La maison de Emma Becker

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Emma Becker vit à Berlin. Les maisons closes y sont légales. Poussée par une curiosité qui la hante depuis toujours, l’envie de témoigner des conditions de vie des femmes qui y font commerce de leur corps, elle décide de se faire embaucher dans deux bordels différents, durant deux ans, afin de partager leur quotidien et leur travail.

La démarche peut sembler surprenante, choquante aux yeux de certains, elle est naturelle pour l’auteur. Emma Becker ne s’embarrasse pas de bonne morale. Le sexe tarifé, pas plus qu’aucun autre sujet, n’est tabou. Sa volonté n’est pas de se sacrifier sur l’autel du journalisme d’immersion ou de la défense d’une cause, qu’elle soit prolétaire ou féministe. Elle veut comprendre, apprendre, au plus près, loin des clichés et du misérabilisme généralement attaché à ce métier.

Très vite, Emma Becker fait beaucoup plus que témoigner. Elle devient partie intégrante de ce monde qui lui livre ses secrets. Du premier établissement, le Ménage, elle dresse un tableau peu concluant. Elle ne s’y sent ni agressée, ni exploitée, mais le lieu manque de magie et de liberté. Ce sera la Maison qui la bouleversera, au point qu’elle aura du mal à quitter l’endroit et les femmes qu’elle y a côtoyées.

Son livre n’est pas un plaidoyer pour la prostitution. Ce n’est pas une condamnation non plus. La Maison est un lieu de travail, avec ses coutumes, sa routine. Les femmes qui y exercent n’ont pas plus de bonheur à s’y rendre qu’une travailleuse à la chaîne, mal payée, pas considérée, épuisée. Elles n’en éprouvent pour autant aucune culpabilité, elles auraient pu choisir une autre profession, moins lucrative mais elles s’y s’épanouissent car les moments de tendresse entre elles sont nombreux, les rires aussi. Sous la plume d’Emma Becker, tout en nuance et se tenant à distance de la vulgarité et du sensationnalisme, naissent des figures troublantes, émouvantes, des portraits de femmes bienveillantes envers leurs sœurs, qui s’acquittent de leur tâche consciencieusement, sans avoir le sentiment de s’abimer et vivent une sororité mystérieuse et réelle.

L’auteur ne fait pas de son expérience un exemple. Elle fait néanmoins preuve d’un respect envers les prostituées qui en a dérangé beaucoup. Ceux qui s’empressent de juger ces femmes de mauvaise vie aussi bien que ceux qui prétendent les défendre à leur place, sans leur donner la parole, niant par là-même le choix qu’elles ont fait de leur profession, en toute connaissance de cause, comme des grandes filles.

La Maison / Emma Becker. Flammarion, 2019

L’art de ranger ses disques de Frédéric Béghin et Philippe Blanchet

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L’art de ranger ses quoi ? demanderont les moins de vingt ans qui, de fait, ont résolu le problème, ou les plus de cinquante qui ont remisé ces vestiges de leur fougueuse jeunesse  dans leurs garages, quand ils ne les ont pas fourgués dans des vide-greniers. L’épineuse question concerne donc un public restreint, ceux qui ont conservé leurs précieux trésors, bien en vue, à portée de main parce qu’indispensables à leur survie, et qui continuent à alimenter leur collection. Ces gens-là existent, j’en connais. C’est donc à ces Mohicans que les auteurs s’adressent, dans ce petit livre, mi manuel technique, mi essai sociologique, mi traité psychologique (il n’y a jamais trop de mi).

Partons du début. Tout dépend de ce qu’on souhaite faire de sa discothèque. Si l’idée est de ne la rendre accessible qu’à soi-même, selon le principe du « sitytouchestesmort », ou si on se fout complètement de passer des heures à chercher le premier LP de Truc qu’on est pourtant sûr d’avoir acheté, le classement par ordre d’arrivée fera l’affaire, ou n’importe quel autre type de tri, voire aucun. Mais le cerveau humain étant ainsi fait, si on désire présenter fièrement au monde ce reflet intime de notre biographie et qu’on veut y retrouver ses petits, la nécessité de classer intelligemment ses disques s’impose dès lors qu’on en possède plus de douze.

