Machine soul : une histoire de la techno de Jon Savage

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On ne présente plus Jon Savage, auteur de l’incontournable England’s Dreaming, le classique des classiques en matière de journalisme rock. Sa passion et son érudition concernant le punk anglais de 76-77 (ou le californien, voir New Noise n°2), son analyse limpide de ce mouvement social autant que musical ont fait de son étude la référence absolue.

On connaît peut-être moins son intérêt pour la techno, et les éditions Allia ont donc eu une excellente idée en proposant une traduction de ce court reportage paru initialement en 1993.

Cette année là, Savage assiste, parmi quelques 3500 autres haletants, au concert de The Orb, Orbital, et Aphex Twin, dans le cadre du Midi Circus, événement qui promeut la dance music sur scène. Entre deux tressautements, son esprit s’autorise de modestes réflexions sur le passé ou l’avenir de la techno. Modestes à la Savage, bien sûr, c’est-à-dire étayées par une documentation pointue. En 93, donc, la techno est partout en Angleterre, et l’Ambient à la Aphex Twin plus particulièrement, en contrepoint au courant hardcore style Prodigy qui s’essouffle. Le retour à cette techno très sophistiquée inspirée de l’originelle de Detroit rassure l’industrie musicale ; faite par des artistes blancs bien identifiés et s’intégrant au format CD, elle prend le pas sur les combos noirs anonymes, jusque là plus difficilement exploitables. Au moins depuis le milieu des 80’s, les européens produisent-ils eux-mêmes leurs propres disques, grâce au progrès des technologies digitales, tel le séquenceur Roland 808 et n’importent-ils plus tout des Amériques. Le succès mondial des albums de Kraftwerk (Trans-Europe Express en 1977, Man Machine en 78 puis Computer World en 81) ont désinhibé toute une génération d’artistes sur le vieux continent. Pour Afrika Bambaataa, leur musique électronique dansante a eu une énorme influence même sur la dance music noire américaine. En Angleterre, des groupes synthétiques émergeant du punk comme Throbbing Gristle, Cabaret Voltaire ou The Normal ont ajouté leur pierre à l’édifice techno. Ainsi, en ce début des 90’s, Belges, Anglais ou Hollandais sont décomplexés face à Detroit ou Chicago, et s’exportent. Pourtant l’industrie discographique demeure méfiante : « Home taping is killing music » reste sa devise et la nouvelle technologie musicale, permettant une reproduction de masse illimitée l’affole, alors elle augmente le prix des lecteurs-enregistreurs (DAT ou  doubles K7), et brandit l’arme du copyright. Chercherait-elle à tuer ce langage universel moderne ? Les précurseurs de Detroit tel Derrick May ou Juan Atkins voulaient créer une manière de faire une musique à caractère futuriste, une musique jamais faite avant et qui parlerait à tous, une communion entre l’homme et la machine transcendant les émotions humaines. En 93, Atkins est optimiste, animé par l’esprit positif de la techno, il est convaincu de l’avènement proche du village global.

93, ça semble si loin tout ça…

Machine soul : une histoire de la techno / Jon Savage. trad. d’Étienne Menu. Allia. 2011

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