’adorerais ne rien faire du tout, y aller mollo et m’en contenter. La plage, un palmier, un hamac. Le rêve. J’en suis incapable, malheureusement.

Parler de ton oeuvre sans souligner ton sens de l’humour serait injuste. Le lecteur rit beaucoup aux répliques tellement ironiques de Max, ou quand tu joues avec les clichés affairant aux genres, comme dans Un faux pas, par exemple. Ton humour est-il un bouclier contre le désespoir ?

Pour moi, la vie dans son ensemble est naturellement drôle. La plupart de nos défaites, de nos agonies, de nos douleurs. Et l’absurdité de tout ça. Sans le bouclier de l’humour, il n’y a vraiment rien. Que disait Rabelais ? : « J’échange tous vos maux contre un éclat de rire. »

Les Français adorent ton travail. Il semblerait que tu sois même plus connu ici qu’aux Etats-Unis. Comment expliques-tu ça ?

Il n’y a aucun doute sur le fait que j’ai plus de lecteur en France que partout ailleurs. Je me sens incroyablement chanceux pour ça. Mais bon, tout le monde ne m’aime pas, même en France, patrie des écrivains. En Amérique, on dirait qu’ils ne comprennent pas du tout ce que je fais, ou alors ils s’en fichent. Sans la France, je serais mort en tant qu’auteur. C’est comme s’il y avait une affinité naturelle entre mes lecteurs français et moi. Je leur en serai éternellement reconnaissant. Je ne sais pas comment l’expliquer, à part par le fait que le pays a derrière lui une longue histoire d’accueil pour les écrivains américains incompris et marginalisés. Leurs noms sont connus, bien sûr. Pourquoi ? C’est une question compliquée, et je ne suis pas sûr de savoir moi-même. Les Français sont un peuple étonnant. Ils ne sont pas faciles à comprendre, leurs prédilections non plus. Ce que ça dit sur toi en tant qu’auteur, je l’ignore.

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Tu as passé du temps en France l’année dernière. Qu’est-ce que tu aimes, et n’aimes pas, chez nous ? Parles-tu un peu français ?

Je suis venu régulièrement en France au cours des dix dernières années, depuis la publication de Putain d’Olivia, aux éditions 13e note, qui ont disparu depuis. C’est devenu ma deuxième maison à bien des égards. J’adore presque tout de ce pays, à l’exception d’une chose ou deux. C’est extrêmement difficile d’y trouver une bonne pizza. Les Français mettent du sucre sur le popcorn, et ça, c’est pas possible. Sinon, c’est parfait. Je parle un peu français – un tout petit peu. C’est très frustrant. C’est ardu de comprendre les gens quand ils parlent – tout le monde parle trop vite. Heureusement pour moi, presque tout le monde parle assez anglais pour que je m’en sorte.

Interview publiée dans New Noise N°53 – mai-??? 2020

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