Depuis l’avènement de l’homme civilisé, c’est-à-dire depuis l’invention des premières gravures sur gramophones, celui-ci s’est creusé les méninges pour maitriser le chaos. A l’ordre alphabétique par nom de groupe ou d’artiste, qui a ses limites (Cat Power ou Power Cat ?), certains lui préfèrent une savante séparation par genres, à l’intérieur de laquelle ils retombent… sur ce satané ordre alphabétique. Et que faire de ces coffrets de luxe qu’on n’écoute jamais, de ces compils à plusieurs groupes qu’on n’écoute pas non plus ? Et que dire du choix délicat des meubles où il faudra bien caser tout ça ? Quant à décider si on fait étagères communes avec la personne qui partage notre vie… les interrogations sont sans fin.

Bref, faire un choix et s’y tenir, c’est le seul conseil qu’apportent les auteurs de ce livre à des lecteurs qui n’en demandaient pas tant. Alors, inutile L’art de ranger ses disques ? Il a deux mérites. Celui de rappeler qu’il est doux de faire partie d’une communauté, d’autant plus si elle est en voie d’extinction. Et celui de faire marrer. Parce qu’en plus des exemples racontés par des grands noms de la littérature et de la presse musicale, sa lecture invoque immanquablement des expériences personnelles : – des souvenirs (le déménagement de la collection de ce pote qui a occasionné plus de manutention que l’ensemble des bouquins de la Bibliothèque Nationale de France) ; – des ratés mémorables (l’achat du même album à trois reprises malgré un classement strict et une liste tenue à jour) ; – l’observation de comportements étranges certainement destinés à conjurer la mort (attribuer une note à chacun de ses disques pour déterminer sa place ou non dans une réserve, classée par ordre alphabétique…).

L’art de ranger ses disques / Frédéric Béghin, Philippe Blanchet. Rivages Rouge, 2019

Chronique publiée dans New Noise n°50 – Septembre-octobre 2019

Le fracas d’une vague de Mark SaFranko

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Plus c’est long, plus c’est bon ?  Pas toujours !

« Sans vous, je ne serais rien d’autre qu’une voix dans le désert », affirme SaFranko dans la préface du fracas d’une vague. Vous ? Les éditeurs français qui, poursuivant le travail de feu les éditions 13e note, continuent à faire découvrir au public cet auteur magnifique. Il faut dire que, tel d’autres écrivains considérés ici comme majeurs, pour ne pas dire cultes, Fante, Stokoe ou Bukowski, il a souvent eu du mal à se faire publier, là-bas, aux Etats-Unis. La parution de Suicide, chez Inculte et la réédition de Putain d’Olivia ou encore d’Un faux pas chez La Dragonne ces derniers mois ont témoigné de cet intérêt français toujours vif.

Avec Le fracas d’une vague, Kicking Books clôt en beauté cette année SaFranko. Publié sous la direction de Sam Guillerand, ce recueil de six nouvelles, suivi de poèmes et d’un long entretien, forme un bel objet, illustré des sobres linogravures de Delphine Bucher qui collent à l’ambiance. Le travail est soigné, la maquette belle, le contenu joliment traduit. Contrairement aux autres parutions récentes, le parti pris a été de mettre en avant une facette moins connue du touche-à-tout, musicien, dramaturge, romancier : ses nouvelles.

SaFranko dit se considérer comme nouvelliste avant tout, et l’on comprend pourquoi à la lecture de ces textes courts. En quelques pages, il faut aller à l’essentiel, gommer le gras, racler l’os pour ne donner à voir que ce qui compte, la moelle, tout en respectant la cohérence interne du récit. Il faut raconter une histoire avec ni trop de mots, ni pas assez.

Le fracas d’une vague livre de beaux exemples de cet art particulier tout en soulignant ce qui fait la force de SaFranko, l’apparente facilité de ses écrits cachant l’immense difficulté de dire le réel sans artifice. Dire le quotidien en sonnant juste, dans une langue de tous les jours.

Certaines nouvelles puisent leur inspiration de ses nombreux voyages à travers les US. En déplaçant ainsi le décor de la ville à la campagne, il nous dit que la nature omniprésente n’est pas moins hostile que la fureur urbaine. L’environnement importe peu. Et s’il s’éloigne de sa propre expérience, comme il le fait dans ses romans mettant en scène Max Zajack, ces histoires n’en sont pas moins personnelles, tant il tire des gens qu’il croise une forme d’universalité, dans ces petites vies dans des motels décatis, dans ces relations homme/femme qu’il dépeint.

Qu’il relate l’exil et la déliquescence d’un couple au cœur des monts Adirondacks, le périple en canoë d’une working girl en quête d’évasion, ou le départ d’un type qui largue sa femme enceinte, les nouvelles de SaFranko ne sont pas tristes, malgré les déboires que subissent les personnages. C’est la vie, c’est tout et personne ne mérite d’être jugé. Les rêves sont souvent détruits par le prosaïsme du quotidien, la nécessité de simplement vivre. Ce sont les blessures, les failles, qui font la beauté de l’humain, et de ces textes. Les nouvelles de SaFranko ne proposent pas de chutes spectaculaires, pas plus que nos existences ne seront marquées par un destin miraculeux. Elles n’en valent pas moins le coup d’être vécues.

Du coup, ça nous console, un peu.

Le fracas d’une vague / Mark SaFranko. trad. par Guillaume Magueijo. Kicking Books, 2019

Le second disciple de Kenan Gorgun

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Qu’est-ce qui pousse un individu à se radicaliser au point de commettre un attentat ? Quels sont les mécanismes qui déclenchent le passage à cet acte de tuer des gens qu’on ne connaît pas, sous prétexte de se plier à des injonctions religieuses ou politiques ? Kenan Gorgun ne prétend pas apporter de réponses à ces questions. Décortiquer, analyser les processus psychologiques, sociologiques à l’œuvre, c’est le rôle des experts. Cela permet de comprendre, de lutter et peut-être d’empêcher.

Gorgun ne cherche ni à rassurer, ni à expliquer, il incarne. Immersion totale dans la tête de deux personnages principaux, on n’a aucune barrière permettant de maintenir leurs pensées à distances, on est eux, on ne juge pas. L’expérience est particulièrement dérangeante, le roman assurément brillant.

Parcours croisé, donc, entre deux hommes. Xavier, ancien militaire, se retrouve en prison suite à une agression dans un bar. Il y rencontre Brahim, qui purge une peine pour terrorisme. Sous son influence, il se convertit. Puis, ils se retrouvent dehors. Tandis que Xavier, devenu Abu Kassem, fait du sport comme il prie, comme il pense, avec rage, ne songe qu’à réaliser son rêve, massacrer pour gagner son Ciel, Abu Brahim, lui, n’a plus de rêve. Il est seul dans son quartier, mis de côté par ses anciens amis, sa famille, et se demande pourquoi on l’a libéré avant l’heure. Sa vie n’a aucun but, en a-t-elle jamais eu ?

Le récit se déroule au présent. C’est maintenant, en Belgique, dans ces rues de Molebeek entre autre, dont on connaît tous le nom. On en sent les odeurs. On en voit les figures, représentants de différentes communautés qui cohabitaient plus paisiblement, avant. On suit ces femmes, mères ou sœurs, qui tentent de se trouver une place dans ces destins brisés. A l’image du pays, le quartier est sous tension, d’autant que l’Aryan Brotherhood, groupuscule d’extrême droite, taggue plusieurs mosquées de son trèfle à trois feuilles.

Compte à rebours. Xavier, futur martyr consentant de la Cause, se concentre sur sa mort prochaine, tandis que Brahim se met à douter. Reflets l’un de l’autre à différentes étapes, jumeaux qui ne se comprennent plus, tels des frères siamois qu’on aurait séparés, les deux hommes sont des créations littéraires habiles, sublimes.

Le livre se termine dans des scènes d’une telle violence, dégagent une telle sensation de fin du monde qu’on se demande comment il peut être le premier volume d’une trilogie, tant il ne reste rien. Les deux romans à suivre pourront-ils être plus désespérés ?

Le second disciple / Kenan Gorgun. Les Arènes (equinox), 2019

Les mangeurs d’argile de Peter Farris

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Après Dernier Appel pour les vivants et Le diable en personne, Peter Farris continue d’explorer la face sombre de sa Géorgie natale. Etat du Sud des Etats-Unis. Nature luxuriante. Gros gibier et gros cons à foison. Bible belt. Ce ne sont pas que des idéaux d’un autre âge qu’une partie des locaux blancs portent en étendard mais aussi des fusils. Les armes sont partout. Comme dans les autres romans de l’auteur, elles parlent souvent à la place des personnages et font des phrases plus longues que les taiseux du coin.

Un lecteur français pourrait être tenté d’y voir une dénonciation. Ce n’est pas le cas chez Farris. Pour lui, chasseur et membre d’un club de tir, détenir une arme est tout ce qu’il y a de plus normal, légitime. Ce n’est pas du fusil que vient le danger, mais de celui qui le tient. Et son monde est rempli de terribles ordures, incarnations du mal qui n’ont pas toujours besoin de faire feu pour faire des dégâts.

Après les figures des suprémacistes blancs, puis des politiciens corrompus, Farris campe cette fois l’enflure intégrale en la personne du pasteur autoproclamé, de l’évangéliste tricheur et vénal qu’est Carroll. Sa sœur, Grace, lui est dévouée corps et âme. Elle l’aide à rameuter les fidèles, collecter des fonds pour sa Mégachurch. Elle l’accompagne pour mettre au point des subterfuges de guérison qui subjuguent les visiteurs naïfs, en quête d’une rédemption facile en échange de dollars. C’est lors d’un prêche de son frère qu’elle a rencontré Richie, paumé, veuf, père esseulé de Jesse, désespéré de sortir son frangin de l’alcoolisme qui le ronge. Richie est un gentil, une proie facile. Il est prêt à croire, même à l’amour. Richie est un cœur tendre. Mais ce n’est pas sa douceur qui attire le couple infernal, ce sont ses terres dont le sol regorge de kaolin. De quoi hériter d’une fortune quand on est son épouse et qu’il arrive un drame…

Haletant, plein de rebondissements inattendus, Les mangeurs d’argile s’inscrit dans la continuité de l’œuvre de Farris. La construction narrative, faite d’allers et retours entre présent et passé, permettant de comprendre ce qui anime les personnages au fur et à mesure de l’intrigue, démontre une maîtrise de l’écriture, comme une facilité déconcertante à faire naître des caractères et aller jusqu’au bout de leurs âmes.

Et toujours, des personnages attachants, dont on suit les déboires avec angoisse. Ici, Jesse, ado de quatorze ans, orphelin traqué qui trouve réconfort auprès d’un être étrange, l’homme filiforme au passé trouble, Billy. SDF au fond des bois, vétéran de la guerre en Irak, traumatisé par les horreurs dont les hommes sont capables, devenu fugitif après un acte terrible, poursuivi lui aussi, par le FBI et sa propre conscience.

Les mangeurs d’argile / Peter Farris. trad. de Anatole Pons. Gallmeister, 2019

Coup de vent de Mark Haskell Smith

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Au tout début, il y a Neal. En plein océan, sur un voilier à moitié détruit, il a faim, il a soif. Mais qu’est-ce qu’il fiche donc là ? C’est ce qu’on va découvrir au fil des pages, dans cette histoire délirante qui remonte le récit depuis les quelques semaines qui ont précédé le naufrage de Neal.

Neal est recouvreur de fonds pour InTerfund, un organisme bancaire basé à Wall Street. Il est à la poursuite de Bryan LeBlanc, trader surdoué qui s’est fait la malle avec plusieurs millions de dollars qu’il a chapardés aux clients fortunés de cette même banque. Son arnaque tient du génie, il a organisé sa fuite vers les Caraïbes dans les moindres détails, jamais personne ne le retrouvera. C’est sans compter le flair de Seo-Yun, sa boss, qui s’associe à Neal pour retrouver Bryan et l’argent dérobé.

Voyage autour du monde, course poursuite sur terre et sur mer, Haskell Smith balade ses lecteurs au même rythme qu’il malmène ses personnages, sans leur laisser le temps de reprendre leur souffle. Rebondissements, alliances qui se font et se défont, tous courent après Bryan, et surtout après le fric qu’il trimbale en liquide, dans des sacs. Il est passé par ici, il est repassé par là, l’enquête avance, recule, se heurte à la mauvaise volonté des uns et des autres.

Il fait chaud, il fait moite, ça fait suer de se hâter de la sorte surtout quand la malchance s’en mêle. Et ça fait rire. L’auteur prend un malin plaisir à brouiller les pistes, à placer Neal et ses comparses dans les pires situations. Plus poussés par l’appât du gain que par des grands idéaux, (comme on les comprend), ils n’en sont pas moins attachants et s’ils se retrouvent impliqués dans des affaires sordides, c’est pas vraiment leur faute. Les déboires leur tombent dessus plus vite que la misère sur le pauvre monde et ils réagissent en fonction de leurs personnalités bien trempées, décalées, loufoques. Seo-Yun, autiste asperger, dit tout ce qu’elle pense, sans filtre. Et que dire de Piet, enquêteur croisé en cours de route, nain priapique qui converse avec les fesses des femmes ?

Alors, qui ramassera le pognon ? Qui survivra à la fin ? Un brin sadique, l’auteur va au bout de sa farce en dessoudant plusieurs de ses protagonistes. Et s’il affuble ses personnages de remords et de mauvaise conscience, lui en est totalement dépourvu, et c’est ça qui est drôle.

Coup de vent / Mark Haskell Smith. trad. de Julien Guérif. Gallmeister, 2019

C’est la viande qui fait ça de Heptanes Fraxion

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Dans son deuxième recueil, Heptanes Fraxion, mec du XXe siècle qui rêve de slows et de machines à écrire, continue de transcender le quotidien de ses poèmes lumineux, sur les ombres des recoins de bars, les minuscules riens du réel, sur les cabossés, les niqués.

Quelques traits esquissés pour planter le décor, des vers pour dire tout le monde, il remplit le vide avec des morceaux de phrases, un rythme qui fait chanter les sons.

Bienveillance de misanthrope, tendresse d’ours, on dirait qu’il n’y a que lui qu’il n’épargne pas, même tout nu [il est] mal fringué. Les autres, il les observe avec mansuétude. Les Mina, les Angèle, il les aime, il couche des mots sur le papier pour elles. Pour une petite sœur, il écrit L’infinie finesse du moindre de ses gestes fait carrément kiffer les fées. On n’est jamais à l’abri de faire une belle rencontre, même si les gens sont laids ou alors c’est moi. A un coin de rue, un vieux dont même la béquille boîte, ou une nana obèse en nage.

Ses bouts de formules comme des sentences, il ne les colle pas que sur les vitrines des villes, les réverbères (en vrai), mais aussi dans ta gueule, comme des caresses un peu rugueuses.

Il y a les cris des embrouilles, les odeurs de fleurs et de sueur, de la matière fécale sur les poignées de porte. Il y a du cul, des ex, des futurs. Il y a des pères et des fils, des tu, des je, des nous surtout. Il y a de la vie, quoi.

C’est la viande qui fait ça / Heptanes Fraxion. Cormor en nuptial, 2019